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« Dire qu’il faudra mourir un jour » chantait Georges Moustaki…

25 mai 2013

Culture Grèce Hommage

Adieu, « sa liberté » bien-aimée, adieu, « sa solitude » chérie. Sa voix, qui était devenue celle de tous, s’est tue à jamais. A lui aussi, il aura fallu « mourir un jour ».


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Adieu, la « gueule de métèque », adieu, le plus français des grecs, adieu, fils de la diaspora : le grand Georges Moustaki ne chantera plus. Il s’est éteint à Nice, le 23 mai 2013, à l’âge de 79 ans...

Georges Moustaki (photo Michiel Hendryckx / Wikimedia commons)

Georges Moustaki (photo Michiel Hendryckx / Wikimedia commons)

Adieu, "sa liberté" bien-aimée, adieu, "sa solitude" chérie. Sa voix, qui était devenue celle de tous, s’est tue à jamais. A lui aussi, il aura fallu "mourir un jour".

C’est pas sympa, Georges, de nous laisser. Surtout en ce moment. Y’en a pas tant que ça des humanistes sans frontières, tu sais ?

Un pied dans chaque monde, sans que ce soit une déchirure. Comme Dionysos, Georges. Les titans de la destinée l’ont écartelé entre plusieurs terres, il aurait pu en mourir, mais au lieu de ça, il en a vécu, passionnément vécu. De nulle part, donc de partout à la fois. Et comme il se plaisait à le dire, citant le philosophe George Steiner, il faisait partie des privilégiés qui « n’ont pas de racines, mais des jambes »

Et il en a parcouru, du pays… Il en a même chanté ! Et pour se faire bien comprendre de tout le monde, il s’est toujours montré capable de chanter « la langue des autres » : français, grec, italien, portugais, anglais, espagnol, arabe… C’est que, de langue, il n’en avait pas de sienne propre. Pourtant, il entretenait un rapport affectif à chacune, et puisque nous sommes dans un journal franco-grec, contentons-nous des langues grecque et française :

La France, c’était sa passion. Paris surtout. Brassens, Piaf, Barbara, autant de grands personnages qu’il a connu et aimé. Le Paris des artistes. Le Paris des grands Hommes. Le Paris qui l’a fait « devenir qui il était ».

Pour le grec, c’est une autre histoire… Le grec, il ne l’a pas choisi et pourtant… il lui vouait un amour filial, fusionnel, parfois débordant, parfois plein d’amertume. C’était à la fois son malheur et sa chance. Sa fenêtre sur le monde, et sa douleur d’exilé.

Le grec, il le « parlait mal. » Pourquoi ? Justement parce que c’était pour lui « la langue de l’exil. » D’ailleurs, pour chanter le malheur, c’est le grec qu’il choisit. Le grec, langue de l’exil, sa douleur, prix de sa liberté. Le grec, qui a fait de lui un être toujours un peu à part parmi les français. Le grec, origine de sa solitude, solitude des origines.

« Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude »

Chantait-il…

Ce « merveilleux malheur » d’être grec (aussi), il l’a maintes fois chanté, comme dans Requiem pour n’importe qui :

Il est mort comme du bois sec.
Ça pouvait être n´importe qui,
Le frère de Théodoraki,
Un enfant de Zorba le Grec.
Il est mort, je suis en exil
Et je meurs un peu avec lui,
Chaque fois que tombe la nuit
Sur le soleil du mois d´avril.

La Grèce, et toute la méditerranée, dont il percevait, pour l’avoir beaucoup parcourue, à la fois le tragique et la force :

Le ciel est endeuillé,
Par-dessus l´Acropole
Et liberté ne se dit plus
En espagnol.
On peut toujours rêver,
D´Athènes et Barcelone.
Il reste un bel été
Qui ne craint pas l´automne,
En Méditerranée.

(En Méditerranée, 1973)

Puissent les méditerranéens d’aujourd’hui l’entendre, et ne pas craindre l’automne…

Ah, Georges, c’était sans doute la part grecque de ta personne qui te demandait de ne pas craindre la mort, à condition de mourir « d’amour et de plaisir ».

Puisse Charon avoir entendu ta prière, puisse-tu, comme Zorba, être mort en pleine passion de vivre !