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Angela Merkel : La crise grecque, c’est la faute à Gerhard !

28 août 2013

Billet d'Humeur Opinion Politique Allemagne Angela Merkel crise dette Grèce

Angela Merkel a commencé sa campagne électorale. Dans un meeting, elle justifie l'existence de la crise et de la dette grecque par l'incompétence de son prédécesseur, Gerhard Schroeder et précise que "la Grèce n'aurait jamais dû être admise dans la zone euro"


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Alors que les élections allemandes auront lieu dans moins d'un mois, la crise grecque fait partie intégrante de la campagne électorale. Angela Merkel, désormais irrémédiablement associée à la crise grecque, se justifie sur ce point à l'occasion d'un meeting de campagne qui s'est tenu devant 1000 de ses partisans.
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« C’est pas moi, M’dame, c’est la faute à Gerhard ! »

Hélas, nous ne sommes pas dans une cours de récréation, et les termes sont légèrement mieux choisis. Nous sommes en pleine campagne électorale allemande, mais le discours vaut bien celui d’un collégien… Sauf que dans la cour des grands, pas de surveillant pour dire à la petite Angela « Arrête de taper sur tes camarades grecs, on t’a vu ! De plus, c’est très vilain d’accuser un petit camarade à sa place », mais au lieu de ça, un auditoire de 1000 partisans convaincus, prêts à huer Gerhard Schroeder et aduler Angela Merkel.

« La Grèce n’aurait pas dû entrer dans l’euro. (…)Le chancelier Schroeder a accepté l’entrée de la Grèce et a affaibli le pacte de stabilité. Ces deux décisions étaient fondamentalement mauvaises et ont été le point de départ des problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. » Déclare-t-elle.

En gros, si cette pauvre Angela est aujourd’hui « obligée » d’envoyer la troïka, de faire appliquer des plans d’austérité dont le FMI lui-même reconnait les « nombreuses erreurs d’appréciation », d’affamer et de maltraiter tout un peuple, eh bien, c’est la faute à Gerhard, qui « n’avait qu’à pas…. »

Vous pensez bien qu’elle fait ce qu’elle peut, la petite Angela, pour sauver la Grèce. Pas évident de ramasser les morceaux du pot qu’elle n’a même pas cassé elle-même, « et d’abord ».

Mais si les allemands revotent pour elle, elle fera de grands changements, vous verrez… Comment ? En appliquant les mêmes méthodes : Celles qui mettent le peuple grec à genoux, sous prétexte de sacrifice indispensable au panthéon des nouvelles divinités de l’Europe libérale (Euro, Banque, Profit, Economie, Libéralisme, Réalisme sont les noms de ces dieux colériques et éternellement insatisfaits, qui réclament toujours plus de sacrifices et toujours de la part des mêmes…)

C’est que la petite Angela, elle au moins, tient à la stabilité. Au diable les conséquences, si ce n’est pas elle qui les paye. D’ailleurs, pendant son meeting, la chancelière allemande a réitéré son souhait de voir une monnaie unique forte, mais elle a averti que cela ne pouvait être réalisé que grâce à des réformes dans les pays qui sont en difficulté, comme la Grèce. Entendez par « réformes » l’application bête et méchante des politiques d’austérité. Et un sacrifice de plus sur l’autel du dieu Euro.

Mais attention, hein ? C’est par excès de générosité qu’elle impose ces sacrifices mortifères aux Grecs les plus démunis. Inclinons-nous devant l’évidence : Angela est très porté sur la solidarité avec le peuple g… , non, avec la G…, non plus ; avec les intérêts indécents que l’Allemagne pourra se faire sur les généreux prêts qu’elle octroie à la Grèce, via l’Europe. Voilà, on le tient. Des prêts gentils comme tout, dont l’immense générosité  n'a fait que grossir la dette qui perce un nouveau record cette année.

« L’euro est bien plus qu’une monnaie. Pour cette raison, nous avons fait preuve de solidarité, mais la solidarité est toujours associée à la responsabilité des réformes des pays qui bénéficient de notre solidarité. »

Qu’elle considère l’euro comme « bien plus qu’une monnaie », on s’en serait douté, étant donné qu’elle est prête à tous les sacrifices (non pardon, elle est prête à faire faire tous les sacrifices aux Grecs) pour l’honorer. Et tant pis pour les millions d’êtres humains qui sont réduits à trimer comme des esclaves (et encore, quand ils ont la chance d’être choisis pour esclaves), pour n’avoir, la plupart du temps, même pas de quoi survivre. Mais après tout, ce ne sont que des Grecs, et des pauvres. En quoi leur sort intéresse-t-il les nouveaux dieux ? Alors on les laisse crever, et on se planque derrière les petits camarades, parce que « tuer, c’est mal, sauf si on ne se fait pas prendre ».

Voilà ce qui se cache derrière cette argumentation pitoyable, voilà de quoi Angela Merkel est le nom. Voilà enfin, le véritable visage du monstre qui ne cessera de grandir si le peuple allemand lui redonne le pouvoir.

Plus qu’à espérer que les élections allemandes de septembre envoient Angela Merkel se faire voir ailleurs, mais si possible, pas chez les Grecs !