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Grèce : des employés de l'ERT inculpés pour avoir tenté de remettre en route le signal

1 août 2013

Droits de l'homme Justice Liberté de la Presse Médias Police ERT Grèce procès

Un employé de la radio télévision publique grecque (ERT) témoigne : « Hier soir ils ont transféré notre avocat au siège de la police. Notre avocat a reçu des coups de poing dans le visage». Le prix à payer pour défendre la liberté de la presse en Grèce en 2013 ?


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Mardi 30 Juillet, alors qu'environ 70 protestataires étaient rassemblés sur place, 9 employés de l’ERT, la radio télévision publique grecque fermée depuis le 11 juin dernier, ont été arrêtés. A l’aube de ce même jour, ils avaient réussi à rebrancher l’émetteur de l’ERT d'Athènes à Ymittos, de manière à ce que les programmes de la chaine soient diffusés sur le canal 21 en mode analogique. Arrêté en "flagrant délit", 8 des 9 accusés de « dommages aggravés sur la propriété publique, de perturbation de la sécurité des réseaux de communication, d’indiscipline, de refus d’obtempérer avec les forces de l’ordre et de menace contre les policiers. » sont libérés dans l'attente d'une comparution en 2014. Le dernier avait un enregistrement audio des commentaires des forces de l'ordre. Il n'a pas été libéré. Quand le terme junte décide de rester d'actualité. En Grèce. En 2013.
ÅÕÅËÐÉÄÙÍ - ÐÑÏÅÊËÏÃÉÊÏÓ ÐÕÑÅÔÏÓ ÃÉÁ ÔÇÍ ÅÊËÏÃÇ ÍÅÏÕ ÐÑÏÅÄÑÅÉÏÕ ÓÔÏÍ ÄÉÊÇÃÏÑÉÊÏ ÓÕËËÏÃÏ.

Un rassemblement qui dégénère

Très vite, les hommes de la police antiémeute sont arrivés sur les lieux. Une vive tension s'en est suivie entre les manifestants et les policiers. Les participants font état d’arrestations arbitraires et violentes de la part de la police antiémeute lors de ce rassemblement pacifique.

Sur la vidéo prise par un manifestant, on voit une jeune femme se faire menotter avec brutalité. Quelqu’un crie dans la foule : « Qu’est-ce qu’elle a fait cette jeune fille, hein ? Qu’est-ce qu’elle a fait? ». Le visage de la jeune femme se tord de douleur : « Vous allez me casser la main ! » crie-t-elle. Un autre homme dans la foule : « Connard, laisse la fille, lâche-la imbécile ! » Puis, un peu plus tard, un manifestant s’indigne : « Pourquoi vous l’arrêtez lui ? C’est notre avocat ! » L’homme violemment poussé par la police antiémeute est en effet l’avocat des manifestants de l’ERT. « Qu’est-ce qu’il a fait pour qu’on l’arrête ? », demande quelqu’un d’autre. « Rien, il n’a rien fait du tout », répond un policier avec ironie.

La vidéo des arrestations :

Selon les témoignages, la femme menottée avec brutalité lors de l’intervention de la police antiémeute a été transportée à l’hôpital pour y recevoir les premiers soins, ayant été blessée à la main lors de l’arrestation.

Les 9 manifestants arrêtés ont été amenés au siège de la police (GADA). Ces arrestations ont eu lieu suite à une plainte contre « x », déposée par le « liquidateur » de l’ERT et ex-président de "Gkikas Manalis". Au même moment, des plaintes ont été déposées pour violence contre les employés.

« Le déroulement des événements qui ont eu lieu mardi soir présage peut-être de mouvements de répression similaires pour "Radiomégaro" à Agia Paraskevi. » commente un journaliste du quotidien grec partenaire d'Okeanews « La boite de Pandore. »

Rassemblement toute la nuit devant le siège de la police

Les 9 manifestants arrêtés, dont la journaliste Eva Mavrogéni ainsi que des membres du « SPITHA », « l’étincelle », le mouvement des citoyens indépendants créé par Mikis Theodorakis, ont été inculpés de « dommages aggravés sur la propriété publique, de perturbation de la sécurité des réseaux de communication, d’indiscipline, de refus d’obtempérer avec les forces de l’ordre et de menace contre les policiers. »

Les employés de l’ERT se sont retrouvés au siège de la police pour soutenir les personnes arrêtées. Le président du syndicat des journalistes, l’ESIEA, Dimitris Trimis, ainsi que le député représentant du Syriza, Panagiotis Lafazanis et le député du parti majoritaire de l’opposition Giannis Stathas étaient présents.

Sur la vidéo qui suit, les images et les mots sont bouleversants. La foule est littéralement rassemblée « au pied du mur », devant le siège de la police. Les manifestants arrêtés apparaissent tour à tour derrière les barreaux des fenêtres, menottes aux poignets.

Un premier détenu lance : « Tous ensemble contre la Junte ! » Et la foule de reprendre avec lui. Un autre en profite pour raconter ce que la police ne dira pas : « Hier soir ils ont transféré notre avocat au siège de la police. Notre avocat a reçu des coups de poing dans le visage. » La foule de scander un slogan désormais célèbre en Grèce: « Flics, porcs, assassins !!! »

Une femme aux cheveux grisonnants, crie depuis une troisième fenêtre : « Liberté, vive la liberté ! » A cela, les trois détenus et la foule répondent en cœur : « à bas la junte ! »

La foule, encore : « Ecoutez bien ça, gardiens de prison, ôtez vos sales pattes des combattants ! »

Le deuxième détenu qui s’est exprimé reprend la parole : « On a essayé d’ouvrir une discussion mais les hommes de la sécurité l’ont refusée. Ça, c’est leur démocratie, ça, c’est leur Junte » L’émotion est palpable. Après un court silence, la foule scande : « Du pain, de l’éducation et la liberté», puis : « La Junte n’est pas finie en 2013 ».

Un journaliste dans la foule appelle Eva à témoigner. Elle raconte le déroulement des faits « Je suis restée pour faire le reportage télévisé, j'ai terminé, et après 2 minutes à peine, ils m’ont poussée devant la police antiémeute pour qu’ils m’arrêtent »

Quelqu’un dans la foule lui crie: « Ils disent que [propos inaudibles]… » La journaliste lui répond : « Ce sont des mensonges à 1000%, c’est de l’imagination pure. Ç’en est tragi-comique. C’est une honte qu’un citoyen grec puisse se faire enfermer aussi facilement »

La jeune femme que l’on voyait brutalisée sur la vidéo précédente, apparait à la fenêtre, la main dans le plâtre : « Les amis, rappelez-vous, le peuple gagne toujours, toujours… »

D’autres viennent aux fenêtres, le sourire aux lèvres. « Souriez-leur, un sourire les tuera » lance quelqu’un dans la foule.

Enfin, la foule répète : « La passion de la liberté est bien plus puissante que les coups »

La vidéo des commentaires précédents :


Les tribunaux d’Evelpidon déclarent 8 accusés sur 9 « libres » … provisoirement.

Le syndicat des journalistes ESIEA avait appelé à un rassemblement de protestation devant les tribunaux de l’ancienne école militaire, qui fut très largement suivi. Les manifestants se sont donc réunis devant les tribunaux d’Evelpidon, en attendant le verdict.

Le procureur a déclaré 8 accusés « libres » (pour différents motifs)…mais provisoirement. Ils seront ré-entendus par le tribunal dans le courant du mois de Janvier 2014.

L’un des 9 accusés, l’avocat des employés de l’ERT et du syndicat des journalistes, l'ESIEA, a été libéré grâce à un droit de justice spécifique, et comparaitra plus tard pour une audience approfondie.

En revanche, le 9ème accusé n’est pas reparti libre du tribunal. Il sera mené devant le juge de première instance. Son crime ? On a retrouvé sur lui un magnétophone où étaient enregistrées les conversations de la police. Apparemment, ceci constitue un motif suffisant pour être jugé pour délit.