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Amnesty International s'inquiète de la fermeture de l'ERT

18 juin 2013

Liberté de la Presse Médias Politique Amnesty International DIMAR ERT Grèce Nouvelle Démocratie PASOK

Dans son rôle de société de diffusion publique et non commerciale, l'ERT a eu une part importante dans la pluralité et la diversité des médias grecs.


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Le 17 Juin 2013, dans un rapport publié par Amnesty International, l'organisation non gouvernementale a dénoncé les conditions et les conséquences de la fermeture de l'ERT. Le rapport déplore le fait que cette décision ait été prise sans débat parlementaire préalable et qu'elle entrave la liberté d'expression et d'information. Okeanews retransmet ce rapport.

Amnesty-International

Inquiétudes quant à la fermeture soudaine de la société de diffusion publique grecque

Amnesty International souhaite exprimer ses inquiétudes envers cette fermeture soudaine qui a eu lieu la semaine dernière et les implications que cela a sur l'exercice du droit fondamental de la liberté d'expression, qui inclut le droit de chercher et recevoir des informations, particulièrement en période de crise politique et économique. Alors que les autorités ont annoncé des plans pour l'établissement d'une nouvelle société de diffusion publique en Août, les personnes, en Grèce ou à l'étranger qui se fiaient à l'ERT pour les informations concernant les évolutions politiques et d'autres contenus en langue grecque, sont à l'heure actuelle privées de tout contenu.

Des groupes spécifiques sont affectés par cette soudaine fermeture, par exemple des personnes vivant dans des lieux isolés pour qui l'ERT était la seule chaîne disponible de la télévision grecque, et les personnes grecques vivant à l'étranger, qui considéraient l'ERT comme un lien important avec le pays et l'héritage culturel et politique.

Dans son rôle de société de diffusion publique et non commerciale, l'ERT a eu une part importante dans la pluralité et la diversité des médias grecs. Comme l'ONG Human Rights l'a souligné, la Grèce a pour obligation d'assurer le droit à la liberté d'expression inscrit dans l'article 19 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui inclut le droit de chercher et de recevoir des informations et des idées de toutes sortes. Au lieu de cela, au moins pour la période actuelle, la décision du gouvernement de fermer l'ERT a réduit de manière significative la diversité et la pluralité des informations et des idées disponibles.

Amnesty International a noté qu'en plus de l'entrave à la liberté d'expression et d'information, la décision de fermer l'ERT a été prise par le gouvernement via un décret législatif sans consultation préalable du Parlement ni avec les partis formant la coalition.

Contexte

Le 11 Juin 2013, en fin de journée, les autorités grecques ont coupé le signal de l'ERT. Plus tôt dans l'après-midi, un porte-parole du gouvernement a annoncé que l'ERT allait être fermée à minuit et que ces 2,600 employés allaient être licenciés. Parmi les raisons citées pour cette fermeture, on retrouve le coût auquel le pays ne pouvait plus faire face avec la crise économique. L'équipe a rapporté qu'elle n'avait reçu aucunes informations et n'avait donc pas eu l'opportunité d'avoir une consultation avec le gouvernement ou la direction.

Le décret pour la fermeture a été signé par les Ministres du parti majoritaire de la Nouvelle démocratie au sein de la coalition gouvernementale mais pas par les deux autres partis de la coalition.

Suivant l'annonce et durant la dernière semaine, les travailleurs de l'ERT ont organisé des protestations devant le bâtiment à Athènes. Ils ont été rejoints par plusieurs milliers de personnes qui se sont opposées à la fermeture. L'équipe de l'ERT a également continué à diffuser sur internet avec l'aide de l'EBU qui a installé un satellite récoltant les informations en dehors du bâtiment de l'ERT.

Cette fermeture a crée une sérieuse crise au sein de la coalition gouvernementale, avec le PASOK et le DIMAR qui demandent la réouverture immédiate de l'ERT et qui refusent la proposition de vendredi dernier du Premier Ministre, de rouvrir l'ERT durant la transition avec une équipe réduite.

Le Premier Ministre reste sur sa position alors que le PASOK et le DIMAR continuent à affirmer que l'ERT doit rester ouverte durant sa restructuration.

Des inquiétudes ont également été formulées de la part de personnalités internationales comme Nils Mouznieks, Commissaire pour les droits de l'Homme au Conseil Européen qui a annoncé que la décision de fermer l'ERT «  envoie un message effrayant aux médias et augmente les tensions dans un pays souffrant déjà d'une grave crise financière et sociale » et que même « une fermeture temporaire réduit le pluralisme des médias et restreint la liberté d'expression ».

Les communautés dans des zones éloignées comme les villages d'Epirus et les Iles de la mer Egée captaient distinctement seulement la chaîne ERT, ce qui ne fait qu’accroître les objections à la fermeture de l'ERT.