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Les mystères de l’affaire Giolias

25 juillet 2013

Hot Doc Justice Liberté de la Presse Grèce meurtre police

Kostas Vaxevanis revient sur une affaire "oubliée", celle du journaliste Sokratis Giolias, assassiné en 2010 dans des conditions encore non-élucidées.


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Le 19 juillet 2010, Sokratis Giolias tombait mort sous les balles d'hommes qui ont signé en tant que "Secte de révolutionnaires”. Cela faisait plusieurs décennies qu’un journaliste n’était plus tombé mort, sous les balles. L'assassinat de Giolias fut suivi de deux questions.

SOKRATIS 2

"Socratis Giolias: 1973-2010
Le meurtre de la voix libre"

Qui voulait que Sokartis Giolias meure et pourquoi ? Et qui était Sokratis Giolias ? Ceux qui le connaissaient peuvent répondre à la seconde question mais aussi ceux qui prétendent l'avoir connu. Ceux qui le connaissaient parlent d’un jeune homme travailleur, aux intentions bonnes, passionné du travail. D’autres, qui prétendent savoir, parlent tout bas, lui attribuent des responsabilités concernant ses manières, laissent entendre qu’il s’est fait avoir à cause des « jeux » auxquels il jouait. Les morts ne parlent pas et ne peuvent pas se défendre. Je ne suis pas de l’avis selon lequel « justice est faite au défunt », mais je considère plus honnête de présenter les éléments dont on dispose, si l’on en a. Je considère également qu’il est hypocrite d’accuser Giolias de s’être mis au service des intérêts de certains hommes d’affaires par le biais de son blog, troktiko, et de ne pas s’intéresser à la couverture qui est quotidiennement et ouvertement accordée à certains hommes d’affaires et intérêts illégitimes, par les médias connus et officiels.

Avec Sokratis Giolias nous n'étions pas souvent pas d’accord (une de ces fois se manifesta d'une manière dure après la révélation du scandale du monastère de Vatopedi, par la Boîte de Pandore), mais il était le créateur d’un phénomène sur internet. D’un phénomène mondial. Et ceux qui, aujourd’hui, veulent l’enterrer sous la boue ou sous la poussière de l’oubli, étaient alors à la recherche de ses faveurs. Aux antipodes de Giolias, j’étais toujours partisan du journalisme à signature. Mais, chacun a le droit de choisir sa façon.

Passons à la question principale. Qui a tué Sokratis et pourquoi ? C’est la police qui doit y répondre. Elle ne l’a pas fait et cela soulève plusieurs questions. Outre Sokratis Giolias, les mêmes exécuteurs ont exécuté l'agent de police Nektarios Savvas et ont attaqué,à coups de feu, le département de police de Korydallos et les studios de la chaîne de TV ALTER. L’analyse de leurs textes révèle une organisation qui n’a rien à voir avec les organisations terroristes traditionnelles. Leur écriture et leur analyse idéologique sont superficielles et les cibles ne revêtent pas le poids qu’ils veulent leur attribuer.

Mon estimation est que, dans la version la plus innocente, la "Secte" est un mélange de types furieux et confus qui idéologisent leur hostilité envers la société et leurs complexes. Dans l'autre version, vers laquelle je penche plus, la "Secte" est une créature ou une organisation manipulée. Aucun gauchiste ne s'attribue à lui-même le "mauvais" terme de "secte." Et aucun idéologiste sérieux n'attribue aux "flics" l'image du type mangeur de beignets, comme les flics des séries américaines.

Qui l’a tué ? La police n’a pas répondu. Ce qui est intéressant et étrange, c’est que bien qu’elle ait entrepris de démanteler les « Noyaux du Feu » ou d’autres organisations qui n'ont même pas fait de victimes, elle semble totalement inefficace face à un groupe qui, de surcroît, à également assassiné un des leurs. La famille de Sokratis Giolias, quant à elle, prétend qu’en fait, trois ans après son assassinat, il n’existe pas de dossier ni d’enquête.

La famille de la victime dénonce que :

Le principal témoin de l’assassinat, l’épouse de Sokratis, n’a jamais témoigné. Un des deux téléphones mobiles et l’ordinateur portable de Sokratis n’ont jamais été saisis pour être examinés. Les partenaires de Sokratis n’ont jamais déposé. Il n'y a pas eu d'enquête pour savoir si le véhicule à l’aide duquel les auteurs ont fui était bien celui qui a été trouvé incendié ou s’il s’agissait d’un autre, puisque le véhicule incendié « abandonné » était soigneusement garé et ne pourrait être attribué à des auteurs pressés de quitter les lieux. L’on n’a pas considéré la dénonciation du frère de Sokratis Giolias, selon lequel, avant d’être assassiné, Sokratis avait dénommé un journaliste de la télévision connu, comme étant celui qui le tuerait.

Parmi ces omissions étranges de la police, il faudra également ajouter un point très important. A l'été 2012, deux Grecs ont tué les gardes du corps d’un homme d’affaires, à Agia Nappa, à Chypre. C’était du jamais vu. Un des deux, l’auteur, avec beaucoup de sang froid mais aussi de fureur, a exécuté cinq personnes en très peu de temps, en donnant, de surcroit, le coup de grâce à l’un d’entre eux qui avait survécu.

Les enquêtes de la police chypriote ont abouti aux auteurs. L’on estime que l’exécuteur était le même que celui qui avait exécuté Giolias. Même mode d’action, sang froid, fureur et plusieurs balles. L’enquête a montré que le tueur des cinq était en rapport avec des organisations d'action armée, mais entreprenait des contrats d'exécution.
Cet aspect révélé par les interrogatoires menés à Chypre n’a, étrangement, pas trouvé de suite en Grèce, bien que plusieurs agents de la police prétendent qu’une partie du « milieu » des organisations a, un certain moment, croisé le monde du crime pénal et a entrepris d’exécuter des contrats. Les premières opérations semblent être des entreprises de transport de cocaïne.

Le mystère de l'assassinat de Sokratis Giolias ne consiste pas en QUI était Sokratis Giolias, ainsi que d'aucuns s'efforcent de l'interpréter, mais QUI l'a tué. Et si, en Grèce, il existe un « état profond » avec des organisations manipulées. Mais, ça, c’est une question que la Police hellénique doit se poser. Après avoir répondu à la question de savoir pourquoi l’enquête sur l’affaire Giolias n’a pas avancé.