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Leur faute ? Elles étaient…étrangères !

14 juin 2013

Immigration Police documentaire Grèce Immigration police

Une incroyable histoire qui pourrait confirmer ce que la Police hellénique peut faire (aussi) à une touriste et une étudiante étrangère.


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On les aurait « cueillies » au centre-ville, on les aurait conduites au commissariat de police, on les aurait jetées dans une cellule, on les aurait dépouillées de leurs vêtements, on les aurait insultées, on leur aurait refusé le droit à un avocat et à un traducteur jusqu’à ce qu’on prononce les accusations de refus d’obtempérer, d’outrage et de résistance aux autorités. Chloé est photographe, gréco-française. Iliriane, 23 ans, est étudiante des Pays-Bas. Leur crime ? Premièrement, elles sont étrangères. Deuxièmement, elles auraient osé tourner un mini-documentaire dans le cadre d’un travail de recherche universitaire dont le sujet est « Accueil et immigration, en Grèce. ». 

clipboard03_10Au soir de jeudi 23 mai 2013. Au Pédion Areos (Champ de Mars). Un groupe composé de quatre jeunes, deux femmes et deux hommes (3 étudiants des Pays-Bas et une française) prennent des photos et filment. Quatre policiers les arrêtent et vérifient leurs sacs où se trouvaient les trépieds des caméras. Le contrôle dure plus d’une heure. On demande leurs passeports. Seule une ne l’a pas sur elle.

Les jeunes se demandent, en anglais, pourquoi on les arrête. « Foutez-nous la paix, dites-nous depuis quand vous êtes en Grèce » c’était la réponse… Peu après, 22 autres policiers débarquent ! « Nous les avons comptés un par un. Ils s’efforçaient de nous faire peur en claquant leurs bottes militaires devant nous, ils s’approchaient de manière menaçante, portaient un sourire ironique et hurlaient « allez vous faire foutre, allez, faut qu’on tabasse un bon coup. Ils pensaient que nous ne parlions pas grec, mais, moi je le maîtrise très bien ». Chloé nous explique en grec : elle partage sa vie entre la Grèce et la France, collaborant avec des journalistes des deux pays.

Les jeunes demandèrent à contacter leurs ambassades et ont voulu connaître les noms des policiers. En vain. Qui plus est, la demande fut considérée comme une menace contre l’autorité. Ils furent conduits au commissariat de police de Kypseli où, sans raison, seulement les deux jeunes filles furent gardées, sous les moqueries concernant leur aspect vestimentaire (l’une portait un chapeau..).

« On nous a dévêtues devant les toilettes, sans qu’ils en aient le droit. Ils nous ont jetées dans une cellule misérable qui ne contenait qu’un lit en ciment, sans matelas. Ça sentait l’urine, le sperme et les fèces. Je ne pouvais pas trouver un seul coin pour m’asseoir, alors que je leur criais que j’ai un grave problème au dos», décrit Chloé, furieuse. Ce n’était pas la première fois qu’elle était confrontée à l’arbitraire policier : 2 disques intervertébraux fracturés et un léger déplacement de la « queue » de la colonne vertébrale : c’était le diagnostic après le passage à tabac qu’elle a subi deux fois, en Grèce, en 2012.

La première fois, des policiers l’ont frappée dans le dos, à l’aide de bâtons, lors d’une manif. La seconde fois, 15 furieux partisans de l’Aube Dorée l’agressèrent dans un wagon du train à Agios Nikolaos, en septembre dernier, quand elle a voulu aider un malheureux migrant. Trois mois d’immobilité au lit. C’est une chance si elle n’en est pas restée paralysée. Elle a du déménager, parce que les Aubedoriens l’attendaient tous les soirs, devant sa maison.

«Nous étions dans la cellule, en train de pleurer. Chloé devait prendre les médicaments pour le dos. On ne les lui donnait pas. « Et comment qu’on peut savoir si c’est pas des drogues », disaient-ils. Chloé a eu une crise de panique et ne pouvait plus respirer. Un peu avant qu’elle ne tombe dans les pommes, on lui a donné une des 2 pilules qu’elle devait prendre », explique Iliriane, pour ajouter : « dans ces pays, les policiers agissent sans contrôle, sans rendre de comptes, et les gens sont à leur merci. Mais, tout en ayant observé l’arbitraire policier et le racisme, nous avons également été témoins de moments émouvants d’accueil et de solidarité des Grecs envers les migrants. »

Lundi dernier, elles se sont présenté au tribunal. Mais, pour la deuxième fois, aucun des policiers ne s’est présenté. Le procès a été ajourné pour janvier 2014.

Le Journal des Rédacteurs.

Traduction : Christine pour Okeanews