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"Mon nom est Chryssoula…" : la lettre désespérée d’une mère contre le gouvernement grec

9 août 2013

Droits de l'homme Justice Santé Société Solidarité DEI drame Gouvernement Grèce lettre

"Je dénonce les dirigeants publics, absents de ce pays. Je dénonce l’inexistence de l’appareil étatique qui a mené mes fils comme des millions d’autres enfants grecs à la misère."


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Ces jours-ci, à Patras, une scène tout droit sortie des anciennes tragédies grecques et qui s’est fait connaître grâce au mouvement « Je ne paye pas » (« Den Plirono » en grec): Une mère, Chryssoula, unique soutien économique de ses deux fils malades et qui vit au bord d’une autoroute dans un camion aménagé à l’arrière pour la vente de boisson et de souvlakia, s’est fait couper le courant par la compagnie d’électricité. Pourtant, la machine à oxygène, de laquelle dépend le plus grand de ses fils, ne peut pas fonctionner sans électricité. Sans électricité, cette famille ne peut pas gagner non plus le minimum vital pour pouvoir encore à peu près manger.
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Sans électricité, ils vivent non seulement dans l’obscurité la plus totale au bord de la route, mais en plus ils perdent leur unique moyen de survivre. La vente de nourriture et de boissons est maintenant terminée. En dépit des réclamations qu’elle a faites, exposant la grave maladie de ses fils à l’administration, la compagnie d'électricité est restée indifférente.

En désespoir de cause, elle est entrée en contact avec le mouvement « Je ne paye pas », un groupe d’action solidaire qui s’occupe entre autres de rétablir (par piratage) l’électricité ou l’eau des familles qui se trouvent dans une situation désespérée.

Tous les mois, la compagnie DEI couperait l'électricité de 30000 personnes en Grèce et la plupart d’entre elles comporte des enfants, des handicapés, des chômeurs…

Sa lettre, qui demande notamment de la nourriture pour ses enfants, a conduit à la mobilisation de ces militants, qui ont exposé son cas publiquement et accompagnent désormais cette famille dans ses demandes légitimes de bénéficier d’un traitement humain. Ils y ont joint une réclamation, à laquelle ont été ajoutés les énormes dossiers médicaux, où il est spécifié entre autres choses que la machine à oxygène, de laquelle dépend le plus grand, ne peut pas fonctionner sans électricité. Sans électricité, cette famille ne peut pas gagner le minimum vital pour pouvoir encore à peu près manger.

« Mon nom est Chryssoula. Je suis résidente de Patras. J’ai deux enfants adorés, encore mineurs. Deux petits cœurs qui ont eu le malheur d’expérimenter très jeunes la difficulté de la vie, mais plus encore la cruauté, l’indifférence et le manque d’humanité et de conscience des dirigeants de ce malheureux pays. Les deux enfants sont confrontés à de graves problèmes de santé. Celui qui a 13 ans est sourd de naissance, et il est atteint de sténose hypoplasie pulmonaire, soit une maladie cardiaque grave, en plus d’un autisme léger (il utilise de l’oxygène).

Celui qui est âgé de neuf ans a développé une hypertension intracrânienne. Le plus âgé s’est fait opérer de la tête et ils doivent lui mettre un implant cochléaire, qui supposent 22 câbles cérébraux internes, en plus d’un aimant à l’intérieur qui prend appui sur un aimant correspondant dans la partie externe du cerveau. Ce mécanisme et sa rénovation tous les cinq ans coûte 10000 euro.

Aucun recours

J’ai un snack que m’a concédé la préfecture de Patras et je me suis installée définitivement au bord de la nouvelle route nationale, à une courte distance de l’hôpital universitaire de la ville de Rio, afin que, à tout moment, les enfants puissent être transportés directement en raison de leur mauvais état de santé.
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Et si vous aviez vu avec quelle incroyable et cruelle indifférence ils ont traité ce problème, celui nommé « système du gouvernement de l’Etat", quand DEI m’a appelé pour me couper le courant...Ils se désolidarisaient complètement de la situation.

A côté du snack, il est écrit les conditions pour qu’ils aillent de camion en camion, je suis retournée les lire et pas un mot sur les circonstances de nécessité. Ces petits cœurs n’ont jamais vraiment vécu, parce que les enfants étaient quotidiennement et 24h/24 à mes côtés, tout ça pour un salaire de misère. Eux, ils n'ont jamais joué, ils ne savent même pas ce que c’est que le jeu.
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Quand mon petit enfant a subi un accident vasculaire cérébral et qu’il a été hospitalisé en soins intensifs, quand il a ouvert les yeux ses premiers mots ont été « je suis triste maman, parce que je n’ai pas d’amis », et pour lui faire un cadeau, maintenant qu’il m’était revenu, maintenant qu’il était revenu à la vie, je lui ai promis quelque chose que je ne pourrais jamais réaliser et c’est la plus grande honte que je porte en mon âme.

Il n’est pas nécessaire de dire que tous mes biens étaient les 50 souvlakia avec lesquelles je pouvais travailler et quelques autres produits périssables qui ont été détruits après l’obscurité totale.

Miséricorde… laisser quelqu’un venir quand il fait nuit et dire à ces petits de ne pas pleurer, de ne pas avoir peur de l’obscurité et qu'eux, ils ont droit à un peu de lumière dans cette vie.

Je dénonce les dirigeants publics, absents de ce pays. Je dénonce l’inexistence de l’appareil étatique qui a mené mes fils comme des millions d’autres enfants grecs à la misère.

DEI, comme tout ce que j’ai déjà signalé, doit se sentir responsable d’une série de crimes commis quotidiennement contre tout le peuple grec, comme contre moi-même et aussi mes enfants mineurs. Je tiens leurs dirigeants pour responsables parce qu’ils ne respectent pas la constitution et je demande à la justice qu’elle intervienne immédiatement pour protéger mes fils avant que ce ne soit trop tard et d’attribuer la cause de cela à l’indifférence et à l’irresponsabilité de ce comportement de mouton et de leur donner le droit constitutionnel d’avoir mis des vies en danger.

Nous les grecs, si nous nous unissons, nous pouvons obtenir l’impossible.

Mais si je dois danser la danse de Zaloggos, nous allons la danser.

Sincèrement, une mère grecque fière.

La mère de Léonidas et d’Aristote. Au nom de mes fils.

Chryssoula M.

Le gouvernement grec encaisse un loyer aux propriétaire par le biais de la facture d’électricité, un impôt qui, joint à la hausse des tarifs, fait que des milliers de citadins vivent dans l’obscurité la plus totale. En 2011, le ministre des finances de l’époque, le socialiste Venizelos, a annoncé la « taxation d’urgence de la propriété » à toutes les propriétés raccordées au réseau électrique et qui s’appliquerait seulement pour l’année 2011/2012, mais qui a été renouvelée de différentes manières.

Cet impôt de la facture d’électricité, sous la menace de se voir couper l'électricité, a été considéré par la population comme un « harasti » (impôt de l’occupation ottomane qu’ont dû payer les grecs pendant les 400 ans d’occupation).

Avec l’acharnement qui a été appliqué pour couper l’électricité, on en est arrivé à des situations comme celles d’une vieille femme de 80 ans qui a passé 6 mois sans électricité pour une dette de 200 euro alors que sa retraite est de 150 euro jusqu’à ce que les activistes de « Je ne paye pas » lui aient rétabli le courant. « Nous sommes revenus au moyen-âge, j’ai honte d’être grecque » dit cette femme à l’équipe de tournage du mouvement.

« Nombreux sont ceux qui, éblouis par les temples et les statues, la mythologie, la philosophie et l’art grec, affirment que la mission secrète de cette civilisation était la beauté ; que la Grèce a accompli la tâche de transformer les cris de l’Orient en paroles compréhensibles… Cependant, si nous voulons pousser plus loin notre examen, nous nous rendons compte que le sens secret de la destinée grecque est de transformer l’esclavage en liberté. En effet, à travers tous les évènements de l’histoire grecque, apparemment contradictoires, on découvre une harmonie interne, un élément stable et immuable qui a constitué l’essence de cette race : c’est la lutte pour la liberté (du tyran intérieur et extérieur)… Cette lutte fut le véritable miracle grec.»

Homo Helenicus, Nikos Kazantzankis

Article:B.Jaimen -Todos somos griegos

Traduction : Aleka pour Okeanews