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"On m'a caché que la liste (de Lagarde) était officielle" dit l'ancien patron la bri­gade finan­cière grecque

27 mai 2013

Hot Doc enquête évasion fiscale fraude fiscale Grèce Liste Lagarde SDOE

"M. Papaconstantinou [ministre des finances du gouvernement Papandréou] ne m’a jamais fait état de quoi que ce soit concernant le concours du ministère français des finances et de son homologue, à l’époque, Mme Christine Lagarde"


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Selon la dernière communication d’Yannis Diotis, ancien chef du SDOE (brigade financière), l’ancien ministre des finances, Giorgos Papakonstantinou, lui aurait dissimulé la procédure officielle durant laquelle les autorités françaises ont transmis la « liste Lagarde ». Il explique dans sa communication que, pensant que cette liste a été "été transformée en une transmission informelle de données, ne revêtant aucun caractère public ni officiel", celle liste "constituait du matériel non exploitable".

Yiannis Diotis, ancien patron du SDOE, le corps de la répression du crime financier

Yiannis Diotis, ancien patron du SDOE, le corps de la répression du crime financier

M. Diotis fut amené à faire cette communication à la suite de divers commentaires publiés dans la presse à propos du nouvel envoi, par la France, du document qui accompagnait le CD contenant la liste d’individus disposant de comptes auprès de la banque suisse HSBC, en septembre 2010. M. Diotis annonce également qu’il aura recours à la justice contre tous ceux qui l’ont qualifié de « menteur » et de « patron des fraudeurs du fisc. »

Le texte de la communication de l’ancien chef du SDOE :

« J’ai plusieurs fois dit et déposé devant MM. les Procureurs chargés des affaires de crime financier ainsi que devant les organes compétents du Parlement (Commission des institutions et de la transparence, Commission d’enquête préliminaire) que :

a) M. Papaconstantinou m’a envoyé la clef USB de façon informelle et non officielle, accompagné d’aucun document ;

b) M. Papaconstantinou m’a signalé le rôle significatif de l’EYP (services du renseignement helléniques) dans l’acquisition des renseignements concernés ;

c) M. Papaconstantinou ne m’a jamais fait état de quoi que ce soit concernant le concours du ministère français des finances et de son homologue, à l’époque, Mme Christine Lagarde.

En revanche, l’on m’a dissimulé la procédure qui avait été suivie. Ainsi, une procédure officielle d’échange de renseignements et de documents entre Etats a été transformée en une transmission informelle de données, ne revêtant aucun caractère public ni officiel.

La narration précitée portée à ma connaissance, combinée à la dissimulation d’évènements et de documents précis, ont fait que je fus profondément convaincu que le matériel en question était le fruit de comportements délictueux et que, à ce titre, pour des raisons plus spécifiques que j’ai déjà expliquées, constituait du matériel non exploitable.

Pour quelle raison, donc, me serais-je adressé au Chef de l’EYP de l’époque ? »

« J’ai plusieurs fois déposé et prouvé que je me suis adressé à lui à cause du parcours présumé de la liste qui m’avait été présentée.

Dès le départ et, ce, à maintes reprises, j’ai répété sur tous les tons qui, si la liste des bénéficiaires de comptes en banque m’avait été remise accompagnée des documents officiels délivrés par les autorités françaises et non pas en tant que fruit de quelque opération menée par des services de renseignement, je n’aurais aucune raison de ne pas procéder d’office à l’enquête et à l’exploitation du matériel, ainsi que j’ai fait dans plusieurs autres affaires, dans le passé.

Dernièrement, des médias précis me présentent, intentionnellement et avec dol, comme étant incohérent, me contredisant moi-même et comme quelqu’un de non fiable, dans un effort concerté visant à mon dénigrement, à la dévalorisation de mon travail et à la désorientation par rapport à l’essence-même de l’affaire qui n’est autre que la priorité peu élevée dont jouit la lutte contre la fraude fiscale.

Qui plus est, aujourd’hui, une partie de la presse présente la nouvelle transmission du document accompagnant le CD comme une réfutation de mes arguments. Au contraire, il s’agit-là d’une justification solennelle de mes actions et d’une preuve accablante à charge de ceux qui n’ont jamais voulu traiter sérieusement la lutte contre l’évasion fiscale. Tous ceux qui, de manière tardive, se font les défenseurs de cette lutte, feraient bien de s’adresser aux personnes actuellement compétentes concernant le progrès de la plus grande enquête jamais ordonnée en Grèce au sujet de la fuite de capitaux à l’étranger en vue de fuir l’imposition. Il s’agit de l’enquête que j’avais ordonnée quelques jours avant d’être remplacé à la tête du SDOE et qui portait sur la période 2000-2012. Qu’ils veillent également à s’informer à quel stade en sont les négociations entamées il y a trois ans avec les autorités helvétiques en vue de conclure un accord concernant les dépôts bancaires. En effet, si cet accord est atteint, sa contribution sera un multiple de quelque liste que ce soit.

Tout cela est très bien connu de ceux qui, aujourd’hui, me qualifient, entre autres, de « menteur » et de « patron des fraudeurs du fisc », qualificatifs à propos desquels ils rendront des comptes devant la Justice. »

Avec koutipandoras