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Grèce : le camping sauvage dans le collimateur de l'Etat

13 août 2013

Environnement Politique Tourisme amende Grèce îles grecques

Alors que 70% des Grecs ne prendront pas de vacances cette année, le gouvernement a décidé de pénaliser le camping sauvage en doublant l'amende qui est passée à 300€, pas très loin du montant du chômage mensuel grec qui est de 359€. Les maires exaspérés indiquent pourtant que ces campeurs sont une bouffée d'oxygène autant économique qu'écologique pour leurs villages : les "free campeurs" sont bien souvent beaucoup plus respectueux de la nature.


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Revenant aux stéréotypes des années 70 sur le « tourisme-vagabond », le gouvernement chasse impitoyablement les campeurs libres, leur impose des amendes qui sont transmises à l’administration fiscale (!) et exaspère les maires des communes qui vivent du tourisme : "Ce dont j’ai peur, c’est que, avec le durcissement de la peine et l’intensification des contrôles, on entre dans une autre logique, qui ouvre plus ou moins le chemin de la criminalisation systématique. C’est-à-dire que maintenant, nous nous trouvons devant une loi qui nous interdit de dormir sans payer…"
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Sont également persécutés ceux qui osent s’adonner au libre camping: ils risquent de se retrouver dans la situation de devoir de l’argent aux impôts. Le nouvel ennemi de l’Etat pour cet été est le libre campeur.

Totalement soumis aux stéréotypes conservateurs des années 70, où ils affrontaient les campeurs libres comme des « touristes-vagabonds », les autorités policières montrent beaucoup de zèle et persécutent par des balayages systématiques les citoyens qui choisissent ce type de vacances.

Depuis les Cyclades jusqu’en Crète, Halkidiki et Eubée, ils ont déjà pratiqué des dizaines d’arrestations.

Ces actions sont accompagnées d'un important changement. L’amende administrative de 174 euro, avec une disposition incluse dans le projet de loi pour le tourisme , a été doublée (300 euro) et est passée dans le code de la route.

Avec ce changement important, tout campeur libre pris sur le fait, s’il ne paye pas dans les 10 jours, voit sa dette passer à l’administration fiscale. Les autorités, qui depuis des années maintenant font les gros yeux aux violations d’urbanisme, les empiétements des forêts sur les zones touristiques, font pression pour le paiement immédiat des amendes, de même que ceux qui règlent la dette de « l’infraction » dans les 10 jours payent la moitié du montant.

Pour ceux qui n’ont pas cette possibilité, ils cumuleront une dette de plus, due aux services de l’Etat.

Que disent les maires ?

La chasse, donc, qui a pour but « le bon fonctionnement et l’ordre dans les destinations touristiques principales », comme rapporte entre autres l’une des communication de la police récemment publiée, s’intensifie, avec pour cible les citoyens qui, en proie à la crise, n’ont pas d’autres moyens pour souffler un peu.

Mais des campeurs libres, il y en avait déjà beaucoup avant la crise. En dépit de l’image déformée qu’on essaye de leur coller, la plupart des gens qui choisissent consciemment ce genre de vacances, respecte parfaitement l’environnement naturel.

Le « K.E » (association des campeurs libres) a parlé avec les maires des îles qui sont traditionnellement des destinations de camping libre. Ils livrent eux-mêmes leur profil:
« Il n’est pas de la responsabilité des municipalités de chasser les campeurs » dit au « K.E » le maire de Tilos, M. Kama-Aliféris. « En outre, la société de Tilos veut leur présence et en a besoin. Grâce à leur présence, les restaurants et les supérettes travaillent. Ils campent surtout à Eristos et à Plaka, et non seulement ils ne dérangent personne, mais souvent, quand l’île a eu besoin de quelque chose, beaucoup d’entre eux nous ont aidé. Pour la majorité d’entre eux, ce sont des gens qui viennent depuis des années, nous les connaissons, ils sont méritants et ils nourissent un grand respect pour l’environnement et la nature. Je vais vous dire simplement une chose. Depuis que les campeurs libres sont sur notre île, jamais nous n’avons dû envoyer le personnel de la mairie pour nettoyer les lieux où ils s’installent. Parce qu’il n’y en a pas besoin. Ils prennent soin eux-mêmes du lieu et de la meilleure des façons. Ils nettoient et même repeignent les toilettes publiques qu’il y a là-bas. En revanche, j’envoie constamment du personnel de la mairie pour nettoyer les plages aménagées avec parasols et transats ».

Cette logique et cette vision, le maire de Anafi, Iakovos Roussos, les partage. Roukounas est la plage qui accueille depuis des dizaines d’années maintenant les campeurs libres. « Nous ne sommes pas opposés au camping libre, surtout maintenant que nous traversons une crise économique si dure. Je ne dirai pas que nous l’autorisons, dans le sens où il y ait une loi en vertu de laquelle ce soit illégal, mais nous serions stupides de bannir les campeurs libres. Vous devez savoir que si sur notre île, il n’y avait pas de camping libre, on aurait eu un problème. Pour la majorité d’entre eux, les campeurs sont le « sang frais » de l’économie locale et ils respectent l’environnement. Et la plupart du temps, bien plus que ceux qui restent à l’hôtel. Des familles viennent avec leurs enfants ; des gens qui choisissent en toute conscience de cause ce mode de vacances. Parfois, ils créent des problèmes de propreté, mais ça ne concerne pas la majorité.


Encore aujourd’hui, nos chambres seront occupées à 100%. Les campeurs ne sont pas importuns. On ne va tout de même pas les jeter à la mer comme des criminels, en particulier en ces temps de difficultés économiques. »
L’île d’or, également connue sous le nom de Gaïdouronisi, se trouve à 8 miles nautiques au sud de Ierapetra, et elle est depuis des années, une destination de camping sauvage pour les grecs et les touristes. Elle est l’une des 81 îles inhabitées de Crète, connue pour son incroyable beauté naturelle et ses cèdres séculaires. Cette année, aussi bien sur cette île qu’en d’autres endroits de Crète, les descentes de police se sont intensifiées, et apparemment, les autorités locales ne semblent pas partager le point de vue des maires précédemment cités.

L’adjoint au maire de la protection civile et le président du NPDD de l’environnement de la commune de Ierapetra, G. Proïstakis prétend que l’équilibre écologique de l’île a été perturbé et, en vertu des traités internationaux de protection de l’environnement qui le régissent, une part conséquente de l’île ne « supporterait pas » la présence humaine et son intervention :

« Les racines des cèdres sont apparentes. En marchant dans le sable, elles se découvrent encore d’avantage et se détruisent. Déjà, la démolition de structures arbitraires sur l’île est actuellement en cours, et en ce moment un plan de gestion est élaboré par l’Université de Crète et le Musée d’Histoire Naturelle, concernant la régénération de la nature de l’île.

Dans certains endroits, des passerelles en bois seront installées pour que les visiteurs puissent y marcher, alors que certaines régions, pour être complètement restaurées, devront rester vierges de tout pas ».

L’adjoint au maire ne considère probablement pas la présence des campeurs libres comme quelques chose de positif, sans toutefois aller jusqu’aux aphorismes graves : « Nous voudrions être aussi prudents que possible ».

Pénalisation

L’administrateur du site e-camping.gr, qui donne des informations sur tous les campings du pays et qui a développé un forum de discussions dynamique, B. Tsamourias, nous explique que les derniers événements ont bouleversé les amateurs de camping libre.

"Les campeurs libres ont une vision très consciente de la protection de la nature, et généralement une culture très développée du volontariat. Ainsi, beaucoup d’entre eux prendront soin de la région, par exemple en ramassant les déchets et en triant tout ce qui passe entre leur mains pour prévenir l’altération de l’environnement naturel. On ne peut pas interdire globalement le camping libre. Qu’est-ce qu’on dirait à ces gens qui grimpent l’Olympe ? Ne campez pas le soir mais redescendez pour dormir et remontez le lendemain ? Ce dont j’ai peur, c’est que, avec le durcissement de la peine et l’intensification des contrôles, on entre dans une autre logique, qui ouvre plus ou moins le chemin de la criminalisation systématique. C’est-à-dire que maintenant, nous nous trouvons devant une loi qui nous interdit de dormir sans payer…"