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ERT fermée : "Pensée du jour"

12 juin 2013

Opinion Politique Antonis Samaras ERT Grèce licenciement Syriza troïka

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Par Nick Malkoutzis

Nick Malkoutzis

Nick Malkoutzis

« La pensée du jour » est un programme phare de l'ERT : un temps d'antenne avec des réflexions intéressantes sur la croyance, les affaires courantes et la vie en général. On peut se demander cependant, « quelle pensée du jour » a traversé le gouvernement lorsqu'il a décidé de fermer la société de diffusion hier et de mettre à la rue 2,700 individus.

Il s'est passé beaucoup de choses suspectes au sein de l'ERT, qui – comme la plupart du secteur public- a longtemps été considéré comme un lieu de soutien électoral et où l'argent a été dépensé par les gouvernements successifs. Les 19 stations régionales de radio qui la composent parlent même d'un excès tout simplement insupportable. Par exemple, Thessalonique qui compte 800,000 habitants avait trois stations de radio alors que Londres avec sa population de plus de 3 millions d'habitants n'en a qu'une seule.

L'ERT avait cependant beaucoup d'intérêts. Elle continuait à diffuser des documentaires alors que quasiment personne ne le faisait en Grèce, idem pour la musique. Même les thèmes musicaux pour le journal télévisé et les événements sportifs, un peu vieillots, avaient un charme naïf. De beaux sentiments également lorsque la diaspora grecque des quatre coins du monde se réunissait le samedi soir pour partager les musiques grecques et les souvenirs d'un pays qu'ils ont laissé.

Il n'y avait certainement pas de tels sentiments lorsque le gouvernement a pris la décision de fermer l'ERT et a soudainement débranché la prise en quelques heures. Il n'y a eu aucun débat parlementaire, aucune discussion publique et aucun consensus avec les partenaires de la coalition, dont la Nouvelle Démocratie est le parti majoritaire. Au lieu de ça, un décret législatif permettra aux ministres de fermer des entreprises publiques. Le porte-parole du gouvernement Simos Kedikoglou a fait un discours à la télévision pour informer les téléspectateurs que l'ERT était devenu un puits sans fond, absorbant 300 millions d'euros par an pour les frais de licences et à cause d'une production inefficace et d'une mauvaise gestion. Il aurait peut-être fallu rajouter que ces dernières années ce sont la Nouvelle Démocratie et le PASOK qui ont choisi les directeurs de l'ERT et gonflé l'organisation autant qu'ils pouvaient d'amis journalistes ou managers.

L'ERT est l'une des affaires illicites que les deux partis aimeraient bien balayer rapidement. Quoi de mieux alors que de fermer l'ERT au même moment où la troïka s’inquiétait sur la promesse de la coalition de supprimer 2,000 postes de fonctionnaire cet été ?

La décision de fermer l'ERT émane apparemment du Premier Ministre Antonis Samaras, mais en faisant cela, il prend un grand risque. Sa décision et cette « audace » qui visent à maquiller l'inhabilité du gouvernement à réduire progressivement le service public a beaucoup de chance de mal finir. Il est vrai que Samaras a pris de la place sur ses partenaires dans la coalition, les forçant à accepter ou à se taire face aux décisions gouvernementales pour satisfaire les objectifs de la troïka. Mais est ce le meilleur moyen pour assurer à la coalition de rester intacte et de bien fonctionner ? Il est aussi vrai que Samaras laisse de la place à SYRIZA qui devra montrer si elle a les moyens d'exprimer la colère créée par cette fermeture. Mais est il vraiment sage d'alimenter les forces de résistance et de protestation quand elles étaient en train de décroître ?

En tout cas, les grecs doutent un peu de la volonté officielle de remanier le secteur public et de se débarrasser de ses plus mauvais éléments. Le gouvernement assure que dans le mois à venir, l'ERT va rouvrir sous un nouveau nom et avec moins d'employés. Cependant, est ce que les gens peuvent vraiment faire confiance aux partis qui ont eux même crée cette structure instable il y a quelques années pour la reconstruire de façon plus juste et plus productive ? Peuvent ils vraiment croire en la Nouvelle Démocratie, qui en 2011 s'était opposée à la proposition du PASOK de restructurer l'ERT, disant que la société de diffusion devait être protégée de telles actions ? Voilà la pensée du jour..