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Pourquoi j'ai peur de la Junte

14 juin 2013

Hot Doc Opinion démocratie dictature ERT Grèce junte Weimar

Kostas Vaxevanis tire la sonnette d'alarme au sujet de la situation en Grèce


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Kostas Vaxevanis, devenu célèbre pour avoir révélé au monde le contenu de la liste Lagarde, et actuellement poursuivi pour ce motif, dénonce la situation alarmante de la Grèce. Il ne craint pas de parler à coeur ouvert: D'après lui, un basculement d'une Démocratie mal en point à une dictature avérée est à craindre. Triste souvenir des heures noires de l'Histoire, du régime nazi en Allemagne à la Junte en Grèce...

xounta

«On n'avait pas vu tant de démocratie depuis la junte»

Je sais que cet article sera commenté et qu’il sera probablement la cause pour laquelle l’on m’attribuera les « qualités » de pessimisme, de discours hérétique ou de difficulté à cerner les choses. Franchement, cela me désintéresse profondément. J’estime que, parfois, avoir peur est plus utile qu’ignorer le danger. Craindre que les choses se passent dans la pire version possible est une crainte plus politique que toute analyse « politiquement correcte ».

La Démocratie n’est pas menacée et ne tombe pas si elle n’est pas avilie. Elle ne disparaît pas automatiquement, à moins qu'elle semble inutile aux yeux des gens. Les sauveurs ne dominent pas si, au préalable, la Démocratie ne s’est pas montrée incapable de résoudre les problèmes que crée son fonctionnement. La Démocratie tombe si elle montre qu’elle est incapable et superflue.

Voyons ce qui se passe en Grèce, en ce moment. La Démocratie est incapable de résoudre le moindre problème dans la société grecque. La Démocratie que gère le gouvernement tripartite a choisi les pires scénarios pour notre vie à tous. Inutile d’analyser. Je pense que nous ne sommes pas d’accord sur la question de savoir si cela est nécessaire ou pas. Mais, quel que soit le terme utilisé, le problème est là. Notre Démocratie apparaît de plus en plus incapable de résoudre les problèmes. Même ceux qui approuvent la « domination allemande » en tant que Démocratie conviendront qu’ils ne peuvent pas voter Merkel aux prochaines élections.

En outre, jour après jour, notre Démocratie apparaît de plus en plus superflue. Inutile, accompagnée de substituts de ses fonctions. Le parlementarisme se limite à l’élection d’un parlement et ne touche pas nécessairement à son mode de fonctionnement. Sans parler des scandales qui entrelardent son action (pour ceux qui liront le dernier numéro de HOT DOC, vous verrez comment ils opèrent comme la mafia, pour qu’aucun ministre ne soit jamais jugé à aucun titre). Laissons cela pour passer à l’élagage constant de toute fonction institutionnelle essentielle.

Dès le premier instant où la question « ERT » fut soulevée, j’ai pensé (et j'insiste là-dessus) que ce fait démontrait principalement que la Démocratie est abolie. Qu’est-ce que j’entends par-là ? Le gouvernement a passé des actes législatifs concernant les DEKO - Entreprises d’utilité publique (et pas seulement concernant ERT) et dont l’objet consiste en leur abolition.

L’acte législatif est l’attribution provisoire du pouvoir législatif (qui est celui du Parlement) au pouvoir exécutif (qui est celui du gouvernement). Ainsi, une loi pour laquelle on n’a pas voté est appliquée dans des situations imprévues, des situations d’urgence. Elle sera ratifiée par le Parlement à une étape ultérieure. Depuis un an, ce gouvernement gouverne par le biais de lois qui passent sous la forme de l’acte législatif sans qu’il y ait de situation imprévue ou d’urgence. Chaque fois qu’une réaction sociale ou parlementaire s’oppose à quelque mesure, celle-ci passe automatiquement (par le biais de l’acte législatif) afin d’éviter les réactions et les chancellements. Entre-temps, jusqu’à ce que la loi correspondante soit votée, les médias ont préparé les gens ou bien tant d’autres mesures équivalentes sont déjà survenues, que l’opinion publique s’en voit limitée au rôle du gardien de but terrorisé juste avant le tir au but.

Cela semble peut-être exagéré. C'est-à-dire, on pourrait qualifier cette méthode de politicarde mais non pas d’inaction de la Démocratie. Vous me permettrez de citer un exemple tiré de l’histoire. Après la 1e guerre mondiale, en Allemagne, il y eut l’État de Weimar. C'est-à-dire, la République allemande qui s’efforçait de gérer la dissolution de l’empire allemand, la défaite humiliante et la création d’une Démocratie.

En 1930, la République allemande était déchirée et dans l’impossibilité de résoudre bon nombre des problèmes auxquels les Allemands étaient confrontés. Un gouvernement instable, une alliance, gouvernait le pays. Une de ses faiblesses concernait également sa capacité de légiférer. Ainsi, il jugea bon, au nom de la stabilité et de la gouvernance de l’Allemagne, d’activer l’article 48 de la Constitution, qui lui accordait le droit de légiférer par actes législatifs dans les cas d’urgence. (Ceci vous rappelle-t-il quelque chose ?).

Durant trois ans, le Chancelier Hindenburg apposait sa signature sur des lois qui n’étaient pas votées au Parlement. La fonction parlementaire devint superflue. Les gens comprenaient bien que l’on se moquait d’eux et que non seulement la Démocratie était une hypocrisie mais, en plus, elle ne pouvait résoudre aucun des problèmes créés par le démantèlement de l’empire allemand. Ainsi, en 1933, Hitler arriva à prendre le pouvoir (par le biais d’élections et non pas d’un coup d’état, comme plusieurs le pensent) en mettant à la lumière cette hypocrisie et le non fonctionnement de la Démocratie. La Démocratie s’écroula quand elle devint incapable et superflue.

Même en Grèce, celle des années 60, où il y eut le coup d’Etat, il a fallu que la Démocratie se montre incapable de traiter du « para-état » (de ces forces agissant « à côté » (« para ») des autorités de l’état) et que les politiciens apparaissent comme des marionnettes qu’il suffit de bourrer de fric pour les désolidariser du parti, comme ce fut le cas en 1965. Papadopoulos n’a pas pris le pouvoir suite à des élections. Mais, si la Démocratie ne s’était pas avilie d’elle-même, il ne serait pas venu, ni ne serait resté. C’est dans cet état que se trouve notre Démocratie, aujourd’hui. Le Parlement est avili. La Démocratie est dénigrée et semble de plus en plus inutile et superflue. Le Parlement « semble » inutile et l’invocation constante de « dangers » font que le gouvernement autoritaire apparait de plus en plus justifié.

Cette situation empirera. Pour qu’un gouvernement autoritaire tienne, il doit produire de plus en plus d’autoritarisme. Pour se parer d’un vernis de légitimité démocratique, il se déplacera vers l’adoption de thèses de plus en plus extrêmes, pour « pêcher » des voix parmi l’électorat que fascine l’Aube Dorée. Les partis de l’alliance du gouvernement, politiquement vides et utiles uniquement à la survie du gouvernement, donneront leur accord à toutes les mesures conservatrices pour préserver le gouvernement et pour que leurs propres dirigeants survivent sur le plan politique. Ainsi, ils assisteront de plus en plus au virage conservateur, tout en se différenciant verbalement. Le pire, c’est que ceux seront eux, plutôt que Samaras, qui soulèveront la nécessité des non-élections, sachant que les élections pourraient marquer leur fin.

Ainsi, en suivant la méthode d’Hitler ou de Papadopoulos, en tant qu’incapable, superflue, déshonorée, la Démocratie n’aura plus de raison d’exister. Dans tout ce que je décris, il semble manquer un facteur fondamental susceptible de renverser tout cela. Il s’agit de la volonté des gens et de leur détermination à renverser tout ça. Pour que cela puisse arriver, il faut que les partis de l’opposition ou les désenchantés du gouvernement tripartite expliquent aux gens les dangers et exigent que le renversement ait lieu maintenant. Et j’espère qu’ils seront la raison pour laquelle l’on me traitera de mauvais prophète.

P.S. Ce qui me fait encore plus peur, c’est que même le Président de la République se limite à adopter le rôle d’un gratte-papier. En dépit de ses compétences limitées, lorsqu’il a été informé des décrets présidentiels qu’on lui demandait de signer, il aurait pu –comme c’est toujours le cas- prévenir qu’il ne le ferait pas, prévenant également qu’une crise politique surgirait. Il ne l’a pas fait.

Avec koutipandoras

Traduction : Christine pour Okeanews