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La Grèce sans ERT est une blonde stupide dont le nom est Bobolas

12 juin 2013

Hot Doc Opinion ERT Grèce services publics

ERT fermée par le gouvernement : Kostas Vaxevanis, le journaliste qui a publié la liste Largarde réagit.


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Avec koutipandoras.gr

Sur ordre de Samaras, la Grèce est aujourd’hui le seul pays à ne pas disposer de Radiotélévision Publique. La décision a été adoptée par « acte législatif », parce que nous n’avons plus de roi susceptible de signer des décrets royaux et parce que Pattakos (NdT : ancien n° 2 de la dictature des colonels) est bien trop vieux pour être nommé ministre et, dès lors, entreprendre la dure tâche qui (hélas !) incombe à Simos Kedikoglou (NdT : porte-parole du gouvernement tripartite actuel).

ERTVaxevanis

Dans une communication brève et faite à la hâte, le ministre compétent a annoncé la fermeture d’ERT qui, ainsi, ne devrait plus peser sur le peuple grec, et l’ouverture d’une nouvelle radiotélévision publique, toute neuve et toute joyeuse. Tout d’abord, mêmes les moudjahiddin du libéralisme, ceux pour qui il ne doit rester de Public que les timbres fiscaux, pour que nous payions des taxes, doivent à présent condamner cette dérive constitutionnelle. Avant d’aborder le fond de « l’affaire ERT », tout le monde doit comprendre que la décision de Samaras n’est soutenue par aucune majorité parlementaire ni par quelque majorité sociale. Même les partis qui composent le gouvernement ont déclaré être contre. Quelle est donc la légitimité de cette décision ?

Dès mardi midi, ceux qui veulent que même leurs funérailles soient pris en charge par le Trésor, sont apparus afin de condamner ERT et de souligner la nécessité de l’abolir, en même temps qu’il faut abolir l’intégralité du secteur public. L’on ne manque pas d’être impressionné par le fait que ceux qui ont créé la situation qui existe dans le secteur public et dans ERT, utilisent cette même situation comme argument pour tout abolir. Surtout pas pour résoudre les problèmes.

Cela ne fait que quelques heures que ERT émet sans intervention du gouvernement et la voilà transformée en chaîne libre qui passionne les gens. En tentant de la fermer, ils ont montré comment ERT peut être et comment les gens veulent qu’elle soit. Ils ont annulé tout leur argumentaire.

Mais, passons au fond de l’affaire « ERT ». Je suis passée par ERT pour deux brèves périodes, venant des chaînes privées. La première fois, je fus renvoyé alors que Roussopoulos était ministre. La seconde fois, c’était sous le règne des « Mouroutis » (NdT : du nom d’un conseiller en communication de l’actuel premier ministre et membre de la truth team, connu pour ses interventions pour le moins inopportunes en matière de liberté de la presse, entre autres). Je n’ai jamais été employé d’ERT et la majorité de mes émissions furent transmises après maintes tentatives de censure ou d’obstacles. Mais, elles furent transmises.

Celles qui ne le furent pas ont donné aux gens le sentiment que d’aucuns, pour servir les partis politiques, se servent d’une tribune Publique qui appartient à tous et est payée par tous. C’est précisément ce que l’on ne veut pas chez ERT. Non pas son indépendance mais la pensée qu’elle éveille chez tout un chacun, à savoir que l’on a droit à l’information indépendante et qu’il relève de obligations de la Radiotélévision publique de fournir cette information. Ils ne veulent pas que cette exigence existe et, encore moins, ne veulent-ils qu’elle soit respectée.

ΕΡΤ fut toujours le champ d’interventions gouvernementales, un jardin où fleurissaient les apprentis de partis et où trouvaient refuge des misérables de la profession. Mais, ERT n’était pas misérable. Elle était meilleure que les chaînes privées. La preuve est dorénavant là, sous nos yeux. Les journalistes ont pu fonctionner en toute liberté pour quelques heures et ils ont pu montrer ce qu’ils peuvent et ce qu’ils veulent faire. ERT ne fut pas uniquement la serre de la corruption politique mais aussi le champ d’action de voleurs. La majorité des administrations ont volé par le biais de productions, en mettant en place des productions surfacturées avec des gens à eux. Ils ont mis des millions en poche en promouvant un profil prétendument « moderne » à base d’Eurovision et de football. La justice a été saisie de ces affaires, et d’anciens membres de l’administration ont été condamnés. Mais, tout cela n’a pas été fait par les travailleurs d’ERT mais par ses administrations et les responsables politiques.

Les recettes d’ERT proviennent de la redevance tant débattue et non pas de la publicité. Les media shop ne donnent pas à ERT la publicité qui lui revient du fait de son audimat, et conserve ce budget pour leurs amis des chaînes privées. Aucune administration n’est parvenue à mettre fin à cette injustice envers ERT. Qui plus est, lorsque, dans le passé, des poursuites avaient été intentées contre des sociétés d’audimat pour avoir fourni de faux chiffres ne faisant pas justice à ERT, l’administration d’ERT avait témoigné en faveur de l’entreprise d’audimat qui fut innocentée. Ainsi, la majeure partie des recettes provient de la redevance payée par l’intermédiaire de la facture d’électricité. Si je ne me trompe pas, il s’agit de 50 euros par an, par citoyen. L’on donne ainsi l’impression qu’ERT est la seule chaîne que nous payons. La vérité est que nous les payons toutes. Lorsqu’un produit fait l’objet de publicité sur une chaîne privée, cela représente un coût. Ce coût, les entreprises le font passer sur le consommateur, c'est-à-dire, sur le téléspectateur. Ainsi, nous payons toutes les chaînes, que nous les regardions ou pas.

Au même moment, ERT perd des revenus. C’est la seule chaîne qui couvre des missions à l’étranger, ce qui représente des frais substantiels. Ensuite, elle donne les images aux chaînes privées contre un prix modique. C’est ainsi qu’en ont décidé les dirigeants politiques, pour rendre service aux propriétaires des médias privés. M. Samaras –et chaque monsieur Samaras- oblige ERT de l’accompagner dans ses voyages à l’étranger, de couvrir ses activités et, ensuite, de fournir ces images à tout le monde, c'est-à-dire, aux chaînes privées, pour assurer la promotion de son image publique.

ERT qui paie le coût que représentent les retransmetteurs, émet sur tout le territoire grec et à l’étranger. Là où les propriétaires des chaînes privées n’investissent pas parce que ça ne rapporte pas. Là où vivent nos grands-pères oubliés. Les dirigeants politiques n’arrivent pas à comprendre pourquoi ces gens qui ne regardent pas ERT se sont soulevés pour qu’ERT ne ferme pas. Parce que chacun sait que sait que là se cache l’espoir que quelque chose change dans cette misère des médias. Parce que l’existence d’ERT donnera toujours forme à l’exigence d’une information indépendante, publique et de qualité, même si ERT ne l’offrait pas autant qu’elle le devrait. Si ERT ferme, la Grèce sera livrée aux propriétaires des chaînes privées. Elle croira qu’elle n’est faite que des Manolidou, des Prétenteris et de commérages.

Même ceux qui regardent ces misérables sous-produits de la télévision privée savent, au fond, que la télévision publique peut devenir la télévision alternative et leur télévision.

Oui, ERT n’est pas comme je la veux, ni comme la veulent les Grecs. Mais, il n’y a que sur ERT que l’on peut voir une autre Grèce. Les villages grecs, ce qui se passe dans le monde, ou ce qu’aucune chaîne privée ne montre. Ce n’est que sur ERT que l’on peut voir Avgeropoulos, « La boîte de Pandore », des émissions qui montrent ce qui se passe sur cette planète. Sinon, on risque de croire que la Grèce est une imbécile de blonde dont le nom de famille est Bobolas. Bien sûr, à côté de ça, il y aussi leurs obsessions dégoûtantes qui se transforment en trahison. On ne veut plus rien de public. Les communications, l’électricité, l’information, les ressources, tous les secteurs névralgiques sont privatisés par ceux qui agissent sous les apparences de patriotes.

Et leur argument consiste en ce que le secteur public, celui qu’ils ont créé, est un monstre. Mais, ils ne veulent pas le changer. Le très haut-placé monsieur Kedikoglou, qui a annoncé la création de la nouvelle ERT de la méritocratie, a engagé comme chargée de communication d’ERT une dame dont l’expérience professionnelle est le fruit de sa participation au fonctionnement de radio Alivéri (NdT : disons, sans offense, « radio Maubeuge ») et d’une équipe de foot d’Eubée. Avec ça, il a également engagé quelques dizaines de conseillers et de journalistes « spéciaux. » Lui, qui se plaint des employés surnuméraires.

L’Etat grec n’aura, bientôt, plus rien. Les écoles deviendront privées. Les hôpitaux aussi. Parce qu’on laisse mourir les écoles et les hôpitaux publics. Les fréquences d’ERT seront données à la nouvelle génération de propriétaires de médias qui est favorablement disposée envers les politiciens. Il en sera de même des archives d’ERT, dont la valeur s’élève à plusieurs milliards.

Bien sûr, eux-mêmes, pourront se rendre aux cliniques privées, envoyer leurs enfants aux écoles privées et jouir de leur bonne image telle qu’elle sera retransmises par les propriétaires des chaînes privées auxquels ils ont rendu service. Si tout ça est un état moderne et non pas un état de barbares, donnez ERT à Adonis (NdT : Adonis Georgiadis, parlementaire de Nouvelle Démocratie, ancien parlementaire de LAOS –extrême droite-, qui vend des livres tous les soirs sur une chaîne de télévision privée et est connu pour ses thèses peu « élégantes » du genre : « aux immigrés clandestins, il faut leur rendre la vie difficile »…), pour qu’il y vende ses livres. Qu’il ne soit pas obligé de courir dans les boutiques étrangères. Dix kilos de livres, 2 euros.

C’est de ce genre de Grèce qu’ils veulent.