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Le géant russe Gazprom et DEPA : les légendaires talents de négociateur de M. Samaras

30 mai 2013

Hot Doc Antonis Samaras Grèce privatisation

Qu’est-ce que M. Samaras est arrivé à faire pour la finalisation des termes de l’offre de Gazprom ?


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La privatisation de l'entreprise publique grecque de gaz naturel DEPA intéresse le géant Gazprom. La grande braderie grecque continue, et, dans le cas de DEPA, pour se séparer des services publics "inefficaces" et "coûteux", le premier ministre Antonis Samaras est prêt à faire "quelques" concessions ... aux frais des contribuables grecs.

Depa-Gazprom

Prenons les choses depuis le début. Tant DESPA (entreprise publique de gaz naturel) que DESFA (Gestionnaire du réseau national de gaz naturel) sont la cible de tous les désirs du colosse russe Gazprom, pas seulement à cause des bénéfices potentiels mais aussi pour leur importance stratégique dans la guerre énergétique qui se déroule depuis cinq ans, telle une guerre froide.

Les Russes veulent asseoir leur présence en Grèce et le régime de propriété du DESFA, c'est-à-dire, du gestionnaire du réseau, pour continuer à vendre le gaz naturel dans les meilleures conditions. En effet, selon le récent rapport d’Eurostat pour le second semestre 2012, il est le troisième le plus cher d’Europe. Au même moment, le consortium M&M (Vardinogiannis et Mytilinaios) ne déposerait pas d’offre contraignante, tandis que la société russe Sintez a retiré son intérêt, en plein milieu de rumeurs d’un accord avec Gazprom.

Mais, passons au plat de résistance. Le cas de DESPA et, ensuite, celui du DESFA a été évalué par le premier ministre, Antonis Samaras, comme étant d’une importance capitale. C’est pourquoi il a décidé de traiter lui-même de la question. Après trois venues du patron de Gazprom, Alexei Miler, à Maximou (bureau du premier ministre Grec), en présence également de l’homme d’affaires russe Dimitris Kopelouzos, déployant des talents parmi les plus enviables en matière de manœuvres et de négociations, que le vendeur le plus chevronné du marché d’Al Halili envierait, le premier ministre est arrivé à coincer Gazprom aux cordes et à convaincre le géant Russe de… rester dans le jeu de DEPA…

Qu’est-ce que M. Samaras est arrivé à faire jusqu’à la finalisation des termes de l’offre contraignante de Gazprom ?

Le géant russe déposera une lettre de garantie couvrant 10% du montant total de l’offre contraignante pour la DEPA. L’État grec et le Fond de valorisation du patrimoine public (TAIPED) tablait, au départ, sur une lettre de garantie couvrant 20%.

Sur ce point, signalons les rumeurs qui courent depuis tout ce temps, concernant un éventuel blocage de l’accord sur la vente par la commission de la concurrence de la Commission européenne. Ainsi, dès le départ, la grande crainte des Russes portait sur la possibilité que l’adjudication du marché soit rejetée par la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne. En effet, une enquête est en cours concernant Gazprom et un probable abus de sa position dominante sur le marché de l’Union européenne. Si cela se produisait, les Russes se verraient obligés de se retirer, alors que la lettre de garantie demeurerait entre les mains de l’État grec.

Alexei Miler a posé comme préalable la restitution de la lettre de garantie, si jamais l’accord était pris dans les rouages de la Commission. Après avoir menacé de se retirer du marché et étant donné qu’il faut que la Grèce brade, coûte-que-coûte, l’argenterie, selon l’agence internationale Reuters qui invoque une source autorisée haut placée dans le gouvernement, le côté grec a convenu de ne pas conserver les garanties dont le montant est estimé, après consultation, à 10% de la somme d’environ 900 millions d’euros.

L’autre problème que M. Samaras est arrivé à résoudre a trait aux « poids » qui pèsent sur DEPA et, notamment, aux dettes qu’ont envers l’entreprise les groupes privés de producteurs d’électricité. Cette somme s’élève à environ 500 millions d’euros dont une partie non négligeable provient du non-paiement par le LAGIE (Opérateur du marché de l’électricité) et l’ADMIE (Gestionnaire du transport de l’électricité) aux gros groupes de requins qui, à leur tour, ne paient pas la DEPA.

Ainsi, selon les informations de Reuters, la partie grecque a veillé à calmer les préoccupations russes en portant l’État grec garant à concurrence du montant de 180 millions d’euros, au cas où ces créances n’étaient pas payées au 31 décembre 2015. En d’autres termes, si Bobolas, Mytilinaios et Vardinogiannis ne paient pas, c’est le contribuable Grec qui devra casquer 180 millions d’euros supplémentaires.

Ce qui est donc préoccupant c’est ce qui « filtre » de Maximou, c'est-à-dire, que le chapitre « investissements » est pris en charge par le premier ministre en personne et qu’il en représente le grand pari… Non seulement pour ce qui est de la braderie qui, dorénavant, fait partie des lois de l’État, mais aussi pour ce qui est des termes qui accompagneront chaque « mariage »…

P.S. Ce qui est, probablement, encore plus préoccupant, c’est l’exubérance des articles dithyrambiques et de «success stories» publiés même par le journal Bild, allemand, qui n’a pas manqué, jusqu’il y a peu, de traîner le pays dans la boue…

Avec koutipandoras.gr