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Plus de répression en réponse au soulèvement du camp d'Amygdaleza en Grèce

13 août 2013

Droits de l'homme Immigration Justice Police Amygdaleza camp de détention Grèce Nikos Dendias répression Xenios Zeus

Les « invités » d’Amygdaleza sont privés de sortie et comptent déjà 48 heures enfermés dans leurs containers, courant le risque d’être affectés de coups de chaleur. La majorité des containers ont l’électricité coupée et la climatisation ne fonctionne pas. Certains sont même privés d’eau courante. La Grèce continue de se moquer éperdument des droits de l'homme.


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Encore plus de répression : c’est la réponse de la police au soulèvement d’Amygdaleza. Elle choisit de mettre en place un décor cauchemardesque de tension qui aggrave encore les politiques sans issue mises en place par le ministère de l’ordre public et qui fait qu’un nouveau soulèvement semble encore plus probable.

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Par Dimitris Aggelidis

Depuis dimanche, les « invités » sont interdits de préau. Ainsi, cela fait déjà 48 heures qu’ils sont enfermés dans les containers, risquant d’être affectés de coups de chaleur. Dans la majorité des containers l’électricité est coupée, la climatisation ne fonctionne pas et certains sont même privés d’eau, tandis que l’atmosphère devient encore plus irrespirable à cause des gaz lacrymogènes.

Lors de l’inspection qu’elle a menée hier, la médecin responsable du Centre, Mme Elpida Efthymiatou a constaté que plusieurs des « invités » ont des contusions dues aux coups portés par les forces de maintien de l’ordre (MAT) qui semblent s’être acharnés sur chaque détenu qu’elles trouvaient devant elles. Certaines informations non vérifiées font même état de coups de feu, durant l’intervention. Selon la police, dix officiers auraient été blessés à coups de pierre durant le soulèvement.

Traces de violences infligées

Les avocats qui ont pu voir les détenus arrêtés hier font état de plaintes pour violence sauvage au Commissariat de police des étrangers où ils avaient été transférés.

Hier, 56 détenus ont été amenés devant le procureur. L’accusation était la même pour tous, à caractère criminel (rébellion de détenu, tentative d’évasion et évasion, incendie criminel, lésion corporelle grave, insulte). Ce matin, 27 autres seront amenés devant le procureur et, les autres, le seront jeudi.

Hier, la police a arrêté deux des dix détenus qui s’étaient évadés et continue les recherches concernant les huit autres.

En même temps, avec l’aide des médias, la police et le ministère de l’ordre public, tentent d’exploiter l’incident sur le plan de la communication en éveillant la peur des migrants sans papier, omettant de préciser que les détenus d’Amygdaleza sont détenus non pas au titre d’actes criminels mais pour des infractions administratives – dans plusieurs cas, le permis de séjour avait expiré sans que les individus concernés ait eu la possibilité de le renouveler, par manque d’emploi (et donc de sécurité sociale) ou à cause d’autres obstacles bureaucratiques.

Hier, la police a diffusé une vidéo et des photos des dégâts enregistrés à Amygdaleza, dans un effort de dénigrer les détenus. Elle a toutefois manqué de la sensibilité d’enregistrer le comportement ordinaire des policiers ni les véritables conditions de détention.

Tout cela est enregistré par les organisations internationales les plus fiables ainsi que par des organisations pour les droits de l’homme, qui font état de comportement illicite des autorités et de violations de droits humains élémentaires. Cela a même été enregistré par des unions de policiers.

À ce titre, l’intervention sur la chaîne TV d’ANT1 du président de la fédération panhellénique des employés de police, M. Christos Fotopoulos, était caractéristique :

« les conditions sont inhumaines et inadmissibles pour nous aussi tout comme les individus concernés.

[...]

Et que faisons-nous maintenant ? Malheureusement, nous faisons ce qui nous disions depuis le début : un coup dans l’eau. Si l’on ne trouve pas le moyen d’expulser ces individus, les choses irons de mal en pis».

Les ténèbres

La communication de l’Union des Gardes Spéciaux de la police hellénique de l’Attique est également très claire. Elle fait état de «“ténèbres” et de l’incompétence de ceux qui veulent détenir dans des conditions d’accueil et accueillir dans des conditions de détention, avec un échec retentissant dans les deux cas, mettant en péril la vie et l’intégrité physique des employés qui, par hasard, ne furent pas touchés cette fois-ci».

Sur une autre longueur d’onde, la fédération panhellénique des gardes-frontières, a découvert « des organisations pour les migrants clandestins » et a parlé de conditions de vie des détenus « compatibles avec les normes et proposant tout l’équipement fondamental pour la vie des migrants clandestins».

D’ailleurs, en publiant les statistiques concernant le premier semestre de l’année, la police a qualifié de « résultats significatifs » les 5 500 arrestations effectuées dans le cadre de l’opération « Xénios Zeus », omettant de dire que ce nombre représente un taux nettement inférieur à 6% du total des interpellations qui ont eu lieu durant l’opération coûteuse, pour démontrer que la fameuse « menace de l’immigration clandestine » n’est qu’une bulle communicationnelle bien orchestrée.

Spyros Rizakos, ONG Aitima
Droit international

Sans aucun doute, tout comme tout autre pays, la Grèce a le droit de contrôler ses frontières, c'est-à-dire, de mettre en place une politique de l’immigration. Mais, elle est tenue à ce que cette politique soit mise en œuvre conformément au Droit international. Elle est tenue de protéger les refugiés et de respecter la dignité humaine de tous ceux qui se trouvent sur son territoire.

Néanmoins, ainsi que les cours européennes ont maintes fois statué, notre pays soumet les migrants et les réfugies détenus à des traitements dégradants et inhumains. Le résultat ? Suicides de détenus, décès d’un détenu malade, soulèvements successifs. Non seulement notre pays ignore de manière ostentatoire les arrêts des cours européennes mais, de plus, il mène les choses vers des extrêmes sans s’intéresser aux conséquences. Mais le respect du droit international, des droits de l’homme, de la dignité humaine sont, en fin de compte, une question de démocratie et de civilisation. La question qui s’impose de plus en plus est celle de savoir si, en tant que pays et en tant que citoyens, nous accepterons la violation des principes fondamentaux de la démocratie et de l’humanisme, si nous adopterons cette voie dangereuse.

Gianna Kurtovik, Réseau pour les droits civils et sociaux
Hors de la zone du droit

La question n’est pas celle des conditions de détention. Car, même si ces conditions n’étaient pas misérables, même si le containers n’étaient pas en train de bouillir à cause de la chaleur, s’il y avait des espaces couverts et des arbres, si la nourriture n’était pas misérable (tandis que quelque traiteur est en train de s’enrichir, avec les 5,87€ par personne et par jour, en proposant des portions de misère, même s’agissant du pain), même s’il y avait des médecins et des articles d’hygiène, les Amydalezes de M. Dendias (ministre de l’ordre public) n’en demeureraient pas moins des lieux d’humiliation de l’être humain, de dégradation et de martyr, des lieux de torture au sens des cours internationales qui ont maintes fois condamné la Grèce.

Des lieux hors-la-loi et hors zone du droit, où, sans avoir commis de crime, sans procès et sans limites, des peines de prison sans durée précise sont imposées de fait, sans contrôle aucun. Et le supplice de la goutte (la fin de la détention) sont imposés à dessein et de manière sadique. Quel est le juge qui les jugera ?

Quelle pire prison pourrait-on imaginer pour les y enfermer ?

Quel procureur pensera à les déférer pour crime ou, ne fut-ce que pour infraction, en vertu de l’article 137Α du Code pénal qui sanctionne les tortures ?

Eva Cosse, Human Rights Watch

On s’y attendait

Ce qui s’est passé à Amygdaleza, on s’y attendait. Des institutions internationales de sauvegarde des droits de l’homme ont enregistré les conditions scandaleuses de détention des migrants et des demandeurs d’asile en Grèce. Tandis que le gouvernement grec a adopté quelques menues mesures visant à améliorer les conditions de détention, les migrants et les demandeurs d’asile, y compris les enfants, sont toujours détenus dans des conditions inadéquates souvent qualifiées d’inhumaines et dégradantes.

Sur la base du droit international, les migrants qui ne disposent pas de permis d’entrer ou de séjourner dans un pays peuvent, dans certains cas, être détenus. Toutefois, la détention doit faire l’objet de motivations individuelles et ne pas constituer la règle. Les procédures d’expulsion doivent être poursuivies dans des délais et avec le soin qui conviennent, de manière à réduire au minimum la durée de la détention. En outre, la détention de demandeurs d’asile doit constituer une approche de dernier recours.

La politique de détention mise en œuvre par la Grèce semble avoir pour but celui de punir les migrants plutôt que de les éloigner, ce qui est formellement interdit par le Droit international des droits de l’homme.

Traduction : Christine pour Okeanews