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Allons voir les cafés chez les Grecs: La suite

26 juin 2013

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L'envers de la chronique


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Vous êtes allés voir les cafés chez les Grecs ? Okeanews vous pro­pose de reve­nir en détail sur la chro­nique, en pré­ci­sant l’étymologie grecque des mots ren­con­trés au fil du texte. Les mots n’ont pas été choi­sis, ils sont venus d’eux-mêmes lors de l’écriture, et ont tapé à la porte de la rédac­tion pour se faire com­prendre. Nous avons entendu leur requête et pro­po­sons de par­ta­ger avec vous une éty­mo­lo­gie rigou­reuse et des expli­ca­tions… pas tou­jours sérieuses !

CafeEnvers

Autochtone : Du grec ancien auto (soi-même, propre) + khthôn (terre, par opposition à la hauteur). Un autochtone est donc un être qui vit sur sa propre terre. Un gars du coin, quoi. Si vous allez en Grèce, les grecs seront pour vous les autochtones. Mais si un Grec vient en France, vous serez pour lui l’autochtone. Si cette précision vous parait inutile, c’est tant mieux. Mais il fallait pourtant clarifier un peu les choses… J’ai entendu certains de nos compatriotes (des gens charmants au demeurant) faire un usage erroné du mot. Exemple : Une bande d’indiens du Pérou s’installe dans le métro de Paris pour y jouer de la flûte de pan. Madame s’exclame : Regardez toutes ces couleurs qu’ils portent, ce n’est pas commun, hein ? Monsieur de lui répondre : « Mais enfin ma douce, c’est normal pour eux, ce sont des autochtones ». « Ah… » Fait Madame d’un air admiratif. Visiblement, Monsieur comme Madame ignoraient que les autochtones, dans l’histoire, c’étaient eux et non pas les indiens du Pérou. En somme, il m’a semblé que pour beaucoup de nos compatriotes, l’autochtone renvoie à l’idée d’une différence, d’un exotisme, d’un "ailleurs". Rappelons que le « différent », « l’ailleurs », et « l’exotisme » ne sont au fond qu’une question de point de vue.

Pour vous rappeler de l’origine de ce mot, vous pouvez toujours penser aux dieux chthoniens, qui étymologiquement sont les dieux de la terre, c’est-à-dire du bas, par opposition à ceux, très haut placés, de l’Olympe qui, dans la mythologie, sont nés des historiettes entre dieux chthoniens.
Crâne : Du grec ancien cranion, (crane, tête) dérivé de kranios (casque, couverture). Il y a là quelque poésie à penser que notre crâne est métaphoriquement le casque protecteur, la couverture qui enveloppe notre cerveau… Ah pardon, c’est une chose précieuse ! Sans lui vous ne comprendriez rien à cette chronique, et sans lui je serais incapable de l’écrire. Croyez-vous vraiment que si nous n’avions pas de crâne pour protéger notre cerveau, Hamlet aurait pu creuser le sien pour sortir son brillant « être ou ne pas être, telle est la question » ? Et bien non, il n’aurait pas pu : Qu’aurait-il brandi en déclamant sa sentence ? Un cerveau dégoulinant ? Excusez-moi, mais je doute que cela eût eu le même effet…

Hellène, hellénisme, hellénistique : du grec ancien elèn, Grec. Pas d’inquiétude, seuls les hellénistes et les snobs emploient le terme. Si vous êtes normalement constitué, vous employez en principe le terme « Grec ». Pourquoi, me direz-vous, utiliser deux mots différents? Y-a-t-il au moins une nuance ? Eh bien pas vraiment. La seule véritable différence, c’est que nous empruntons l’un vulgairement au latin, et l’autre pompeusement au grec. D’ailleurs, les Grecs d’aujourd’hui (et pour eux, ça n’a rien de snob, de toute façon, ils ont le droit, c’est leur langue) se qualifient eux-mêmes « d’hellènes ». D’où vient le mot hellène ? Accrochez-vous, il va falloir suivre : Les Grecs portent différents noms selon l’époque ou le pays. Pour le coup de la bataille des Thermopyles (en -480), ce sont bien les hellènes qui ont vaincu les Perses. Mais pour les latins, les Grecs étaient des « graeci », alors que plus tard, pour les Grecs, les Grecs sont devenus les « romaioi », c’est-à-dire les Romains, tandis que pour les Romains, les Grecs sont redevenus les hellènes. Les Grecs, mais pas que : Etaient considérés comme « hellènes » les populations polythéistes par opposition aux populations juives, qui à l’époque n’étaient pas constituées de juifs, mais d’hébreux. Ne vous servez pas tout de suite double dose de paracétamol, ce n’est pas terminé : Dans le Moyen-Age occidental, les chrétiens non-catholiques étaient appelés « Grecs », alors que pour les populations musulmanes, cette même catégorie était faite de « Rum », de Romains, quoi ; mais ceux que nous appelons aujourd’hui les « Grecs » étaient et sont toujours pour ces populations musulmanes des « Yunan », soit des ioniens. J’en profite au passage pour saluer nos amis géorgiens qui ont eu la présence d’esprit d’utiliser le mot « berdzène » pour dire « Grec », ce qui signifie « sage ». Voilà qui règle le problème d’appellation.

Si je vous suggère de vous en tenir au mot « Grec » pour discourir sur les Grecs, vous avez néanmoins mon feu vert pour utiliser les termes « hellénisme » et « helléniste », quand c’est approprié (ceux qui suivent cette chronique depuis le début sauront que je ne m’en prive pas moi-même). Remettons donc les pendules à l’heure : l’hellénisme, c’est l’étude de la civilisation grecque antique et l’helléniste, c’est le pauvre insensé qui comme moi, poursuit cette étude. Vous noterez qu’il existe maintenant des « néo-hellénistes », tout aussi insensés, qui étudient la culture et la langue grecque actuelle. Pour les doublement insensés qui, comme moi, poursuivent l’étude des deux à la fois, eh bien, l’on n’a pas encore inventé de terme, mais en général, les psychiatres diagnostiquent ça comme un cas « d’hellénopathie » aiguë. Mais attention ! Un « hellénisme » peut également désigner une tournure de phrase ou un emploi linguistique directement appliqué du grec sur une autre langue.

Exemple : « Cesse de péripater toute la journée, et prattes quelque chose ! Creuse-toi un peu la céphale ! Paradigmement, tu pourrais lire l’instructive chronique d’Okeanews, ça te ferait passer le chronos intelligemment. » C’est ce qu’on appelle une série d’hellénismes. Pour ceux qui n’ont rien schtroumfé, je les invite à schtroumfer les mots de grecs par le mot « schtroumf », vous verrez, ça vous schtroumfera de suite plus clair. (Si ça marche avec les petits bonhommes bleus, il n’y a aucune raison que ça ne marche pas avec les Grecs. Manquerait plus que les Grecs aillent cueillir des champignons en chantant des niaiseries pour qu’on s’intéresse à eux. Ah, ça ne vous pose pas de cas de conscience à vous, de vous représenter les grands philosophes antiques tout peinturlurés ? « Ouh là là, schtroumf Platon, ton concept de dialectique ascendante a l’air schtroumfement intéressant ! – Pas autant que ta manière de schtroumfer la maïeutique, grand schtroumf Socrate ! Et maintenant, allons cueillir un joli bouquet de ciguë pour ramener à la schtroumfette Alcibiade ! » Non, ce n’est pas sérieux. Reprenez-vous, enfin!)

Il y aurait eu encore des tas de choses intéressantes à dire sur le sujet, notamment qu’il ne faut pas confondre hellénisme (qui se rapporte au monde grec) et hellénistique (qui recouvre la période et le territoire allant d’Alexandre le Grand à l’Empire Romain, et d’Athènes à Alexandrie), mais nous avons déjà perdu un temps fou avec vos histoires à dormir de débout de schtroumfs et autres niaiseries, alors ce sera pour une autre fois. Eh oui, il fallait y penser avant.

Hydratation : Du grec ancien udôr, (eau). Nous utilisons ce mot même sans être spécialistes, à diverses occasions offertes par le quotidien, dans son sens physiologique : « Robert, as-tu pensé à bien t’hydrater ? Ça cogne dur, sur l’Acropole ! », dit Germaine en débouchant sa cinquième bouteille d’eau de la matinée. « Mais enfin, Germaine, je ne fais que ça, boire ! » se révolte Robert en prenant sa dix-septième gorgée de raki, qu’il avait préalablement versé dans une flasque, plus facile à transporter. Ce que le dialogue ne dit pas, c’est que nos amis Robert et Germaine ont tous deux fini à l’hôpital, l’une pour hyperhydratation, l’autre pour hypohydratation.

L’hydratation est un concept également valable en chimie. Certains de mes amis Grecs, pas toujours de très bonne foi, je vous le concède, vous diraient que d’un point de vue chimique, le raki étant un liquide, il est nécessairement constitué d’eau, ce qui fait de lui un excellent produit pour s’hydrater. Or, et allez savoir pour quelle obscure raison, l’on a pu observer (et j’en veux pour preuve l’exemple de ce malheureux Robert) que le raki déshydrate plus qu’il n’hydrate. Cette boisson serait donc, dans certaines situations, mauvaise pour la santé. Idem pour l’eau, qui, comme nous l’avons vu, se révèle tout aussi néfaste dans certaines occasions. Sur les traces d’Aristote, adoptons donc la juste mesure, et mettons un peu d’eau dans notre raki.

Hyperbole : du grec ancien huperbolê, [huper (au dessus) + bolê (action de jeter)] = 1. Action de jeter par-dessus ou au-delà ; 2. Action de franchir, de passer par-dessus ; 3.Action de dépasser la mesure, excès, surabondance, 4. Remise, délai, ajournement, répit ; 6. Section conique.

La prochaine fois que vous croiserez un marseillais qui vous expliquera qu’il a pêché un poisson « gros comme ça » en écartant les bras au maximum, vous lui rétorquerez de ma part qu’il est bien hyperbolique. Mais à vos risques et périls. Déjà parce que ce mot ne s’utilise pas dans ce contexte en français, et ensuite parce qu’on ne peut pas savoir comment le marseillais en question aura digéré le coup du pastis de la chronique de dimanche dernier.

Trêve de stéréotypes, passons aux choses sérieuses : Dans quelles occurrences utiliser le terme « hyperbole » en français ? Eh bien vous avez deux choix. Mais dans les deux cas il vous faudra être spécialiste de quelque chose. Soit vous êtes mathématicien et l’hyperbole sera pour vous une figure géométrique de la famille des coniques (attention, il s’agit là de mathématiques, rien à voir avec un ensemble de membres un peu simples d’esprit et qui partagent les mêmes gênes ; si vous y avez pensé, vraiment, vous allez trop loin), soit vous êtes une personne de Lettres et l’hyperbole sera pour vous une figure de rhétorique, cousine de l’emphase ou de l’amplification et qui procure un effet d’exagération.

Exemple : « La qualité de cette rubrique étymologique est si élevée qu’elle en devient ineffable » Voilà ce qu’on appelle une hyperbole. C’est en effet très exagéré : il aurait suffi de dire que cette chronique est excellente.

Méthode : Du grec ancien methodos, la poursuite/recherche d'une voie pour réaliser quelque chose, mot composé de : méta = après, qui suit + odos = chemin. Une fois de plus, le grec ancien a tout dit. Appliquer une méthode, c’est s’entêter à réaliser différentes choses en empruntant toujours le même chemin. C’est la raison pour laquelle nous nous sentons tous inquiets quand le gouvernement, l’institution ou l’administration annoncent qu’ils comptent s’en tenir aux bonnes vieilles méthodes, surtout quand il s’agit de chemins dont on sait qu’ils ne mènent nulle part. Par suite, quelqu’un de méthodique est quelqu’un qui calque bêtement le chemin d’après sur le chemin d’avant, et qui voudrait nous faire croire qu’il a tiré un enseignement, une méthode de son expérience le poussant, avec une suffisance répugnante, à s’organiser.

Attention, je dis cela très objectivement et sans amertume. Ce n’est pas parce que mon bureau est constamment assiégé par mon, comment dire ? Par ma désorganisation, et qu’il me faut en moyenne une heure et demie et pléthore de jurons pour retrouver ma chronique de la semaine dernière, que j’en développe nécessairement une jalousie haineuse. Non.

Pathétique : du grec ancien pathêtikos, (passionné, où les sentiments sont exprimés avec force) de pathos : maladie, affection. La passion serait-elle chez nos amis Grecs, une maladie ? Excusez-moi, mais quand on voit une Médée qui, trompée par son Jason, liquide ses propres enfants, un Œdipe qui aime si passionnément sa mère qu’il l’épouse, un Agamemnon qui se fait tuer par l’amant de sa femme qui elle-même tue sa concubine, une certaine Cassandre, qui elle-même avait une fâcheuse tendance à broyer du noir, excusez-moi mais j’ai bien envie de vous répondre que oui, c’est une maladie. Bon. Maintenant que vous connaissez l’étymologie du mot « pathétique », je vous déconseille de l’utiliser dans son sens premier. « Germaine, qu’est-ce que tu as ? Tu es bien pâle, tu as l’air un peu pathétique il me semble… » Je vous le déconseille, c’est un coup à s’attirer des ennuis.

Phénomène : Du grec ancien phenomenos, participe présent du verbe phainestai : apparaitre. Un phénomène, c’est le mot qu’on utilise quand on n’a pas idée de la signification de ce qui apparaît devant nous. On le voit, mais on ne peut rien en dire, sinon peut-être qu’on l’a déjà vu, auquel cas on parle de phénomène récurrent. Souvent, pour avoir l’air moins bête, on rajoute un petit qualificatif : « C’est un étrange phénomène » ou encore c’est un « phénomène curieux ».

A la base, le « phénomène » est donc un fait, une expérience observable, sensible, mais le mot, dans certaines occurrences, a étrangement évolué dans le sens « d’évènement remarquable ». En philosophie il se rapporte à tout ce qui peut faire l’objet d’une expérience, et enfin, dans le cadre de ces réjouissances spécifiquement françaises qui, pardonnez-moi de vous le dire, ont des chances d’effrayer les Grecs, où la foule enivrée, y va joyeusement de ses « à la queue leu leu » et de ses « il est vraiment phénoménal », il s’en trouve toujours un, de « phénomène », ainsi baptisé par ses camarades de fiesta, sans doute pour lui rendre hommage, (je ne peux pas m’avancer plus que ça sur les raisons de ce rite, n’ayant pas mené d’enquête ethnologique suffisamment détaillée pour me le permettre) qui par ses pitreries ou simplement parce qu’il aura allègrement vomi sur le tapis, sort du lot et se fait donc remarquer.

Stéréotype : Du grec ancien stereotupos, empreinte en relief qui peut être répétée en multiples exemplaires, mot composé de stéréos (solide, compact) et de tupos (empreinte). Ce qui voudrait dire que non seulement le stéréotype est une empreinte solidement présente dans une culture ou société donnée, mais aussi qu’elle y est répétée en de multiples exemplaires. Voyez-vous où je veux en venir ? Je vais vous le dire : Ce que je comprends derrière cette étymologie, c’est que le stéréotype naîtrait d’une observation, puisqu’il est le fait d’une répétition de comportements. Alors autant pour la baguette, ça se tient relativement bien, mais pour le béret et le marcel, décidément, je ne vois pas. J’ignore comment se trimbalaient nos compatriotes d’avant-guerre, mais j’ose espérer que cette drôle d’idée ne vienne pas de là. Même si on prend les choses dans l’autre sens, c’est-à-dire en tant qu’observateurs et non en tant qu’observés, je ne vois pas non plus. D’où vient cette histoire de rosbifs ? Pour ma part, je n’ai pas vu un seul britannique en consommer. Tous mes amis d’outre-manche sont végétariens. Alors pour le coup des multiples exemplaires, il faudra repasser.

Système : Du grec ancien sustêma, ensemble qui se tient. Ce mot est bien pratique, il fonctionne à peu près pour tout : Système économique, système mathématique, système familial, système pileux, système nerveux, système libéral et par extension, dans diverses impatiences et revendications: « système pourri » et, dans le quotidien, système D, comme débrouille. Contrairement à ce qu’en disent les dictionnaires, un système n’est pas tout à fait la même chose qu’une structure. Les deux termes partagent l’idée d’un ensemble qui se tient, mais dans le mot structure, qui nous vient du latin, il y a un côté figé, une certaine lourdeur, alors que dans le mot système, il y a toute la souplesse rafraîchissante du grec, chaque élément qui compose le système n’est pas figé à sa place, tous peuvent changer sans démolir l’ensemble, tous sont en relation, en dialogue l’un avec l’autre. Je dis ça en toute bonne foi, sans aucun parti pris pour le grec, objectivement plus inventif, dynamique, surprenant, intelligent, frais, souple… que le latin. Qui n’est pas mal non plus soit dit en passant, mais qui a le tort, vous en conviendrez, de ne pas être le grec.

Télévision : Du grec ancien têle (loin, à distance) et traitreusement du latin visio, voir. La télévision, c’est donc ce que vous pouvez voir de loin. Voyez-vous content et remerciez Monsieur Perskyi, car sans lui, vous auriez appelé ça téléctroscope ou téléphote, ce qui signifie respectivement « scruter électriquement de loin » et « lumière de loin ».

La devinette audio n'a pas pu être enregistrée : notre voix grecque a décidé de ne plus l'ouvrir tant que l'ERT restera fermée !