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Et pourtant, ce garçon avait un ticket

17 août 2013

Hot Doc austérité drame Grèce

"La boite de Pandore" revient sur la mort du jeune homme qui n'avait pas de ticket de bus. Car il avait bien un ticket : celui - sans retour - de l'austérité


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Eisitirio

Par Thanasis Karteros

Laissez les enfants venir vers moi – a dit le Christ, selon l’évangile, alors qu’on empêchait les enfants de s’approcher de Lui. Laissez les enfants venir vers moi car le royaume des cieux leur appartient.

Mais, si, pour Jésus, le royaume des cieux est assuré pour les enfants, il n’en va pas de même pour ce qui est des choses plus prosaïques telles que le pain, le lait, les livres. Et ils n’ont pas, ne peuvent pas avoir, de tickets de bus, de métro ou de trolley.

Ces choses que nous savons tous, plus ou moins :

Les enfants dont les parents ont beaucoup d’argent ne savent même pas comment est prend le métro, le trolley ou le bus.

Les enfants dont les parents ont quelque argent, paient leur ticket et se rendent où ils veulent, en métro, en trolley ou en bus.

Les enfants qui, au lieu de compter les étoiles comme avait écrit Lountemis, comptent les centimes dans leur poche, ont le choix : se rendre où ils veulent à pied ou bien tenter le dangereux trajet Zappeio-Peristeri, sans ticket.

Encourant le risque de tomber sur le contrôleur qui ignore les paroles de Jésus et qui, au lieu du royaume des cieux, leurs apporte amende et menaces d’arrestation.

C'est aussi simple que ça.

Ça devait arriver. Ce n’était qu’une question de temps. En effet, des milliers de jeunes mais aussi d’adultes, prennent des risques afin de pouvoir se déplacer. Et l’État, les entreprises, renforcent les mesures de contrôles, font pression sur les contrôleurs pour qu’ils soient stricts, annoncent des mesures pour les resquilleurs (dont l’appellation courante en grec a une connotation particulièrement négative, signifiant celui qui veut tout sans rien payer…), lancent des campagnes menaçantes et des amendes insoutenables. Tout cela est inefficace, car Jean Valjean finira par voler le pain, puisqu’il n’a pas à manger, quel que soit le nombre de menaces pesant sur sa tête.

Bien sûr, on entend de tout. Que c’est un vol de ne pas payer son ticket, que le « gratuit » nuit au pays, que le ticket qui n’est pas payé est, en fin de compte, payé par d’autres. Et bien d’autres choses. Des choses qui tiennent, peut-être, pour d’autres pays et à d’autres époques, mais qui sont hors propos quant à la Grèce actuelle. Car, lorsque le besoin devient pressant et que les injustices crèvent les yeux, alors tout devient sans dessus-dessous – y compris ce qui est licite et éthique. Cela devient éthique de donner, en quittant le métro, notre billet composté à quelqu’un qui entre – et le donner, qui plus est, en étant certain de commettre un acte de solidarité et non pas de complicité à un vol. Et, la loi qui veut faire en sorte que paient ceux qui n’en ont pas les moyens se transforme en loque. Ils n’en ont pas les moyens ! Point. À la ligne. Et les Misérables deviennent de plus en plus Misérables, aussi strictes que soient les sanctions.

Cette voie que l’on nous a forcé d’emprunter est celle qui ne peut être mesurée à coups de mesures, d’idioties à propos de resquilleurs, de discours enflammés à propos des populismes.

C’est une voie qui se compte par victimes. C’est là, l’amère vérité.

Et c’est une voie que l’on nous a fait emprunter sans même nous poser la question, contre notre volonté, avec un ticket sans retour.

C’est ce ticket que le jeune homme de Persisteri avait…même si les idiots disent qu’il n’en avait pas. C’est ce même ticket que bien des gens autour de nous ont en poche.

Sans retour.

"Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?" hurlait une femme, furieuse et désespérée, contre le contrôleur de trolley fatal, dont l’attitude a conduit à la mort de l’enfant de dix-huit ans. Pourquoi ? se demandent les parents de l’enfant, ses amis, son quartier. Nous tous.

Et nous devons tous une réponse.

Alors ? Pourquoi ?

Avec koutipandoras, traduction Okeanews