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Grèce : révolte des migrants du camp de rétention d'Amygdaleza

11 août 2013

Droits de l'homme Immigration Police Amygdaleza Athènes camp de rétention Grèce KEERFA violence

On ne peut même plus parler de « dérive », tant les derniers évènements du camp de rétention d’Amygdaleza sont inqualifiables. Inqualifiables au point que les journalistes grecs, pour représenter la réalité quotidienne de ces camps, n’ont rien trouvé de plus vrai que la formule « camps de l’enfer ». C’est violent, et ça renvoie aux heures noires de l’Histoire, où les mots manquaient pour qualifier l’abomination. On parlait jadis des « camps de l’horreur » d’un « enfer sur terre » ou plus pudiquement de « l’indicible ». Mais à Amygdaleza, ce n’est pas un projet d’extermination qui tue, mais l’indifférence. L’indifférence d’un Etat qui laisse ses forces de l’ordre malmener les populations incarcérées. L’indifférence d’un Etat qui reste sourd aux dénonciations de conditions de vie inhumaines.


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Une manifestation des demandeurs d'asile détenus au nord-est d'Athènes, dans le camp d'Amygdaleza a pris fin et les détenus ont regagné leurs chambres, a indiqué la police dimanche. La protestation a commencé lorsque certains détenus ont attaqué les gardes -selon la police- à la nuit tombée samedi alors que le dîner était servi. Mais selon des migrants, la coupure d'électricité rendant inopérant la climatisation (en plein mois d’août) dans 2 conteneurs aurait duré 3 jours et les détenus auraient refusé de rentrer dans les "fours sombres", ce qui aurait provoqué la colère des gardiens, qui auraient insulté et frappé les détenus, criant "Cela ne nous fait rien si vous mourrez". Il y aurait un ou deux morts et des blessés graves, selon les détenus.

Amygdaleza

Selon la police, l'attaque contre les gardes n'avait pas été provoquée et les détenus ont mis le feu à leur literie et à certains des conteneurs qui les abritaient.

Selon la police, au moins 10 gardiens de prison ont été blessés. Peu après minuit, la police anti-émeute est entrée dans le camp et a utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes pour réprimer la protestation. Environ une heure plus tard, les détenus auraient regagné leurs chambres.

Une vidéo de l'intervention de la police anti-émeute :

La police a déclaré que la cause principale de la manifestation était l'annonce aux détenus que le temps de détention maximale au camp devait être augmenté de 12 à 18 mois. En outre, l'électricité avait été coupée en raison de travaux de maintenance, laissant les conteneurs sans climatisation.

Selon le KEERFA, la coupure d'électricité rendant inopérant la climatisation dans 2 conteneurs aurait duré 3 jours et les détenus auraient refusé de rentrer dans les "fours sombres", ce qui aurait provoqué la colère des gardiens, qui auraient insulté et frappé les détenu, criant "Cela ne nous fait rien si vous mourrez ". Selon le mouvement "Tous Unis Contre le Racisme et la Menace Fasciste", "Après un conflit généralisé avec des feux dans la majeure partie du camp, les immigrants affirment qu'il y a des blessés graves qui étaient inconscients et que un ou deux sont morts".

Alors que la semaine dernière, des musul­mans avaient été frap­pés et insul­tés par les forces de l'ordre pen­dant la prière du Ramadan dans ce même camp, il nous semble nécessaire de changer de vocabulaire : ces camps ne sont pas des camps de détention, mais des camps de concentration. On se sou­vient de Mohammet Hassan, Pakistanais de 26 ans, resté enfermé dans un de ces camps « de l’enfer », alors qu’il aurait dû se faire hos­pi­ta­li­ser d’urgence pour une grave infec­tion res­pi­ra­toire. Il n’est sorti de sa cel­lule que pour mou­rir à l’hôpital de Corinthe. Le pire, c’est qu’il n’est qu’un exemple parmi toutes les his­toires tra­giques qui se déroulent tous les jours dans ces camps de l’horreur.  Certains, n’en pou­vant plus, y mettent fin à leurs jours.

Pourtant, Nikos Dendias, le ministre de l'ordre public, nie toujours les condi­tions de déten­tion inhu­maines et la vio­lence policière.

Est-ce vers "ça" que se dirige progressivement le gouvernement grec ? (définition selon Wikipedia) :

On nomme camp de concentration un lieu fermé de grande taille créé pour regrouper et pour détenir une population considérée comme ennemie, généralement dans de très mauvaises conditions. Cette population peut se composer des opposants politiques, des résidents d'un pays ennemi, de groupes ethniques ou religieux spécifiques, des civils d'une zone critique de combats, ou d'autres groupes humains, souvent pendant une guerre. Les personnes sont détenues en raison de critères généraux, sans procédure juridique, et non en vertu d'un jugement individuel.


Une photo du camp il ya un an et demi (par @MakisSinodinos ) :
Amygdaleza