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La (mauvaise) rencontre entre deux français et l'Aube Dorée : Témoignage

8 juin 2013

Témoignages Aube Dorée France Grèce néonazisme

Les violences de l'Aube Dorée ne sont pas seulement réservées aux immigrés.


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Les mauvaises rencontres avec l'Aube Dorée ne sont pas réservées qu'aux immigrés venus de lointaines contrées. Parfois, les "origines", pour peu qu'elles soient lisibles sur un visage, suffisent à lancer l'engrenage. Un couple d'expatriés français en a fait récemment l'amère expérience.

La semaine dernière, S et C (*), installés depuis un an dans un paisible quartier d'Athènes, ont échappé de justesse à l'un de ces passages à tabac dont les néonazis grecs sont friands.

Voici leur témoignage.

S. :

"Nous adorons la Grèce. C'est pour cette simple raison que nous avons décidé de nous y installer. Nous vivons grâce à de très faibles revenus. La crise grecque, nous la vivons aux côtés des grecs. Bien sûr, nous avions déjà entendu parler de l'Aube Dorée, mais nous refusions de jouer leur jeu en nous laissant gagner par la peur. De ce que nous avons pu noter, il n'y a de racisme en Grèce que celui qui est affiché par les membres de l'Aube Dorée et leurs sympathisants. Avant de témoigner, nous tenons à dire que les grecs nous ont toujours extraordinairement accueillis, et que la demi-origine antillaise de C. ne leur a jamais posé problème."

C. : 

"Nous avons sympathisé avec les gens du quartier. Nous n'avons jamais eu aucun problème...jusqu'à Vendredi dernier. Comme nous le faisons de temps en temps, quand le budget le permet, nous sommes sortis vers 22H00 pour prendre un café sur la place du quartier. Quelque chose avait l'air changé, mais nous n'y avons pas prêté attention. S. a remarqué que l'homme assis à la table d'en face nous regardait bizarrement et avec insistance. Le reste de ses amis était caché par les plantes de la terrasse. Ils se sont levés, et là, plus de doute possible: ils faisaient partie de l'Aube Dorée. Le premier homme n'affichait rien de particulier mais le second avait le crâne rasé, portait des rangers et un tee-shirt de l'Aube Dorée. Nous avons évité de croiser leur regard (nous avions lu dans la presse grecque de quoi ils sont capables) et ils sont partis. Pour la seconde fois, nous avons décidé d'oublier cet incident."

S. :

"Sauf que d'autres sont venus", intervient S., "et l'un d'eux s'est mis un peu à l'écart pour téléphoner, mais pas suffisamment pour que nous n'entendions pas, et c'est ce qui nous a sauvé. Je suppose qu'il a cru que nous ne comprenions pas le grec (nous ne parlons qu'en français quand nous sommes tous les deux) et que c'est pour ça qu'il n'a même pas pris la peine de s'éloigner d'avantage. Il a donné le nom du café où nous étions assis (nous étions les seuls sur la terrasse à ce moment là) puis il a rajouté "ils sont deux, venez vite, ils risquent de partir. Ok, 5 minutes pas plus" Ni une, ni deux, nous sommes rentrés dans le café pour payer nos consommations et nous sommes ressortis par la porte côté rue. Là, nous avons pressé le pas, et nous sommes passés par le dédale de rues attenantes à la place. Je n'ai pu jeter qu'un bref coup d'oeil, mais j'ai vu qu'il y avait beaucoup de cranes rasés et de tee-shirts de l'Aube Dorée sur les terrasses des cafés. Heureusement, nous sommes rentrés à bon port sans autre dommage qu'une bonne peur."

C.:

"Nous continuerons à nous promener dans le quartier comme nous l'avons toujours fait, mais maintenant, nous serons toujours inquiets. Quand nous avons raconté notre histoire à l'un de nos amis, il s'est exclamé: "Vous avez dû vous tromper, ce n'est pas possible". Le lendemain matin, nous avons appris que le bus qui dessert notre quartier jusqu'au centre avait été le théâtre d'une agression. Des membres de l'Aube Dorée ont tabassé des immigrés à coup de ceinture de cuir. Depuis cette histoire, les gens du quartier nous ont témoigné une grande solidarité. Ils nous ont demandé de les appeler immédiatement si une histoire similaire devait se reproduire, afin qu'ils puissent intervenir. Ici, personne ne compte sur la police pour se protéger. Je ne peux pas m'empêcher de penser à tous les grecs dont les origines sont apparentes. Si ça devient trop dangereux, nous avons toujours la possibilité de rentrer en France. Mais eux? S'il n'y avait pas la solidarité du peuple grec, qui les protégeraient? Il y a autre chose qui me tracasse... Comment être sûr que si la France traverse un jour une crise semblable à celle de la Grèce la xénophobie latente ne s'exprimera pas avec la même violence?"

(*) S. et C. souhaitent garder l'anonymat