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Grèce : Xenios Zeus ou le véritable sens de l'hospitalité grecque

4 juillet 2013

Droits de l'homme Immigration Police arrestations Grèce police racisme Xenios Zeus

Pour la Nouvelle Démocratie, c'est dans « l'ADN des grecs de ne pas être raciste » et Xenios Zeus n'est pas un problème. Pourtant, tout montre que l'opération "Zeus l'hospitalier" donne un sacré coup de matraque aux droits de l'homme en Grèce.


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L'opération Xenios Zeus, Zeus "l’hospitalier" va bientôt fêter sa première année d'existence. Ratissage dans le centre d'Athènes, arrestations et détentions d'étrangers sur des critères de race ou d'ethnie, l'opération a aboutit au contrôle de 85,000 étrangers les 7 premiers mois. Résultat : seuls 6% d'entre eux étaient entrés de manière illégale dans le pays. Eva Cosse, qui travaille pour Human Rights Watch en Grèce, revient sur le "réel sens de l'hospitalité grecque" et sur la réponse de la Nouvelle Démocratie de "ne pas pouvoir condamner quelque chose qui n'existe pas" : "la Grèce est historiquement tolérante et a une longue tradition d'hospitalité", "mais elle est actuellement victime d'un afflux massif d'immigrants", et "c'est dans « l'ADN des grecs de ne pas être raciste »".


La police arrête des individus supposés être des migrants dans le centre d'Athènes, le dimanche 5 Août 2012. Entre le 4 Août 2012 et le 22 Février 2013, la police grecque a détenu près de 85.000 personnes d'origine étrangère dans les rues d'Athènes pour vérifier leurs papiers d'identité et leur statut juridique. © 2012 Associated Press / Thanassis Stavrakis

La police arrête des individus supposés être des migrants dans le centre d'Athènes, le dimanche 5 Août 2012. Entre le 4 Août 2012 et le 22 Février 2013, la police grecque a détenu près de 85.000 personnes d'origine étrangère dans les rues d'Athènes pour vérifier leurs papiers d'identité et leur statut juridique.
© 2012 Associated Press / Thanassis Stavrakis

« Les officiers de police étaient devant la porte et ont dit tous les noirs dehors, tous les noirs dehors !!» m'a expliqué Tupac lorsqu'il a raconté la façon dont les policiers l'ont forcé, lui et d'autres passagers noirs et asiatiques, à sortir du bus dans le centre d'Athènes pour un contrôle d'identité début février. Après les avoir sortis du bus, la police a gardé Tupac, un demandeur d'asile guinéen, pendant environ dix heures pour vérifier son statut légal en Grèce.

Tupac fait parti des dix mille personnes qui ont été arrêtées, recherchées et détenues par la police dans le cadre de l'opération Xenios Zeus – une opération de "nettoyage" visant à réprimer les migrants irréguliers et qui a débuté l'année dernière. En tout cas, celui qui a baptisé cette opération avait un grand sens de l'humour car Xenios Zeus était le dieu grec de l'hospitalité.

Alors que je faisais des recherches sur les pratiques policières lors de cette opération, j'ai entendu beaucoup d'histoires perturbantes sur le ciblage évident de la police basé sur des critères ethniques ou raciaux durant les contrôles d'identité. Le nombre de personnes arrêtées et détenues est ahurissant.

Durant les sept premiers mois, la police a rassemblé pratiquement 85,000 étrangers et les a emmenés dans les postes de police pour vérifier leurs documents. Parmi eux, seulement 6% était en effet rentrés de façon illégale dans le pays et y était restés sans autorisation. Le fait qu'un si faible pourcentage de sans papiers ait été recensé prouve bien que les arrestations ont lieu sur des bases discriminatoires.

J'ai parlé avec une douzaine d'étrangers, incluant des immigrés et des demandeurs d'asile possédant une autorisation légale pour être en Grèce. Ils m'ont raconté qu'ils ont été à plusieurs reprises soumis à ce genre de procédure très longue par la police, autant dans la rue que dans les postes de police.

Des personnes allant au travail, à l'épicerie, ou marchant juste dans les rues d'Athènes ont raconté avoir été arrêtées par des officiers de police dans la rue, confinées dans les bus de police et détenues dans les stations de police pendant des heures. La police n'a aucune raison de penser qu'ils étaient des immigrés sans papiers, mis à part leur apparence physique .

Les distinctions basées sur le profil ethnique sont discriminatoires et illégales, surtout lorsque des groupes sont systématiquement visés seulement sur la base de leur race ou de leur ethnie. Il est également illégal et arbitraire de priver une personne de ses libertés fondamentales pour sa couleur de peau. Et c'est le cas dans l'Opération Xenios Zeus.

C'est vrai que le flux d'immigrés sans ressources vivant dans la rue a abouti à un lourd changement dans les villes de Grèce, particulièrement à Athènes. L'immigration, tout autant que la hausse des crimes et des dégradations urbaines est devenu un sujet dominant dans les discussions quotidiennes aussi bien que dans les discours politiques.

Avec le parti neo-nazi et anti-immigré de l'Aube dorée, gagnant en popularité ainsi que toutes les discussions sur ce sujet, il est facile d'observer que les autorités ont adopté des mesures maladroites pour tenter de faire face  aux problèmes.

A la mi-juin, j'ai rencontré des fonctionnaires du gouvernement pour parler des conclusions de l'opération et des recommandations pour l'avenir. J'ai été frappé de la façon dont les fonctionnaires du gouvernement et les parlementaires de la Nouvelle Démocratie ont défendu le projet.

Athanasios Andreoulakos, le secrétaire général du ministère de l'ordre public et membre du comité parlementaire de l'ordre public, a nié et rejeté immédiatement nos conclusions. En réponse à notre appel visant à dénoncer publiquement les arrestations basées sur les profils ethniques et les nombreux exemples d'abus policiers, Andrealoukos a dit que le gouvernement ne « condamnerait jamais quelque chose qui n'existe pas ».

On nous a répété encore et encore que la Grèce est historiquement tolérante, qu'elle a une longue tradition d'hospitalité, mais qu'elle est actuellement victime d'un afflux massif d'immigrants, et que c'était dans « l'ADN des grecs de ne pas être raciste »...

Nos recommandations sur l’entraînement, la capacité technique et les lignes de conduite à suivre pour les officiers de police sur comment conduire les arrestations d'immigrés tout en respectant les droits fondamentaux ont été plus écoutées par les hauts fonctionnaires. Lors d'une réunion avec l'ancien ministre de la Justice, Antonis Roupakiotis et le secrétaire général au ministère de la justice Marinos Skandamis ont promis d’examiner les façons de clarifier le cadre légal concernant la procédure.

Depuis que l'on s'est rencontré, Roupakiotis a été remplacé lors du remaniement ministériel au cours de la récente crise politique.

Mais aussi longtemps que durera l'opération Xenios Zeus, les violations des droits fondamentaux continueront. Tout cela pour dire que la Grèce ne devrait pas discriminer sur la base de la race ou de l'ethnie et ne devrait pas soumettre les immigrés à une privation arbitraire de liberté et avoir recours à des traitements abusifs, peu importe qui est au gouvernement.

Les autorités grecques devraient réviser leur manière de faire et chercher comment adopter une réforme politique et légale pour assurer que toutes ces mesures, (et pas seulement pour l'opération Xenios Zeus) d'identification des immigrés irréguliers soit en adéquation avec la loi nationale et internationale qui interdit la discrimination. Les officiers de police qui s'occupent des arrestations ont besoin d'entrainements, d'équipements et de conseils sur la façon de conduire les arrestations sans abuser des droits individuels et fondamentaux.

Au lieu de se concentrer sur les opérations de nettoyage discriminantes comme Xenios Zeus, stigmatisant les immigrés et les demandeurs d'asile, la Grèce devrait plutôt faire des efforts pour empêcher l'évolution des sentiments racistes dans le pays et montrer que les immigrés et les demandeurs d'asile sont la véritable signification de l'hospitalité grecque.

Publié sur To Vima (en Grec)

Traduction : Okeanews


Le rapport "Unwelcome Guest" d'Eva Cosse (en anglais) :

greece0613_reportcoverUnwelcome Guests

Greek Police Abuses of Migrants in Athens

JUNE 12, 2013
The 52-page report documents frequent stops of people who appear to be foreigners, unjustified searches of their belongings, insults, and, in some cases, physical abuse. Many are detained for hours in police stations pending verification of their legal status.

Lire le rapport (en anglais)

Lire le communiqué (en anglais)

ISBN: 978-1-62313-0237