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En Grèce, ce n'est pas l'ERT. C'est la Démocratie.

20 juin 2013

Opinion Politique Antonis Samaras Danger démocratie ERT Grèce

L'arrogance autoritaire de Samaras est sans précédent dans l’histoire démocratique occidentale : la fermeture de l'ERT met en danger la démocratie en Grèce.


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Par Makis Mylonas.

Lors des élections législatives du 17 juin 2012 en Grèce, Nea Dimokratia, le parti conservateur dirigé par Antonis Samaras, a remporté une majorité relative en obtenant les 129 des 300 sièges du Parlement et c'est pourquoi il n’a pas eu d'autre option que de former un gouvernement de coalition avec le PASOK (parti socialiste) et la Gauche Démocratique (centre-gauche).

La perception dominante diffusée par la majorité de médias européens concernant la fermeture de l’ERT, le service public de radio-télévision grec (équivalente à la RTF), est qu'elle a été une "décision du gouvernement grec" ; cette perception retenue par la plupart est inexacte.

La décision a été prise de manière anti-démocratique, seulement par les ministres qui ont été sélectionnés par Antonis Samaras. C'est pourquoi Antonis Samaras n'a pas présenté un projet de loi au Parlement mais a préféré édicter un décret-loi.

Selon l’article 44 de la Constitution grecque, dans des cas exceptionnels, le Gouvernement est investi du pouvoir législatif qui appartient normalement au Parlement, afin d’affronter une nécessité extrêmement urgente et imprévue : il peut édicter des décrets-lois qui entrent en vigueur dès leur publication mais deviennent caducs pour l’avenir s’ils ne sont pas ratifiés par le Parlement dans un délai fixé. Puisqu’il s’agit d’une procédure législative exceptionnelle, l’exécutif n’y avait recourt que très rarement avant la crise économique grecque, et les tribunaux grecs évitaient de s'engager dans des procédures judiciaires. De toute façon, même les 18 (!) décrets-lois édictés par le Gouvernement de Samaras jusqu’à lundi dernier ont été signés par l’ensemble du Conseil des Ministres, indiquant l’unité du Gouvernement vis-à-vis la gestion de la crise.

Par contre, ce dernier décret-loi n’a été dicté par aucune nécessité urgente et imprévue et surtout il n’a été issu que par les ministres sélectionnés par le parti de Samaras, étant donné qu’il prive, en effet, le ministre de la réforme de l’état et de la fonction publique (sélectionné par le troisième parti de la coalition) de certains de ses pouvoirs exécutifs.

Ainsi, Samaras a réussi, en adoptant ce type de manipulation politique cynique et calculatrice, de méconnaître ses partenaires gouvernementaux, sous-estimant totalement le symbolisme profondément anti-démocratique de son acte. C'est vraiment une manifestation d'arrogance autoritaire sans précédent dans l’histoire démocratique occidentale, la première fois dans la vie politique grecque contemporaine qu'un décret-loi est édicté et impossible à ratifier par la Chambre !

Consciemment, Samaras a licencié 2.700 employés d'ERT sans aucune évaluation de leurs compétences professionnelles, représentant seulement sa volonté politique, pas la volonté de la majorité du parlement grec. Le Premier Ministre de la Grèce a choisi de miner la démocratie parlementaire à un moment où un parti néonazi, l'Aube Dorée, qui a déjà obtenu 18 sièges dans la Chambre, devient de plus en plus populaire en Grèce, et particulièrement chez les chômeurs grecs .

Sans surprise, alors, selon les sondages qui sont sur le point d'être publiés dans les journaux grecs les jours prochains, 65% des personnes intérrogées sont opposées à la décision de fermeture de l'ERT et 47% demandent des élections. Je crois qu'il sera utile au public européen de lui expliquer cette dimension anti-démocratique et au fond illégale de la fermeture de l'ERT, pour qu'il puisse comprendre l' ampleur de la réaction des citoyens grecs contre cette décision.

Il y a peu de Grecs pour croire que l'ERT n'a pas besoin d'une réforme profonde mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui n'acceptent pas le comportement d'un Premier Ministre autoritaire qui défie les institutions avec une telle audace.

En Grèce, il n'est pas uniquement question d'ERT mais de démocratie.

Makis Mylonas est étudiant à la Faculté de Droit de l' Université d'Athènes et l'éditeur du blog politique Parapolitiki.com