5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

"Les nouvelles persécutées" : une exposition de photojournalistes sur la violence et la censure en Grèce

19 juin 2013

Liberté de la Presse Police censure Grèce Parlement Européen

"L'objectif de ces attaques contre les photojournalistes et les journalistes est de créer une réalité virtuelle de prospérité et de développement"


1063 mots   1409       Comments

Sous prétexte d'obstacles bureaucratiques, l'exposition de l'Union des photoreporters grecs « Les nouvelles persécutées » qui devait avoir lieu du 3 au 7 Juin au Parlement Européen avait été annulée. L'occasion de montrer dans l'une des plus hautes instances européennes la censure qui sévit en Grèce avait alors échoué. L'exposition aura finalement lieu le 25 Juin au Parlement Européen (salle PHS 4B01).

Le photojournaliste Vaios Chasialis est considéré comme un chanceux de la profession, depuis la photo prise par ses collègues  lors d'une manifestation  où des policiers l'ont jeté par terre. Aucun policier n'a jamais été condamné pour de tels actes.

Le photojournaliste Vaios Chasialis est considéré comme un chanceux de la profession, la photo est prise par ses collègues lors d'une manifestation où des policiers l'ont jeté par terre. Aucun policier n'a jamais été condamné pour de tels actes.

Les travailleurs de la presse deviennent de plus en plus des victimes dans leur effort de couvrir les événements. Aujourd'hui on n'a plus besoin d'être un correspondant dans un pays en guerre pour expérimenter la violence personnelle dans l'exercice de sa profession. L'union des photojournalistes avait tenu une conférence de presse lundi 27 mai à l'occasion de l'exposition « Les nouvelles persécutées » qui devait être présentée au Parlement européen du 3 au 7 juin 2013. L'exposition a déjà été présentée en Grèce en Septembre 2012, avec l'espoir des photojournalistes de montrer au public les dangers auxquels ils font face au cours de leur travail, mais aussi pour donner une réponse à ceux qui essayent de les faire taire.

La photojournaliste  Tatiana Bolari attaqué par un policier anti-émeute devant des collègues et des citoyens lors d'une manifestation le 5 Octobre 2011.

La photojournaliste Tatiana Bolari attaqué par un policier anti-émeute devant des collègues et des citoyens lors d'une manifestation le 5 Octobre 2011.

Dans le dernier rapport de Reporters Sans Frontières la Grèce a chuté à la 84ème place, derrière quelques monarchies et dictatures. Alors que les problèmes sociaux et les luttes de classe s'intensifient, les photojournalistes sont de plus en plus en ligne de front afin de couvrir les luttes mais aussi les abus de l'Etat, observe Dimitris Trimis, directeur de l'Ecole en Informatique et en Sciences du Numérique. «Mais le pouvoir ne veut pas de ces atrocités enregistrées, les coupables des violences policières n'ont jamais été trouvés et jamais le pouvoir n'a voulu les punir ».

Le président de l'EFE, Marios Lolos, met en avant que les plaintes, les enquêtes internes et les poursuites judiciaires pour les violences policières sont devenues inutiles ; ce climat d'impunité mène à l'intensification des abus des forces de l'ordre. L'objectif de ces attaques contre les photojournalistes et les journalistes est de créer une réalité virtuelle de prospérité et de développement, a déclaré le journaliste Aris Hatzistefanou.

Ce pourrait être une photo d'un reportage de guerre, mais c'est une photo d'Athènes lors d'une manifestation. Un photojournaliste couvre la zone de combat à Syntagma devant l'hôtel de Grande-Bretagne lors d'une manifestation de 15 décembre 2010.

Ce pourrait être une photo d'un reportage de guerre, mais c'est une photo d'Athènes lors d'une manifestation. Un photojournaliste couvre la zone de combat à Syntagma devant l'hôtel de Grande-Bretagne lors d'une manifestation de 15 décembre 2010.

À une époque où les photos ont une part importante dans notre vie quotidienne et pour les informations, le photojournalisme en Grèce, mais plus généralement la photo professionnelle, tend à disparaître. Dans l'exposition qui sera finalement présentée au Parlement Européen par l'Union des photojournalistes en réponse à l'invitation du député européen social-démocrate Marilena Koppa, les représentants de la presse sont devenus les protagonistes de l'actualité.

Février 2011, place Syntagma. Le photojournaliste du journal Ethnos, Gregory Chryssochoidis est touché par un cocktail Molotov jeté par les manifestants. Selon une enquête de l'Union des photojournalistes en Grèce, le quota de violence envers eux sont quasi identiques chez les policiers et les citoyens.

Février 2011, place Syntagma. Le photojournaliste du journal Ethnos, Gregory Chryssochoidis est touché par un cocktail Molotov jeté par les manifestants. Selon une enquête de l'Union des photojournalistes en Grèce, le quota de violence envers eux sont quasi identiques chez les policiers et les citoyens.

Dans leur tentative de capturer les événements, les journalistes grecs -les figures centrales étant les photojournalistes et les cameramans puisque leurs équipements trahissent leur activité- deviennent des victimes.

Les photographes professionnels passent souvent le tiers de leur temps durant la couverture d'un événement – du plus simple événement qui se déroule sur une place publique, aux démonstrations, aux conférences de presse, etc- à expliquer, non seulement aux citoyens ordinaires mais aussi aux responsables, l'évidence : leur travail en tant que photojournaliste consiste à prendre des photos.

L'exposition, « les nouvelles persécutés » a déjà été présentée à Athènes en septembre 2012, en collaboration avec la fondation culturelle de l'ESHEA, avec un grand succès et de nombreux visiteurs qui ne savaient pas à quel point il était difficile d'exercer la profession de photojournaliste en Grèce.

Les photos présentées n'obéissent ni à la nature artistique contractuelle que nous connaissons plus ou moins, ni aux règles d'une exposition de photos artistiques, elles sont plutôt un témoignage, un récit documenté sur ce qu'ils vivent durant leur travail.

En tant « qu'observateurs », les photojournalistes et les cameraman se trouvent toujours au milieu d'une ... zone de conflit entre la police et les manifestants ce qui les stigmatisent comme ennemis des deux côtés.

Un policier frappe un journaliste Panagiotis Tzamaros alors qu'il était en train de couvrir la manifestation dans le centre d'Athènes le 5 Octobre 2011. Le policier n'a pas arrêté après le premier coup, il a poursuit le photojournaliste et a continué à le frapper.

Un policier frappe un journaliste Panagiotis Tzamaros alors qu'il était en train de couvrir la manifestation dans le centre d'Athènes le 5 Octobre 2011. Le policier n'a pas arrêté après le premier coup, il a poursuit le photojournaliste et a continué à le frapper.

Dans cette exposition, les créateurs ne visent pas (ils n'ont d'ailleurs pas le luxe du temps) à travailler sur la composition dynamique des formes et des couleurs. Leur seul allié, mis à part leur caméra, est leur instinct qui est en alerte constante. Leur « thème », la violence contre les collègues et contre eux même lorsqu'ils couvrent de tels événements, dure pour un moment et dans la vaste majorité des cas il n'y a pas d'autres « témoins » que la caméra ou appareil photo. La rareté de tels enregistrements et la collection de documentations rendent donc cette exposition encore plus spéciale.

Cette présentation au public est une réponse qui va de soi à ceux qui ont essayé dans le passé et qui essaieront dans le future de réduire au silence, de n'importe quelle façon, les travailleurs de la Presse. Aussi longtemps qu'il y aura des événements il y aura aussi des gens pour les retransmettre.


"News Under Persecution", mardi 25/06 de 16h30 à 18h30, au parlement Européen, salle PHS 4B01 :
NewsUnderPersecution