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La dette grecque a augmenté de 29 milliards en un an : retour sur l'aveu d'échec du FMI

24 mai 2013

Economie BCE dette FMI Grèce troïka Union Européenne

L'auteur du rapport Gabriel Sterne paraphrase W. Churchill : "Jamais dans le domaine de la responsabilité institutionnelle il a été fait si peu avec autant, pour tellement de gens"


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Alors que la dette grecque a augmenté de 29 milliards d'euros, passant de 280,3 milliards en mars 2012 à 309 milliards en mars 2013, l’efficacité des plans d’austérité montre ses limites. Un ancien économiste du FMI remet en cause le mode de fonctionnement de son ancienne institution, partie intégrante de la troïka. Dans son rapport, il revient longuement sur les fautes commises en Grèce et sur l’erreur du FMI de s’être engagé au côté de l’Union Européenne.

Gabriel Sterne

Gabriel Sterne

Bien que la Troïka (Fonds Monétaire international, Banque centrale européenne et Commission européenne) ait enchaîné les réunions et les "plans de sauvetage", de plus en plus de Grecs regrettent le jour où G. Papandréou a fait appel à l'aide internationale et aurait « vendu la Grèce au FMI ». Dans ce contexte, un ancien économiste principal du FMI de 2004 à 2006, Gabriel Sterne, a publié un rapport - « L'heure d'une révolution de transparence au FMI », où il énumère les défauts de l'institution et où il revient longuement sur les erreurs commises en Grèce. Un rapport alarmant et inquiétant mais finalement pas si surprenant puisqu'il confirme le sentiment de mauvaise gestion du « cas grec ».

Dans ce rapport en libre accès, G. Sterne se concentre en effet sur la Grèce et assume que les fautes commises par la Troïka ont contribué à couler le pays et que les failles dans le système du FMI ont une grande part de responsabilité.

Tout d'abord il met en avant le manque de transparence de l'institution qui n'explique ni ne justifie ses décisions, ce qui facilite la prise de décision douteuse. Ainsi, le FMI, n'aurait jamais expliqué pourquoi il a supporté le programme de prêt en marche depuis 2010 qui est à la fois contraire aux règles de fonctionnement de l'institution mais qui n'aura finalement que jeté de l'argent par les fenêtres et contribué à empirer la situation. Il n'a pas non plus expliqué pourquoi il a nié la possibilité de restructurer la dette et pourquoi il a validé les deux mémorandums prévus. Le FMI a continué pendant longtemps à prétendre que la dette de la Grèce était solvable pour que ces plans continuent. Le résultat aujourd'hui est qu'aucune banque grecque n'a prêté depuis mi-2011, le chômage des jeunes s'élèvent à 64.2% (dernières données publiées) et la BCE doit intervenir massivement pour garder le système bancaire à flot.

Le manque de transparence cache un deuxième problème que Sterne dénonce tout au long de son rapport. La structure actuelle du FMI n'empêche pas l'interférence de motivation politique dans le processus de décision. En effet Sterne affirme que le FMI a reculé face à la pression politique des pays de la zone euro et a ainsi commis une succession d’erreurs prévisibles. Il explique également que les ambitions présidentielles de DSK lorsqu'il était à la tête du FMI ont eu des conséquences sur les modes de fonctionnement de l'institution et sur les relations avec l'Europe.

Ainsi l'Europe, dans le cas de la crise grecque, n'aurait pas du être vue comme un partenaire mais comme un patient. Le FMI aurait dû se concentrer sur comment arranger le cas grec en s'occupant des maux de l'Europe en général. L'Europe aurait mieux dû profiter de l'argent du fond pour consolider et sécuriser un ajustement simultané entre les pays en crise et le centre de l'Europe. Le FMI a bel et bien fait une erreur, selon lui, en s'alliant à l'Union européenne. Dans le même registre, le directeur des fonds d'investissements PIMCO, Mohamed El Erian, souligne que le FMI est une institution bipolaire entre d'un côté des technocrates qui fournissent des analyses cohérentes sur des situations économiques et d'un autre côté un fonctionnement qui est trop soumis aux influences et pressions politiques.

Bien entendu il pointe également du doigt la mauvaise formule appliquée en Grèce. "La Grèce a été victime des plus graves erreurs de prévisions, mais certes pas des seules. Des erreurs qui s’expliquent par la logique simplissime qui prévoit que resserrement du crédit + austérité = effondrement de la production", écrit-il, soulignant que si le plan d’aide à la Grèce a mal tourné, ce n’est pas exclusivement à cause de ce qu’Athènes a fait ou n’a pas fait ces trois dernières années.

Finalement plus de 50 équipes expérimentées du FMI ont fourni leurs analyses sur le cas grec mais sans résultat positif et à ce sujet G. Sterne paraphrase Churchill : « Jamais dans le domaine de la responsabilité institutionnelle il a été fait si peu avec autant, pour tellement de gens » .