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10ème jour sans radiotélévision publique en Grèce : DIMAR quitte la coalition

21 juin 2013

Politique Antonis Samaras DIMAR ERT Evangelos Venizelos Grèce Kouvelis

Samaras : « Nous recru­te­rons le nombre de per­sonnes néces­saires (..) lors des dis­cus­sions, Kouvelis était hors sujet (..) Il nous a demandé de rou­vrir l’ERT que nous avons fermé – autre­ment dit, de retour­ner à la situa­tion néfaste avec trop d’employés, abo­lis­sant tout espoir de chan­ge­ment pour l’ERT »


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Malgré la réunion de crise hier soir, la coalition tripartite se fragilise encore plus. Aucun accord sur l'ERT n'a été trouvé par Samaras, Venizelos et Kouvelis et DIMAR, la Gauche Démocratique, a décidé de prendre ses distances, plombant un peu plus la situation de crise politique qui s'est installée depuis une semaine.

Fotis Kouvelis

Fotis Kouvelis

Le leader de la Gauche démocratique a décrit  comme « inacceptable » l'incapacité du gouvernement de revenir sur la fermeture de l'ERT malgré la décision du Conseil de l'Etat et a déclaré hier soir l'éventualité de quitter la coalition gouvernementale.

Ce matin le groupe parlementaire de Kouvelis s'est rencontré pour décider de leur avenir au sein du gouvernement Samaras. Après un vote, la Gauche Démocratique a décidé de retirer ses ministres et ses ministres délégués du gouvernement. À ce jour, le parti comptait quatre technocrates au sein de cabinets ministériels : le ministre de la réforme administrative, le ministre de la justice ( à l'origine de la loi controversée de lutte contre le racisme), le ministre adjoint à la santé et le ministre adjoint à l'éducation. Le ministre de la réforme publique, Manitakis, a d'ailleurs annoncé qu'il donnerait sa démission aujourd'hui au premier ministre. Un député de la gauche démocratique, Psarianos, a lui exprimé ses réserves et son inquiétude quant à l'avenir du pays.

L'avenir des relations entre la Gauche démocratique et le gouvernement a également été abordé mais le parti ne s'est actuellement pas positionné -pour le moment- dans le cas d'un vote de confiance du gouvernement au Parlement. Le PASOK et la Nouvelle Démocratie ont à eux deux 153 sièges qui leur garantiraient une très courte majorité (voir la répartition du parlement ici). Si un vote de confiance a effectivement lieu, Samaras ne sait pas encore s'il pourra compter sur les 14 voix des députés de la Gauche démocratique.

De son côté, Samaras a justifié l'échec de la réunion par le comportement de Kouvelis et a déclaré : « Nous recruterons le nombre de personnes nécessaires (..) lors des discussions, Kouvelis était hors sujet (..) Il nous a demandé de rouvrir l'ERT que nous avons fermé – autrement dit, de retourner à la situation néfaste avec trop d'employés, abolissant tout espoir de changement pour l'ERT ».

La situation était extrêmement « critique » selon Venizelos qui a insisté sur sa volonté de stabiliser le gouvernement et d'éviter les élections. « Il est clair que quand on partage une responsabilité, on partage une responsabilité. On ne peut pas aller d'avant en arrière avec un comportement à la carte (...)Nous voulons que le gouvernement continue avec les trois partis et nous voulons que la Gauche démocratique en fasse parti ».

Il maintient ces positions quant à l'ERT et déclare que « le statut et les perspectives de la coalition » doivent être examinés. Finalement, le même genre de propos que mercredi 19 mai à la fin de la deuxième réunion entre les membres de la coalition ont été tenus.

Bien que beaucoup de dirigeants politiques aient insisté sur la nécessité d'éviter de nouvelles élections anticipées, l'équilibre et la stabilité du gouvernement semblent bien compromis et le cas de l'ERT a finalement levé le voile sur cette fragilité gouvernementale et les tensions idéologiques qui l'animait.

Samaras a tenté un coup de force. En effet, sachant qu'une telle proposition, si elle avait été soumise à la majorité parlementaire, ne serait pas passée (car les deux autres membres de la coalition n'auraient pas donné leur accord) il a agit de façon unilatérale en pensant que devant le fait accompli les deux autres leaders finiraient par se soumettre plutôt que de risquer des élections.

Cependant, le premier ministre n'avait pas de plan B, ce qui pourrait remettre en cause sa propre popularité politique à l'avenir car beaucoup commencent à critiquer sa façon de gouverner, notamment par l'utilisation fréquente des décrets présidentiels et ministériels qui évitent un vote au Parlement (18 décrets en un an). Kouvelis a d'ailleurs insisté, pour justifier sa prise de recul avec la politique gouvernementale, son désaccord face au comportement de Samaras. Il a ajouté : « Pour nous ce problème est un problème démocratique ».

Mais Samaras semble garder son sang-froid : « Je veux que l'on continue ensemble comme on a commencé l'année dernière. Mais dans tous les cas, j'irai de l'avant. Il nous reste trois ans à faire et nous les ferons ».

Avec ou sans la Gauche Démocratique. Et sans doute par décrets.