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Ankara émet des mandats d’arrêt, Athènes s'exécute

11 juin 2013

Diplomatie Droits de l'homme Athènes Bulut Yayla Grèce police Turquie

Le refugié politique Bulut Yayla se trouve entre les mains des autorités turques, dans une affaire qui révèle l’entente cordiale entre services secrets de part et d’autre de la mer Égée


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Le gouvernement et, en particulier, le Ministère de protection du citoyen, a beau faire les gros yeux quant au rapt dans le plus pur style mafieux du réfugié politique Bulut Yayla, les faits montrent que nous n’avons pas simplement affaire à « un sérieux minage de l’état de droit », ainsi que le souligne le Haut-commissaire de l’ONU.

Bulut Yayla

Bulut Yayla

«Nous avons à faire à une opération policière illégale, en collaboration on ne peut plus parfaite entre autorités grecques et turques, dans le but d’exécuter des mandants contre des réfugiés Turcs qui se trouvent dans notre pays», expliquent des sources bien renseignées. Déjà, depuis mercredi dernier, le Parquet de la Cour de première instance enquête sur l’implication des services secrets dans l’affaire.

Les autorités grecques tentent de justifier l’injustifiable. Jusqu’à présent, elles nient en bloc. Selon une communication officielle « s’agissant du ressortissant Turc en question, il n’existe aucune information quant à sa présence en personne dans le pays ni d’enregistrement officiel auprès des services de la Police hellénique

Toutefois, les éléments concernant le séjour et la présence de Yayla en Grèce sont indéniables. L’on a déjà enregistré les témoignages de témoins oculaires de l’incident du rapt tandis que, comme explique Clio Nikolopoulou, avocate, membre du service juridique du Conseil hellénique pour les Réfugiés (où le réfugié Turc a eu recours), il avait déclaré qu' « il avait été arrêté, emprisonné et torturé plusieurs fois au motif de son activité politique en Turquie. Il est venu en Grèce il y a quelques mois, pour demander la protection, ainsi que prévoient le droit national et international, et a demandé notre aide parce qu’il n’avait pas accès à la procédure d’asile », souligne-t-elle.

L’avocate ajoute également que « le Conseil hellénique pour les Réfugiés a envoyé le 20 mai un fax (n° de registre 707) à la direction compétente de la Police hellénique, rue Petrou Ralli, demandant qu’elle réceptionne la demande d’asile de Bulut Yayla et portant à la connaissance des autorités le fait qu’il était victime de tortures. Une fois de plus, il n’eut pas accès à la procédure de dépôt de sa demande. »

Et, alors que l’ESP s’efforçait, même par communications téléphoniques, d’intervenir auprès de la Direction de la Police des étrangers afin d’obtenir le dépôt de la demande d’asile, Bulut Yayla était kidnappé, au soir du jeudi 30 mai.

Même après l’incident, explique Mme Nikolopoulou, « ses avocats ont téléphoné à la Direction de la Police des étrangers de l’Attique pour expliquer, une fois de plus, que Bulut Yayla était en danger en tant que victime de torture et pour faire en sorte que sa demande d’asile soit déposée. Ils ont également souligné l’obligation pour l’état grec d’interrompre tout procédure de refoulement de yayala en Turquie. »

«Bombe vivante»

Bulut Yayla, membre du Comité de solidarité aux prisonniers politiques en Turquie et au Kurdistan, qui est aujourd’hui détenu à Istanbul, a été qualifié de « bombe vivante » et de membre du parti d’extrême gauche DHK-C, par l’agence de presse turque Cihan.

«Dans tous les cas, les faits montrent que l’enlèvement du Turc vient à la suite des mandats d’arrêt pendants contre les réfugiés Turcs qui se trouvent dans notre pays. Ces mandats ont été activés il y a environ trois mois mais furent rejetés par la Cour de Cassation qui a dit que l’extradition ne peut pas avoir lieu si la demande d’asile du ressortissant étranger est en cours d’examen ou s’il court le danger de subir des tortures dans son pays», expliquent des juristes qui connaissent bien ces questions. Et d’ajouter : «de toute évidence, suite à cet arrêt, l’on a proposé comme « unique solution » au « problème » la méthode des enlèvements.»

Notons que, selon les témoignages de membres du Comité de solidarité, à Athènes, six autres personnes auraient été enlevées de la même façon.