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Athens Pride 2013 : «  Athena est à nous ! »

10 juin 2013

Culture Droits de l'homme Reportage Solidarité Grèce

La neuvième édition de la Gay Pride d'Athènes fut l'occasion de réclamer des droits pour la communauté LGBT grecque.


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À l'occasion de l'Athens pride, et malgré la censure qu'a subit sa campagne de communication, quelques milliers de personnes sont descendues dans les rues pour fêter l'amour sous toutes ses formes. L’événement s'est déroulé sans troubles ni de la part des policiers, ni de la part de l'Aube dorée comme certaines personnes le redoutaient. Des diplomates internationaux parmi lesquels des membres de l'ambassade française, ont défilé en soutien à la cause LGBT.

Un reportage de Lydia et Sido.

Athens Pride (photo © okeanews)

Athens Pride (photo © okeanews)

Samedi 8 Juin 2013, à partir de midi jusqu'à minuit, des événements divers se sont succédés dans la joie et la bonne humeur. Mis à part l'annulation à la dernière minute par le maire d'Athènes de son discours prévu à 17 heures (qui est la seule déception à noter) ; live show, cours de danse, et parades ont été l'occasion pour la communauté LGBT d'Athènes et ceux qui la soutiennent de s'unir le temps d'une journée.

Le cortège final a débuté à 19 heures place Klaftmonos, avant de longer la rue Stadiou, de rejoindre la place Syntagma et de revenir enfin à la place initiale. Quelques milliers de personnes ont paradé au milieu de quatre chars, au son de slogans tels que : « Nous rompons le silence. Notre exigence : l'égalité pour les Trans ! », « Pride against Prejudice » ou encore « Nous sommes partout ! » .

La présence d'Amnesty International qui s'est joint à la parade, derrière le slogan « Human rights are my pride », est également à souligner.

Amnesty International soutient l'Athens Pride

Amnesty International soutient l'Athens Pride
(photo © okeanews)

« Diplomats for Athens Pride », qui rassemblait plusieurs ambassades, a également été un point fort de cette journée. Ainsi l'Ambassade de France, des Pays-Bas, de le Suède, de la Norvège, du Danemark, de l'Allemagne et des Etats Unis ont apporté leur soutien à titre personnel. L'ambassadeur français Jean-Loup KUHN-DELFORGE a souligné l'importance pour la France d'être présente en Grèce pour soutenir l'égalité pour tous et nous a confié que « malgré la récente amélioration des droits homosexuels en France, il faut rester vigilant et protéger les droits de tous ».

Athens Pride 2013 était organisée cette année avec comme slogan principal « Athena is ours ». Athena est bien entendu l'esprit de la capitale grecque. Cette année, Athens pride a donc mis à l'honneur la déesse grecque et ceci pour une double raison. Tout d'abord parce qu'elle représente la ville et tous ses habitants, ce qui sous-entend aussi bien sa communauté LGBT qui se reconnaît dans ce symbole. Mais la déesse a également une signification particulière pour cette communauté. En effet, Athena représente la démocratie et se bat pour la justice. À ses côtés, la communauté LGBT entend défendre l'égalité de tous les citoyens et « la coexistence harmonieuse de tous ceux qui aiment la paix et les habitants de notre ville ».

La Gay Pride en Grèce est une manifestation plutôt jeune puisque l'Athens Pride 2013 signait sa neuvième édition. Athens pride a en effet commencé en 2005 en tant qu'initiative populaire qui rassemblait quelques centaines d'activistes avant de prendre son envol petit à petit et devenir la pride la plus importante du Sud-Est de l'Europe.

L'Athens Pride prend de l'envergure donc, mais le chemin est encore long en ce qui concerne leurs droits puisque l'Etat grec ne reconnaît aucune forme d'union pour les couples homosexuels.

Bien que la journée se soit déroulée sans accrochages, quelques dérapages sont cependant à noter en marge de la manifestation. Ainsi, Pailos Kranidiotis, un avocat proche de Karamanlis (ancien Premier Ministre de la Nouvelle Démocratie) a tenu sur tweeter des propos homophobes sur fond « d'humour » et de jeux de mots. Selon lui, la Gay pride est l'occasion pour les gays refoulés de « sortir du placard ». Autrement dit, ceux qui soutiennent ce genre de manifestation ne sont que des homosexuels qui ne le savent pas encore. Il affirme également que les homosexuels sont forcément orientés politiquement à gauche. Un journaliste grec, Giannis Pantelakis, s'est révolté contre de tels propos et s'insurge du fait qu'en Grèce, l'homosexualité soit encore trop souvent considérée comme une maladie. Il déplore également qu'en Grèce, «  Nous vivons dans un pays qui n'acceptera jamais d'avoir un ministre des affaires étrangère (comme en Allemagne) ou un maire (comme à Paris) qui soit ouvertement homosexuel »

Sur les sièges du Parlement, aucuns députés n'a jamais affirmé ouvertement son orientation sexuelle ou n'a défendu avec ferveur et jusqu'au bout la cause de la communauté gay et lesbienne. Giannis Pantelakis ajoute :

Si nous avions des députés homosexuels, ils seraient conscients des drames qui se déroulent auprès des lits d’hôpitaux, quand votre compagnon n’est pas considéré comme un parent. Si un gay entrait au parlement, en présence des responsables, il aurait développé la logique suivante : comment se peut-il que vous viviez avec un être pendant des années mais que vous ne puissiez pas partager des protections sociales et des droits ? Oui, il y a des partis qui évoquent la question. Mais personne n’est allé jusqu’à expliquer au peuple grec que l’homophobie est un racisme et qu’elle conduit à la violation des droits fondamentaux de l’Homme

Selon lui, aucun politicien homosexuel grec n'aura la chance de rentrer au Parlement, sachant que la population homosexuelle grecque représente 10% de la population soit moins que l'électorat potentiel de l'Aube dorée. Il ajoute que la population grecque est encore trop conservatrice et homophobe et les parlementaires ne font rien pour changer cette situation.

Athens Pride 2013 (photo © Okeanews)

Athens Pride 2013 (photo © Okeanews)