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Justice et droits de l'homme en Grèce : la lettre de Kostas Sakkas

30 juin 2013

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"Il est un fait que le système politique traverse la période la plus critique et la plus instable depuis la chute de la dictature des colonels, suite aux effets de la crise capitaliste mondiale. Il est également un fait que la répression et, en général, l’attitude autoritaire de l’état est la « dernière carte » que celui-ci peut jouer pour assurer la paix sociale soumise et pour éviter que la réaction généralisée ne s’exprime en adoptant des formes de soulèvement organisées et plus essentielles." Costas Sakkas, depuis sa cellule de Korydallos, dans la banlieue sud d'Athènes


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Kostas Sakkas, détenu à Korydallos, a entamé une grève de la faim le 4 juin dernier pour protester contre la prolongation illégale de sa détention. La semaine passée, son état de santé s’est aggravé. Il a présenté des douleurs au cœur et fut transféré d’urgence à l’hôpital de détenus, Agios Pavlos. De là, il fut transféré à l’Hôpital général de Nikaia, les conditions à l’hôpital des détenus n’étant pas adaptées. Kostas Sakkas est emprisonné depuis le mois de décembre 2010 et accusé de participation dans l'organisation "Conspiration des cellules de feu". Okeanews publie la traduction d'une lettre de Kostas Sakkas, qui dénonce le fait que "les lois, qui ont toujours exprimé la volonté du plus fort, ne suffisent pas aujourd’hui aux représentants politiques du système, face aux dossiers qu’ils sont invités à traiter en servant ce même système."

FreeSakkas


Je suis arrêté le 4 décembre 2010, avec Alexandros Mitrousias, alors que nous quittons un entrepôt loué à l’intérieur duquel se trouvent des armes. J’ai dès le départ admis avoir des rapports avec ce lieu et avec les armes qui s’y trouvaient. J’ai dès le départ déclaré être anarchiste et que ma présence dans ce lieu a trait à mon identité politique et aux choix qu’elle implique.

Le 7 décembre 2010, la juge d’instruction compétente ordonne ma détention provisoire au titre de participation à une organisation terroriste inconnue et de détention d’armes.

Le 12 avril 2011, après quatre mois de détention à Nafplion, je suis à nouveau invité par les juges d’instruction Baltas et Mokkas, et sans qu’il y ait quelque nouvel élément ou quelque développement d’enquête, je suis mis en détention provisoire pour participation à l’organisation «Conspiration des cellules de feu». Cette accusation est montée de toute pièce. Les juges se rendaient compte que l’accusation de participation à une organisation ne comptant aucune action, dont les membres ne détiennent pas de bombes, d’armes ayant servi, d’une organisation qui ne portait pas de nom, serait une accusation qui ne tiendrait devant aucun tribunal. Pour ma part, j’ai précisé dans le passé que je ne suis pas membre de cette organisation et l’organisation l'a elle-même confirmé.

L’accusation initiale de participation a une organisation terroriste inconnue …fut le sommet des opportunismes politiques servis par la DAEEV (Direction de lutte contre les crimes spéciaux de violence), à l’époque, pour le compte du ministre de l’ordre public, Christos Papoutsis qui – comme tous ses homologues d’ailleurs- souhaitait qu’une organisation terroriste soit démantelée à tout prix durant son mandat. Tout le monde se souviendra des médias, à l’époque, et des scénarios qu’ils concoctaient sur les questions de savoir de quelle organisation nous étions membres, ce que nous avions l’intention de faire, etc., de toute évidence alimentés par la DAEEV, jusqu’à ce que sortent les résultats des examens balistiques et qu’ils se taisent… Plus tard, M. Papoutsis, tentant d’expliquer le fiasco lors d’une interview, a déclaré « le service antiterroriste m’a eu. » (!)

Le 6 avril 2012, alors que le délai de 18 mois (maximum, selon la loi) de ma détention provisoire approche, arrive une nouvelle ordonnance de détention provisoire au motif de 160 actes incendiaires ou à bombe, dont les membres de la « Conspiration des cellules de feu » ont assumé la responsabilité.

Dans le dossier, non seulement il n’existe aucun élément contre moi, mais mon nom n’est même pas cité. Il n’est cité que dans la signification de l’acte d’accusation. Il s’agit d’un dossier qui, sans exagérer, aurait pu être signifié à n’importe qui. Il est également à noter que ce dossier se trouvait entre les mains des juges instructions dès mon arrestation, ce qui les obligeait – toujours selon la loi- à me le signifier en même temps que le premier dossier. Ainsi, en quelques mots, ces messieurs m’ont placé en détention provisoire deux fois, successivement, avec la même accusation de participation à la même organisation (!).

Aujourd’hui, accusé depuis 2 ans et demi en réalité pour simple détention d’armes (la détention d’armes qualifiée, pour être précis, signifie uniquement que les armes que quelqu’un détient sont destinées soit au commerce, soit à alimenter une organisation terroriste, fait qui ne découle d’aucun élément et que je nie), les défenseurs de la justice et de la loi qui me détiennent parce que j’aurais violée celle-ci, ont décidé d’omettre leur propre Constitution – qui prévoit que toute détention provisoire ordonnée à la suite d’une autre détention provisoire ne peut pas durer plus de 12 mois – puisque, me garder en otage pour six mois supplémentaires ne leur suffit pas pour servir leur autorité politique.

….il est un fait que le système politique traverse la période la plus critique et la plus instable depuis la chute de la dictature des colonels, suite aux effets de la crise capitaliste mondiale. Il est également un fait que la répression et, en général, l’attitude autoritaire de l’état est la « dernière carte » que celui-ci peut jouer pour assurer la paix sociale soumise et pour éviter que la réaction généralisée ne s’exprime en adoptant des formes de soulèvement organisées et plus essentielles.

Le ministre des finances a avoué, lui-même, que c’est la première fois qu’un gouvernement est appelé à appliquer des mesures aussi extrêmes en temps de paix.

Les lois, qui ont toujours exprimé la volonté du plus fort, ne suffisent pas aujourd’hui aux représentants politiques du système, face aux dossiers qu’ils sont invités à traiter en servant ce même système.

Considérant que la voie vers la liberté individuelle et collective est pleine de lutte et de résistance, j’ai décidé d’entamer le mardi 4 juin une grève de la faim. C’est la date à laquelle, selon le régime juridique en vigueur, expire le délai maximum de détention provisoire. Je précise que ce geste n’est pas un geste de désespoir, mais qu’il exprime le choix de poursuivre la lutte. D’une lutte que nous menons dès le premier instant de notre emprisonnement, mes compagnons et moi, pour résister à une approche vengeresse sans précédent adoptée par les mécanismes judiciaires qui ont décidé, dans notre cas, de marquer une pause quant à leur mission d’encaissement, pour défendre la société contre ses prétendus ennemis et les lois contre ceux qui les violent.

Ce sont les mêmes mécanismes et les mêmes personnes derrière eux qui sont les auteurs de la licéité des mobilisations des grévistes, des milliers de saisies et de sans domiciles fixes, des licenciés, de l’abolition des prestations sociales, des milliers de personnes qui vivent en-deçà du seuil de pauvreté, des centaines de suicidés qui, tous les ans, mettent fin à leurs jours parce qu’ils sont dans l’impossibilité de s’en sortir dans la dignité, de la licéité des hommes entassés dans des camps de concentration en les qualifiant de clandestins. Ce sont les auteurs de la licéité des tortures et des passages à tabac dans les commissariats de police, des déflagrations accidentelles, du silence imposé aux médias dissidents…

Ce sont les auteurs de la création d’une société-cimetière au nom de la loi.

Ce sont les auteurs de la création d’une société-cimetière, si nécessaire, même en-dehors de la loi…

Sakkas Kostas

1e aile de Korydallos


Traduction : Christine pour Okeanews