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Grèce : N. Dendias nie les conditions de détention inhumaines et la violence policière

17 juillet 2013

Immigration Police Politique Grèce police violence Xenios Zeus

Quand le ministre de l'ordre public rencontre un journaliste de la BBC, il nie en bloc les rapports alarmants des organisations internationales sur les conditions de détention, l'opération "Xenios Zeus" et la violence policière. Et se justifie en citant disant plusieurs fois "personne n'est parfait".


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Lors d'une visite à Londres, le Ministre de l'ordre public, Nikos Dendias, a accordé une interview d'une vingtaine de minutes sur la situation en Grèce à Gavin Esler de la BBC, dans l'émission "HardTalks". Évoquant la question de l'immigration, de l'Aube Dorée et du chemin de sortie de crise, le Ministre n'a eu de cesse de contrebalancer les rapports sur la situation sociale alarmante en Grèce (Xenios Zeus, violence policière etc) et de rappeler à plusieurs reprises que "personne n'est parfait".

Nikos Dendias lors de son entretien avec je journaliste de la BBC

Nikos Dendias lors de son entretien avec je journaliste de la BBC

Gavin Esler, de la BBC, commence son interview en demandant si toutes ces mesures d'austérité valaient la peine lorsque l'on constate le taux de chômage record dans le pays et que le chemin de la croissance du PIB n'a toujours pas repris. De son côté, Dendias se concentre sur "les côtés positifs": "La pression de l'immigration sur la société grecque est énorme."Le Ministre reconnait que la Grèce fait face à une situation sans précédent mais rappelle que le pays voit « la lumière au bout du tunnel » notamment grâce à la mise en place de la privatisation de l'OPAP et des accords avec l'Azerbaïdjan sur la construction d'un gazoduc. Il assure être confiant car, selon lui, la société grecque a compris le challenge, ce qui serait notamment prouvé par le fait que les agitations dans la rue se sont calmées ces derniers mois et que la Grèce est "le pays le plus calme du Sud" ces derniers temps. Il n'a cependant pas tenu à rappeler que le gouvernement a adopté à trois reprises en 2013 des mesures d'exceptions de « mobilisation civile » interdisant les citoyens de faire grève.

Les deux interlocuteurs se sont ensuite intéressés longuement au sujet de l'immigration, qui a été le point central de cet entretien. Une nouvelle fois, Dendias nuance la situation alarmante du pays en affirmant que les problèmes de l'immigration de la Grèce ne dépendent pas de sa politique ni de son influence, mais de sa zone géographique. Il qualifie ensuite l'immigration « d'énorme poids pour notre société et notre système » avant de pointer du doigt la responsabilité de l'Union européenne, dont il souhaiterait « des fonds et des idées » [ndlr : pourtant l'Europe fournit déjà des fonds ... dont on ne sait pas trop comment ils sont utilisés]. "Nous recevons 90% de l'immigration  illégale de l'Europe." Il s'accorde avec le présentateur pour dire que la majorité des immigrés ne souhaitent pas rester en Grèce mais il rappelle ensuite que les autorités grecques n'ont pas le droit de laisser partir les immigrés dans un autre pays d'Europe. À défaut de retourner dans leur pays, les immigrés sont coincés en Grèce, c'est pourquoi Dendias demande plus de solidarité de la part de l'Europe. Il parle ensuite au nom de tous les citoyens grecs qui selon lui ne trouvent pas normal qu'un petit pays qui fait actuellement face à une crise économique soit contraint de supporter 90% de l'immigration illégale de l'Europe.

En réponse,  Gavin Esler rappelle les nombreux rapports nationaux et internationaux alarmants sur les conditions de détentions des migrants parfois inhumaines.

Dendias nie en bloc lorsque le présentateur parle des critiques faites à la Grèce sur la façon dont elle traite les immigrés. Il précise que la Grèce n'a pas de centres de détention mais seulement des centres de pré-départ et que tous les anciens centres ont été fermés au profit de nouveaux centres en accord avec les standards européens. Selon lui, le présentateur ne se réfère qu'à des données obsolètes. Il affirme que les critiques sur les nouveaux centres n'ont été que positives et encourageantes, surtout de la part de la communauté européenne. Pourtant le dernier rapport en date est alarmant. Dendias propose d'ailleurs "à chacun de venir vérifier". Pourtant, peu ont réussi à rentrer dans ces camps de "pré-départ" ( Okeanews en fera la demande).

Face aux questions du journaliste, Dendias affirme que les Syriens n'étaient pas catégorisés parmi les immigrés illégaux et jouissaient du statut de réfugié politique. Pourtant, il y a trois mois, des afghans ainsi que des syriens, prisonniers à Lesbos, ont démarré une grève de la faim.

C'est un sourire de satisfaction qu'on peut lire sur le visage de Dendias lorsque le journaliste mentionne l'opération Xenios Zeus. Mais c'est ensuite un air de surprise totale suivi d'un petit rire lorsque le présentateur évoque les critiques dénonçant un programme raciste"Xenios Zeus : Un programme raciste ? C'est plutôt le contraire". Selon lui, cette opération était nécessaire car « la criminalité était partout. Le centre d'Athènes était pratiquement occupé par les immigrés ».

Alors que le journaliste rappelle que seulement 6% des personnes arrêtées par la police étaient effectivement des immigrés illégaux, ce qui peut faire penser à une politique discriminatoire, Dendias se défend en déclarant : « la police a le droit de vérifier. (…) et s'ils sont en règle, ils sont libérés des postes de police. Quel est le problème ? » avant de dire un peu après :  « Nous avons désormais les données de ces personnes . Nous savons qui ils sont. Nous savons qui est dans notre pays ».

Le journaliste continue à mettre Dendias face à la triste réalité en rappelant un rapport d'Human Rights Watch dénonçant les comportements violents des policiers envers les immigrés et notamment quatre personnes qui se sont plaints de violences physiques. Même air de surprise totale sur le visage du ministre de l'ordre public qui affirme n'avoir jamais entendu parler de cas de policiers poursuivis en justice. Pour Dendias, pas de policiers en procès = pas de violence policière Le présentateur explique que ce n'est pas si simple pour un sans papier de porter plainte contre quelqu'un, surtout contre un policier. Sur un ton ironique, il lui répond :  « sur 86,000 sans papiers, même pas un n'aurait osé porter plainte ? ». Finalement, il conclura une nouvelle fois en disant que la Grèce fait de son mieux et que « personne n'est parfait ».

Le Ministre de l'Ordre public concède tout de même que le parti de l'Aube Dorée est clairement néo-nazi et qu'il est un danger pour la démocratie. En revanche son explication du phénomène est assez simpliste puisque selon lui c'est l'immigration qui est la seule responsable de l'essor de ce parti. Sa solution pour faire reculer l'Aube Dorée ? Régler le problème des immigrés, sous-entendus, les arrêter,les renvoyer chez eux et sécuriser davantage les frontières.

Finalement, lors des dernières minutes, Dendias assure qu'il a confiance en l'avenir bien qu'il reconnaisse que des erreurs de prévisions ont été commise en ce qui concerne la Grèce, notamment par l'Allemagne. C'est pour justifier ce dernier propos qu'il lance: « personne n'est parfait ».

Nikos Dendias n'a eu de cesse de contredire les nombreux rapports nationaux et internationaux en martelant que « personne n'était parfait ». Peut-être qu'il devrait comprendre que toutes ces organisations n'attendent pas  la perfection de la part du gouvernement grec mais sûrement la fin de propos aussi réducteurs et simplistes notamment sur l'immigration mais aussi que ces politiques extrémistes cessent.


La vidéo de l'entretien (en anglais) :
http://youtu.be/wpvUW9jhEZg