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Fermeture de la radio-télé publique ERT en Grèce : Troïka contre démocratie

13 juin 2013

Opinion Aube Dorée démocratie ERT Grèce Nouvelle Démocratie PASOK troïka

Sans mobilisation pas d'information


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Franco-grec, Rigas Arvanitis est sociologue, économiste et directeur de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD). Lecteur et abonné à okeanews, ils nous transmet depuis Beyrouth son opinion sur la fermeture de la radio-télévision publique ERT en Grèce.


Véritable scandale politique, le premier ministre Samaras, sans l'appui de ses deux partenaires au gouvernement, PASOK et DIMAR (Gauche démocratique) a décidé de manière unilatérale la fermeture de l'ERT. Le premier ministre Samaras parle de "ERT la débauchée" !! Il est clair que l’information est le dernier de ses soucis. Le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou qui Mardi annonçait la nouvelle n'a à aucun moment daigné contacter le journal de ERT pour sa dernière (Elli Staï, présentatrice vedette, les yeux gonflés et le regard triste a attendu en vain sa réponse pendant toute la soirée). Il s'est contenté de dénoncer les "vaches sacrées". Ce qui serait en jeu, ce serait le gaspillage. Pourtant, ce même Simos Kedikoglou assurait le 15 mai dernier qu'il n'était pas question de "diminuer" ERT. Preuve encore que la parole des membres du gouvernement est fausse et que ses déclarations sont toutes effectuées au mépris de la vérité.

M. Samaras mercredi soir devant un parterre d'hommes d'affaires a dénoncé les taux d'écoutes marginaux de la la radio-télé publique. Parmi les auditeurs les plus touchés notons les grecs de l'étranger qui sont intervenus d'ailleurs sur les émissions de ERT qui continue à diffuser sur le net. Pourtant, nous autres grecs de l’étranger nous avions souvent râlé sur la mauvaise qualité de ces programmes. Cette télé, malgré tout était nécessaire. Preuve en être que les néonazis sont ravis ! Michaloliakos, le chef de Aube Dorée disait que cette télé devait fermer car elle les dénonçait .. pour ce qu’il sont, c’est-à-dire des néo-nazis.

Ces griefs sont-ils justifiés? Certains le sont, d'autres sont exagérés. Mais rien ne justifie de dévaloriser autant la parole même si cette parole a été timide, souvent aux ordres. Il est curieux que l'on reproche à ERT d'être une "vache sacrée" alors que les embauches ont souvent été des embauches de complaisance du gouvernement en place dans des postes dits de "conseiller spécial". Leur nombre a gonflé alors que celui des techniciens et des journalistes s'est maintenu stable ou a même diminué. Du moins c'est ce qui était défendu par les employés. C’est aussi ce que Giorgos Kogiannis, ancien directeur de l’info sur ERT, déclare dans une série de tweet enragés contre le porte-parole du gouvernement qu’il accuse d’être un des principaux responsables des embauches de complaisance ce qui aurait coûté plus d’un million d’Euros la dernière année.

Quelques réactions ont qualifié la réaction actuelle de corporatisme des journalistes et des employés de ERT. Mais dans le contexte actuel il s'agit bien d'autre chose que de lutter contre le gaspillage et la mauvaise gestion. Alors que Samaras n'arrive pas à privatiser comme il l'entend, en partie à cause des obstacles que lui impose la commission européenne encore dernièrement dans la privatisation de l'entreprise de gaz, DEPA, avec Gazprom, sa réponse est de liquider un maillon faible la radio-télé, sans faire dans le détail.

Malheureusement si la réaction de la population n'est pas décidée, Samaras ne reviendra pas en arrière. Il déclare au PASOK et à DIMAR qu'il n'en a rien à faire de leur avis: d'ailleurs l'ordonnance de fermeture de ERT a été appliquée sans même être envoyée aux ministres de ces deux partis. Après cela, Samaras n'a pas répondu aux demandes de discussion des deux partis à ce sujet. Deuxièmement, l'extrême droite néo-nazi est son meilleur allié: si des élections ont lieu, ce petit parti nazi aura une meilleure place au parlement et personne ne veux vraiment le tester. Samaras a sciemment omis de répondre aux injonctions de la commission européenne en matière de droits de l'homme depuis plusieurs mois et la fameuse loi anti-fasciste n'est toujours pas arrivée aux bancs de l'assemblée nationale. Enfin, c’est un message à la Troïka pour qui la démocratie n'a pas semblé être le principal souci non plus: « regardez ce que vous me forcez à faire » semble-t-il dire.

Les sondages donnent la Nouvelle Démocratie de Samaras sinon gagnante, du moins majoritaire, si des élections anticipées ont lieu et personne ne veux vraiment de ces élections. Bref, il y a peu de raisons de garder espoir si une mobilisation massive n'a pas lieu. Mais là aussi, les mobilisations sont devenues monnaie courante dans le pays et SYRIZA s'est dévalorisé en n'ayant pas de position très claire ni sur l'Euro, raison essentielle pour laquelle il a perdu les élections législatives l'année dernière, ni sur le pouvoir démesuré de certains syndicats. C'est un peu normal: les syndicats ("étudiants" et autres) ont été son terreau contrairement au Front de gauche en France qui est issu des partis eux-mêmes ; c'est là aussi sa principale faiblesse.

Dernier élément: l'image de la Grèce à l'étranger. Cela est et a été un enjeu fort pendant les élections, c’est un argument employé par Samaras pour justifier sa politique et rien ne permet de mesurer la soi-disant amélioration de l'image de la Grèce comme le prétendait Mercredi Samaras devant les industriels et entrepreneurs. Certes la Grèce n'en est plus au ban comme au temps où Sarkozy et Merkel essayait de forcer le pays à accepter un plan d'austérité malgré la volonté du gouvernement grec. Mais Samaras et la Nouvelle démocratie ont définitivement perdu leur verni de respectabilité. La fermeture de ERT a, de ce point de vue, été un mauvais signal -- proche de ce qu'on sait de la manière dont notre voisin gère la démocratie et l'information en ce moment même. Bref, l’Européen Samaras ne fait pas beaucoup mieux que "l'islamiste" Erdogan.

-- Beyrouth le 13 juin 2013