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De l'esclavage des Grecs

13 juin 2013

Culture dette esclavage Grèce

La plume de Montesquieu retournée contre nos contemporains : Un miroir acerbe qui n'épargne rien à ceux qui trouvent "justifiable" le sort fait aux Grecs


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Par Nicolas Caudeville.

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"Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les Grecs esclaves, voici ce que je dirais :

Les Capitalistes d'Europe ayant exploité ceux de leurs colonies, ils ont dû mettre en esclavage ceux de la Grèce, pour s'en servir à défricher tant de terres.L'huile d'olive serait trop chère, si l'on ne faisait travailler l'arbre qui la produit par des esclaves.

Ceux dont il s'agit sont Grecs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le profil si grec, qu'il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps de Grec.

Il est si naturel de penser que c'est la dette qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font des eunuques, privent toujours les grecs du rapport qu'ils ont avec nous d'une manière plus marquée.

On peut juger de la couleur de la dette par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les grecs n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un verre d'ouzo que de l'or, qui chez des nations policées, est d'une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Grecs : car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des banquiers d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié?"

Vous aurez tous reconnu le texte De l'esclavage des nègres de Montesquieu, extrait de De l'Esprit des Lois, traité de sociologie politique que Montesquieu publie en 1748, et dans lequel il tente d'analyser comment le climat, les mœurs, l'économie, les lois ... ont influé sur les différents régimes politiques qui se sont succédé dans l'Histoire.

L'auteur, grand savant et philosophe du siècle des Lumières, fut aussi magistrat à Bordeaux, mais il est surtout connu pour des ouvrages tels que De l'Esprit des Lois ou Les Lettres Persanes, qui ont éveillé l'esprit critique des hommes du XVIIIe siècle.

Dans cet extrait du livre 15, l'auteur se fend d'être l'avocat de l'esclavage des noirs.

Il propose ainsi en neuf paragraphes bien séparés, neuf arguments. Cependant une lecture plus attentive permet de distinguer quelques vices de forme dans le raisonnement proposé. Voyez que le fait de changer le terme "Négres" par Grecs (et quelques adaptions contemporaines) , n'empêche pas le texte de fonctionner bien au contraire. Car l'esprit du capitalisme est toujours le même : celui de l'exploitation.

Mais pour justifier la mise en esclavage d'un peuple issue de l'espace communautaire européen, on nous dit que "se sont des voleurs" et que, à ce titre, les banques, le FMI et la commission européenne ont bien raison de les traiter sans merci (encore un plan de rigueur). Mais si nous, nous commençons à admettre que l'on puisse traiter ainsi, par quelques institutions que ce soit, un pays et son peuple, nous nous condamnons à brève échéance à subir le même sort.

Un continent ne se qualifie pas par sa monnaie, fut-elle unique, comme un individu ne se détermine pas par sa sexualité ou sa religion. Mettons un terme à cette barbarie faites au Grecs.

Les Grecs ne sont pas "les autres" : nous sommes tous Grecs !