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Grèce : l'Emir du Qatar veut construire un palais sur son île pourtant classée "natura"

20 août 2013

Environnement Polémique Politique écologie Grèce

Bien qu’au cabinet du Premier ministre la cession de l’îlot Ionien d’Oxia soit considérée comme une « affaire close », les investissements et les affaires immobilières dont rêvent également certains acteurs locaux s’embourbent dans la législation, pendant que


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L'Emir du Qatar a acheté une petite île, Oxia, et il souhaite y construire un palais. Petit problème : l’îlot est situé en zone "natura" et les lois actuelles ne permettent que des constructions -très- légères qui respectent l'environnement. Le gouvernement souhaite donc accélérer la procédure, quitte à changer quelques lois. Si un vent d’optimisme souffle dans le cabinet du premier ministre grec qui considère que l’affaire de la cession de l’îlot est  «close », les choses ne sont pas aussi simples.

Oxia

Non seulement Oxia se situe dans les limites du Parc national des lagunes de Missolonghi – Atioliko, mais, de plus, elle est incluse au réseau des zones Natura, la pierre angulaire de la politique de l’Union européenne en matière de conservation et de préservation de la nature. Pour le reste, prétendre comme d’aucuns que la procédure « bloque » au service des forêts n’est qu’une description plutôt simpliste du « blocage. »

«Octroi de permis»

La semaine dernière, le vice-ministre au développement, N. Mitarakis, avait déclaré que «nous avançons normalement à l’achèvement de la procédure de l’octroi de permis en vue de la cession de l’île à l’investisseur qui souhaite l’acheter». Bien entendu, nul ne sait comment cette procédure a été lancée. Dans tous les cas, l’Autorité de gestion dont relève l’île explique que « aucune demande d’exploitation de l’île n’a été transmise à l’autorité afin que celle-ci donne son avis».

«La législation spéciale en matière de protection de la nature est claire quant à ce qui est autorisé et ce qui est interdit», explique Théodota Nantsou, chargée de la politique du WWF.

Elle ajoute :

Si l’on tente d’amender la législation en y ajoutant des dispositions « photographiques » (c'est-à-dire, concernant un investisseur précis) afin qu’un autre grand investissement soit réalisé dans la région ou d’autoriser d’autres activités non autorisées (installations « lourdes »), on ne fera que renforcer l’insécurité de droit qui, de toute façon, empêche le développement correct du pays. Le résultat en est de décourager les formules d’investissements qui souhaitent respecter le droit et recherchent des cadres juridiques clairs et précis.

Les « optimistes »

Dans tous les cas, on ne manque pas de se demander d’où émane l’optimisme du gouvernement selon lequel le projet d’Oxia avancera : tout le monde sait bien que les gens du Qatar préfèrent les affaires claires et rapides (adjudications directes), sans ombres juridiques et sans ankyloses bureaucratiques.

Le maire d’Ithaque, M. Ioannis Kassianos, dont relève administrativement l’île, partage ce même optimisme : «Le palais que l’émir du Qatar souhaite construire à Oxia sera tout ce qu’il y a de meilleur ». Il se déclare favorable à la vente et, d’après ce qu’il sait : « les procédures avancent, tandis que le gouvernement les facilitera pour ce qui est de la solution aux problèmes bureaucratiques». Il estime également qu’Ithaque sera favorisée par cet investissement « qui donnera de l’élan au mouvement touristique mais aussi à la croissance de l’île. Le palais que l’Emir du Qatar veut faire construire sur Oxia deviendra une destination touristique pour les Grecs et pour les étrangers».

Quant au puissant régime de protection, il estime qu’il ne sera pas un obstacle à la vente : « Ce n’est pas un problème si l’île est protégée au titre du réseau Natura. D’après ce que je sais, l’on peut construire dans ces régions aussi».

Dans un sens, le maire a raison. En effet, outre les ruches et les installations traditionnelles d’étables, l’intéressé peut également procéder à la construction d’une cantine en bois, par exemple.

Qu’est-ce qui est prévu ?

Il y a quelques jours, depuis que ce projet d’investissement est redevenu d’actualité, le président de l’instance de protection et de gestion de la lagune, M. Nikos Anagnopoulos, a cité exactement ce qui peut être fait sur l’île d’Oxia :

  • Culture d’oliviers existants.
  • Pâturage et installations d’étables traditionnelles jusqu’à ce que soit élaborée et approuvée une étude de capacité en matière de pâturage.
  • Apiculture.
  • Construction d’infrastructure, sur la côte, afin de desservir les aquacultures.
  • Des infrastructures de loisirs légères (p.ex., cantine en bois) en vue d’activités de sensibilisation environnementale. Il est également noté que « s’agissant du complexe insulaire, il est nécessaire d’effectuer une étude spéciale afin de déterminer l’étendue, les termes de construction et l’infrastructure où les activités de sensibilisation et de loisir auront lieu, conformément à la capacité portante de l’écosystème. Il est également nécessaire de publier un Règlement d’administration et de fonctionnement de l’autorité de gestion».
  • Il est également possible de mettre en place des infrastructures desservant les utilisations et activités autorisées, telles qu’une petite habitation rurale d’une superficie maximale de 80 mètres carrés, des entrepôts destinés aux outils agricoles, dont la superficie peut atteindre les 50 mètres carrés».

Plus acerbe, le Mouvement des citoyens de Xiromeri relève :

« En ce qui concerne Echinades, les choses sont simples : celui qui souhaite y acheter une île doit savoir qu’il peut y construire une bergerie, y apporter des chèvres sauvages et des lièvres et observer les oiseaux. Il peut également y réaliser une petite construction pour servir ces activités. Quant aux hôtels, piscines, villas et touristes : il n’en est pas question. Au-delà du fait qu’il s’agit, pour leur majorité, de zones forestières, toutes les îles relève de NATURA. L’utilisation des terres en est strictement déterminée par l’arrêté ministériel ΚΥΑ 22306/Journal officiel n° 477 du 31 mai 2006».

Et d’ajouter :

«Ceux qui, à présent, se démènent à propos d’investissements (l’on n’a pas entendu parler de quelque investissement productif, mais l’on entend bien parler de reconstruction productive), feraient bien de garder à l’esprit qu’ils ont reçu un pays de 132.000 km carrés et sont tenus de le rendre possédant la même superficie. Nous invitons toutes les instances et les citoyens à se tenir prêts car, dans ce pays, il faut souvent défendre les choses qui vont de soi».