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L'ERT a survécu aux nazis, à la junte mais pas à la Troïka.

13 juin 2013

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L'histoire de la société de diffusion est liée à l'histoire de la Grèce moderne. Associated Press


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L'agence de presse mondiale et généraliste basée à New-York, Associated Press, nous donne les détails de l'histoire de l'ERT et nous aide à comprendre pourquoi un pays se révolte autant contre cette fermeture.

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« Lorsque les troupes nazis ont marché sur la capitale grecque quasi déserte le 27 Avril 1941, le présentateur radio  de l'ERT a annoncé la sinistre nouvelle. Il conseilla vivement ses compatriotes de ne pas écouter les futures émissions transmises par les nazis et il rendit l'antenne avec l'hymne national grec.

Ce moment  dans l'histoire de la radio grecque est gravé fortement dans la mémoire collective du pays.

C'était la seule fois dans l'histoire grecque qu'une société de diffusion publique a cessé depuis sa naissance trois ans auparavant. Mais, l'ERT a connu le même sort mardi lorsque le Premier Ministre a fermé l'ERT et mis dehors 2,500 employés pour prouver aux créanciers internationaux de la Grèce qu'il était sérieux lorsqu'il parlait de dégonfler le secteur public. Les signaux de la radio et de la télé ont été éteints dans la nuit de mardi et mercredi.

Cette décision  pourrait faire tomber la coalition gouvernementale, qui a étrillé la société de diffusion publique pour son « manque d'efficacité ».

Les deux plus grands syndicats de Grèce ont appelé à une grève générale de 24 heures ce jeudi en protestation à cette décision et les vols de l'aéroport d'Athènes vont être stoppés pendant deux heures. Les manifestants se sont réunis hier devant le bâtiment principal de l'organisation dans le nord d'Athènes. Les journalistes de l'ERT défient cette décision et continuent le live via internet.

Les syndicats des journalistes ont également appelé à une grève générale de 24 heures, arrêtant la diffusion des journaux télévisés des chaînes privées grecques, alors que la gauche de la coalition appelle à une révision de cette fermeture.

Comme d'autres compagnies publiques en Grèce, l'ERT a été exposée durant ces 75 années d'existence à la pratique du patronage politique et du clientélisme. Les différents gouvernements attribuaient des postes en échange de votes. Le gonflement du secteur public a participé à la chute du pays et à la nécessité d'une aide financière de 10 milliards d'euros de la part des partenaires européens.

Malgré cela, l'ERT a crée une connexion profonde avec les citoyens grecs ordinaires, devenant la voix du pays, particulièrement lorsque les sociétés privés de radiodiffusion n'existaient pas avant 1989.

L'ERT a commencé ses programmes de radio en 1930 et de télévision durant les années 1960. Cependant l'ERT était souvent considérée comme un transit de la politique gouvernementale. Il y avait d'ailleurs une chaîne dirigée par la junte militaire durant 1967-1974. Néanmoins la société de diffusion était aussi estimée pour diffuser des contenus régionaux et culturels et pour couvrir les événements sportifs majeurs comme la coupe du monde ou les jeux olympiques.

Au fil du temps, l'ERT est devenu un soutien de la vie grecque. À l'époque, elle était la seule chaîne de divertissement et d'information pour une nation appauvrie émergeant doucement de sa guerre civile à la fin des années 1940. C'était également le seul lien vers le pays pour les millions de personnes de la diaspora grecque.

« L'ERT est une partie intégrante de l'identité grecque » explique Christodoulos Yiallourides, un professeur de science politique et sociale à l'université Panteion d'Athènes. « Ce qui arrive est une erreur. Il est vrai que nous avons besoin de faire des réformes et de changer, mais pas de cette façon. Tu ne fermes pas d'un coup l'ERT, tu essayes et tu répares ».

L'ERT est largement financée par l'Etat, d'autant plus que tous les foyers grecs payent une redevance via leur facture d'électricité - qu'ils aient une télévision ou non. Il y a également beaucoup de sociétés de diffusion privées en Grèce, comme Mega, Antenna ou Skai.

L'ERT était également retransmis à Chypre selon un accord bilatéral et les chypriotes condamnent la décision du gouvernement grec. Une fonctionnaire de la société de diffusion publique chypriote critique cette décision, se rappelant un souvenir émouvant lorsqu'elle n'était qu'une jeune fille grecque de la diaspora et que son père lui demandait de se taire afin qu'il puisse écouter les nouvelles de l'ERT.

Yiallourides, qui a déjà travaillé en tant que producteur-radio de débats politiques sur l'ERT, explique que la forte réaction de la population grecque peut venir du fait que l'identité culturelle grecque se sent attaquée.

L'ERT produisait systématiquement des programmes promouvant l'histoire et la culture grecque, même si son audience a commencé  à chuter après la mise en place des radios et télevisions privée. Yiallourides rappelle également que l'ERT s'est fait le promoteur de la musique de Manos Hadjidakis, « Never in sunday » du film éponyme.

Il explique que malgré les manies et le coût de l'organisation, l'ERT produisait des programmes de très bonnes qualités qui contrastent avec les soap opéras étrangers qui inondent les chaînes privées grecques aujourd'hui.

Qui plus est, les grecs avaient confiance dans l'ERT pour fournir des rapports sur l'actualité objectifs et nuancés parce que ses journalistes n'étaient pas sous le joug de publicités commerciales et des pressions du domaine privé.

« Qui dira la vérité lorsque la société de diffusion publique aura disparu ? » demande Dimitris Trimis, à la tête du syndicat des journalistes d'Athènes Esiea. « Les sociétés de diffusion privées font faillites et se sont débarrassées d'une bonne partie de leur main d’œuvre, et pour survivre, ils se raccrochent de plus en plus aux intérêts politiques et au business ».

Yiallourides prévient que cette surprise du gouvernement pourrait bien raviver les agitations sociales.

Le gouvernement a défendu sa décision, insistant sur le fait qu'une nouvelle société de diffusion publique plus efficace et moins coûteuse verra le jour avant la fin de l'été. Tout de même, le gouvernement s'engage dans une bataille politique : l'ordre exécutif de fermer l'ERT doit être ratifié par le Parlement dans les trois mois à venir mais pour le moment la Nouvelle Démocratie n'est pas soutenue par les membres de la coalition.

Par Associated Press

Traduction Sido pour Okeanews