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Grèce et "justice" : acquittement de 4 policiers pour le meurtre d'un jeune homme

31 juillet 2013

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Le père du jeune homme, après l'annonce : "La société doit savoir que la vie des gens est entre les mains de policiers qui ont appris à tuer et à ne pas en être tenus responsables"


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Le tribunal correctionnel d’Athènes a dégagé de l’accusation d’homicide involontaire quatre agents de police qui étaient accusés d’avoir battu, en mai 2008, un étudiant en architecture, âgé de 24 ans, Grec de Tachkent. La cour a conclu à cette décision en dépit de la déposition d’un témoin oculaire qui assurait avoir vu les policiers donner des coups de poing à la tête du jeune homme jusqu’à ce que celui-ci s’effondre. Et la cour n’a pas tenu compte d’une vidéo tournée par un habitant du quartier : elle a refusé de la visionner...

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L’affiche que son père a fait circuler pour trouver les auteurs

Choqué, le père du jeune étudiant, professeur de psychophysiologie, a déclaré qu’il ne s’attendait pas à cette décision et, avec beaucoup d’amertume, souligna : "La société doit savoir que la vie des gens est entre les mains de policiers qui ont appris à tuer et à ne pas en être tenus responsables". L’avocate, Me Yianna Kourtovik parle du régime d’impunité concernant les policiers.

Extrait de la vidéo prise par un habitant du quartier et que la cour a refusé de visionner (voir a partir de 2 minutes) :

Un des incidents les plus affreux de violence policière et de dissimulation de celle-ci s’est vu, une fois de plus, « justifié », hier, dans les salles du tribunal. Rue Anaxagoras, quatre agents de police, parmi lesquels une femme, ont sauvagement tabassé un jeune Grec qui s’est effondré et est mort.

La scène, dans sa dernière étape, avait été enregistrée sur téléphone mobile par un témoin oculaire mais n’a jamais été projetée au tribunal. Ensuite, le cadavre a disparu durant douze heures avant d’être retrouvé, horriblement maltraité, au service de médecine légale, présentant des symptômes de décomposition. Il a fallu à peine 6 réunions et des plaidoiries de quelques minutes du Procureur et des avocats de la défense, pour que les quatre policiers soient acquittés à l’unanimité...

En mai 2008, Nikos Sakellion, âgé de 24 ans, étudiant en architecture, fut trouvé, dans des conditions non clarifiées, dans le quartier de la rue Anaxagoras. Dans des conditions également non clarifiées, les quatre agents de police auraient tenté de l’immobiliser en lui infligeant des coups de poing à la tête et des gifles, mais aussi en s’efforçant de le retenir en le prenant au cou, jusqu’à ce qu’il s’effondre entre leurs mains.

Jusqu’au dernier moment, les accusés ont insisté sur le fait qu'ils avaient trouvé le jeune homme dans le coma, sur la voie. Mais un témoin oculaire qui a déposé au tribunal a non seulement décrit la violence des policiers mais a également enregistré les derniers moments de l’incident à l’aide de son téléphone mobile.

Ensuite, l’on prétendit avoir repéré dans le larynx du jeune homme un petit sachet contenant des doses d’héroïne. Néanmoins, l’EKAV (SAMU grec), qui avait été appelé, et avait procédé à l’intubation, n’a rien trouvé.

Un thriller autour du corps inerte

L’EKAV a transporté N. Sakellion à l’hôpital « Elpis ». Ensuite, le cadavre qui a été réceptionné par un bureau de pompes funèbres… disparaît durant 12 heures et est enfin localisé au service de médecine légale, présentant des signes de décomposition. De plus, c’est là que l’on « découvrit » le prétendu sachet contenant les drogues, celui que les sauveteurs d’EKAV n’avait pas détecté lors de l’intubation... "J’ai trouvé mon enfant dans une grande boîte, noyé dans le sang et horriblement défiguré", a dit le père tragique au tribunal. Il avait remué ciel et terre pour apprendre ce qui était arrivé à son enfant, sans jamais obtenir de réponse.

La médecin-légiste, St. Papadodima, a également déposé durant plusieurs heures. Elle a affirmé de manière catégorique qu’il n’était pas possible de causer la mort d’un homme qui présente les caractéristiques de N. Sakkalion (jeune, en bonne santé, 1m95, nageur, n’étant pas affecté par des substances, selon les faits) en lui faisant avaler un corps étranger sans intervention externe et sans avoir exercé de violence...

Enfin, la cour, composée de la présidente, Eleni Kotitsa, et des assesseurs, Eirini Sideri et Eleni Kipourou, a décidé de dégager les quatre policiers de l’accusation d’homicide involontaire et s’est retirée à la hâte, les yeux baissés...

D. Sakellion : La vie des gens se trouve entre les mains de policiers qui ont appris à tuer...

D. Sakellion, père de Nikos, appartient à une famille de réfugies politiques de Tachkent. Malgré une vie difficile, il est arrivé à obtenir le diplôme de médecine et, aujourd’hui, occupe un poste de professeur de psychophysiologie. En dépit de sa formation scientifique, toutefois, il demeura sans voix lorsqu’il vit son enfant dans une boîte, noyé dans le sang. Le journal « Avgi » l’a contacté hier et le père tragique n’arrivait toujours pas à se faire à l’idée de la décision judiciaire.

"Je n’imaginais pas que la cour se trainerait ainsi. La décision concernant la vie de mon enfant a été prise en quelques minutes. En entrant, après leur réunion, les juges se sont levés et ont dit un mot qui n’a pas été entendu. Ils ont ramassé leurs affaires et sont partis. Je restais bouche-bée et demandais ce qui s’était passé. Je pensais qu’il y avait une pause ou que l’audience était à nouveau reportée. Ce n’est que lorsque je vis les accusés s’embrasser et embrasser leurs avocats que j’ai compris qu’ils étaient acquittés...".

La discussion avec lui s’acheva sur une constatation amère et beaucoup, vraiment beaucoup de questions sans réponse : "la société doit savoir que la vie des gens est entre les mains de policiers qui ont appris à tuer sans en être tenus responsables. Selon quelle logique a-t-on abouti à cette décision ? Pourquoi les payons-nous ? Pourquoi existent-ils dans cette société ?"...

Y. Kourtovik : Un régime d’impunité pour les policiers

À l’occasion de cette affaire, l’avocate Yanna Kourtovik a déclaré à "Avgi": "la foule d’éléments, les témoins oculaires (y compris des policiers), la vidéo qui a été produite, l’affirmation de toute part que l’intubation avait été effectuée sans rencontrer d’obstacles (ce qui s’opposait totalement à l’existence d’un corps étranger pris dans le larynx –tel que celui trouvé durant l’autopsie-, l’étrange disparition du corps et les signes de décomposition, la violence qui ressortait d’une multitude d’éléments et que l’accusée confirmait elle-même, n’ont pas troublé la cour.

Une fois de plus, la Justice grecque a confirmé le régime d’impunité dont jouissent triomphalement les policiers en Grèce, récompensant ainsi les auteurs et leur laissant les mains libres pour réaliser bien d’autres actes de bravoure. C’est encore un cas à ajouter aux listes des morts auxquels il n’a pas été rendu justice, des victimes de tortures, de maltraitance, qui remplissent les rapports internationaux et allongent la liste des affaires contre la Grèce auprès de la Cour européenne des Droits de l’homme".