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Grèce : des musulmans frappés et insultés pendant la prière du Ramadan

6 août 2013

Droits de l'homme Immigration Police Amygdaleza camp de détention Grèce racisme

Nouveau manquement aux Droits de l'Homme en Grèce: des musulmans frappés par les forces de l'ordre pendant leur prière dans le camp d'Amygdaleza, dans la banlieue d'Athènes.


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Encore un déchaînement de racisme ce Dimanche 4 août dans le camp de détention d’Amygdaleza. Islamophobie caractérisée cette fois. En plein ramadan, période la plus sacrée de l'Islam, les musulmans détenus dans ce camp auraient reçu une pluie d'insultes et de coups alors qu'ils priaient.
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Pour pallier à d'éventuelles réactions, la police antiémeute se tient déjà prête. "Bien sûr pour le gouvernement, le respect des droits religieux est une clause marquée en tout petit, quand dans les camps de détention, des gens se font torturer et meurent par manque de soins médicaux," peut-on lire dans le communiqué publié par la "Communauté Pakistanaise de Grèce" et le "KEERFA" ("Tous Unis Contre le Racisme et la Menace Fasciste")

Hélas, l'évènement n'est pas le premier du genre: Coups, insultes, tortures, insalubrité, faim, manque de soins médicaux, voilà comment sont traités les immigrants dans les camps de détention grecs. Une tentative de résistance, une grève de la faim, ou même une simple protestation ? On envoie la police antiémeute et parfois même la police anti-terroriste, quitte a utiliser des tasers. L’horreur se produit grâce à la complicité silencieuse de l’Etat.

On se souvient de Mohammet Hassan, Pakistanais de 26 ans, resté enfermé dans un de ces camps « de l’enfer », alors qu’il aurait dû se faire hospitaliser d’urgence pour une grave infection respiratoire. Il n’est sorti de sa cellule que pour mourir à l’hôpital de Corinthe. Le pire, c’est qu’il n’est qu’un exemple parmi les histoires tragiques qui se déroulent tous les jours dans ces camps de l’horreur.  Certains, n'en pouvant plus, y mettent fin à leurs jours.

Et pourtant, toutes les associations grecques et internationales à but humanitaires, les organismes de défense des Droits de l’Homme, et même en Juin dernier, le rapport annuel de Human Rights Watch, ont dénoncé l’inqualifiable, et ont lancé pléthore d’avertissements et de mises en garde à la Grèce. Chaque jour qui passe fait la démonstration que cette indignation mondiale reste lettre morte pour le gouvernement grec. Et pourtant, le respect de la dignité humaine sans distinction de race ou de religion est bien inscrit dans la Constitution Grecque.

Nous avons donc-là un gouvernement qui non seulement fait fi des réprimandes des organismes de contrôle internationaux, mais qui en plus méprise sa propre Constitution. Un gouvernement qui impose des décrets arbitraires et les fait appliquer sans concertation (comme on l’a vu avec la fermeture définitive de l’ERT). Un gouvernement qui impose ses propres règles, se passe de l’avis de son peuple, du cadre de sa Constitution (censée être la garante de la démocratie) et des avertissements des organismes de contrôles internationaux. Un gouvernement qui ferme les yeux face à l’inquiétante montée du fascisme et aux actes racistes de sa Police, mais qui les ouvre tout grands pour les « crimes » (entendez par là les « protestations ») des opposants.

De là à parler de « régime dictatorial », non, vous pensez bien ! Ce ne serait pas « politiquement correct »...Et puis, la Grèce est en Europe tout de même, et en Europe jamais, ô grand jamais on a vu ni ne verra de régime dictatorial… La Grèce n’est pas une dictature, c’est simplement un pays en crise.

Petit rappel :

Dictature (définition du Larousse) : "Régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (junte) qui l'exercent sans contrôle, de façon autoritaire"

On se demande donc ce qui a bien pu pousser le mouvement « Tous Unis Contre le Racisme et la Menace Fasciste » (KEERFA) ainsi que la « Communauté Pakistanaise de Grèce » à faire paraître le communiqué qui suit, puisque la Grèce, comme toute démocratie, doit répondre de ses actes devant les organismes de contrôle internationaux, ce qui rend impossible, entre autres, la violation des Droits de l’Homme, disent-ils...

Communiqué publié par la « Communauté Pakistanaise de Grèce » et le KEERFA :

« C’est à la vulgarité raciste sans précédent et aux coups des policiers qu’ont dû faire face les prisonniers musulmans du camp de détention d’Amygdaleza . Ils ont été attaqués à coups de pieds pendant la prière des derniers jours de Ramadan où les croyants prient constamment.
La démonstration de brutalité continue avec la préparation de la police antiémeute pour supprimer les réactions provoquées par les pulsions racistes des gardiens d’Amygdaleza.
Bien sûr pour le gouvernement, le respect des droits religieux est une clause marquée en tout petit, quand dans les camps de détention, des gens se font torturer et meurent par manque de soins médicaux.
Nous exigeons l’application du respect fondamental du droit religieux et l’arrêt des actes de racisme hystériques des gardes d’Amygdaleza.
Ces lieux infernaux sont le symbole de l’inhumanité, du racisme et de la brutalité. Il est temps qu’ils ferment. »

A relativiser, dirait l’Etat grec. Quel culot aussi, ces musulmans, de prendre des coups de pieds pendant la pratique de leur foi ? Ont-ils seulement pensé à ce que ça va coûter à l’Etat de remplacer toutes les chaussures abîmées de ses policiers ? Certes, non ! Trop occupés à chercher un peu d’espoir auprès de leur Dieu, ces ingrats-là !

Eh oui, chercher du réconfort et de l’espoir depuis le fond de leur prison, devenue tombeau pour certains d’entre eux, voilà ce qui leur a valu la haine de leurs gardiens. Violence gratuite, humiliation, privation de tout, jusqu’à la foi et l’espérance : « Toi qui entres ici, abandonne tout espoir », c’est ce que Dante avait imaginé inscrit au fronton de la porte de l’enfer… A croire que la réalité dépasse la fiction. D’ailleurs, « l’enfer » est le terme le plus souvent repris par la presse indépendante grecque pour qualifier ces camps de détention. ..

Le rapport annuel de Human Rights Watch accuse sans détours la police grecque d’être majoritairement à l’origine des injustices commises par racisme. Il rappelle que, lors des arrestations massives d’immigrants (opération Xenios Zeus etc…), seulement 6% des individus arrêtés n’avaient pas leurs papiers, ce qui implique que 94% d'entre eux se trouvaient légalement sur le territoire grec et que par conséquent, leur arrestation est due à leur « faciès ».

L’auteur du rapport, Eva Cosse (lire ou relire ici), nous livre son analyse, témoignages d’immigrants à l’appui, dans la vidéo qui suit:

Face à ces pratiques inadmissibles, Okeanews se joint à l’indignation générale et continue à mettre un point d’honneur à ne rien passer sous silence.

Rappel : une pétition est en cours pour faire arrêter l'opération Xenios Zeus.