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"Buskers" : quel est donc ce phénomène urbain qui égaye les rues d’Athènes ?

23 mai 2013

Culture Athènes Grèce

Tout savoir sur les artistes de rue à Athènes


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Un mot nouveau ne recouvre pas forcément une réalité nouvelle. En fait, vous connaissez bien les buskers. En Grèce, en France ou ailleurs, vous en avez forcément croisé, vous vous êtes peut-être arrêté devant leur prestation, et leur avez peut-être donné une pièce. Qui sont-ils ? Musiciens de rue, jongleurs, clowns, danseurs ou acrobates, ils défient les aléas de la rue et l’enchantent le temps d’une prestation.

Une musicienne, place Syntagma, février 2013 (photo okeanos ©  Okeanews)

Une musicienne, place Syntagma, février 2013 (photo okeanos © Okeanews)

Buskers est un mot anglais dévié de l’espagnol buscar « chercher », qui faire référence à ces artistes de rue, qui à la manière d’Edith Piaf ou de Jim Morrison cherchent la gloire et la célébrité en se produisant sur le macadam. Le dictionnaire de l’Académie nous informe, qu’en vieux français, le verbe busquer (qui aujourd’hui signifie surtout « garnir d’un busc ») utilisé dans l’expression « busquer fortune » signifiait justement « chercher la bonne fortune, le succès ». C’est pourquoi nous décidons, dans le souci d’éviter les anglicismes à tout va, de réintroduire ce mot dont nous avons besoin « busquer » et d’inventer le mot « busqueur/euse», traduction littérale du mot anglais busker.

Les busqueurs, très répandu parmi les gitans, existent partout dans le monde mais c’est à Athènes, bien sûr, qu’ils nous intéressent. Pour les trouver il faut d’abord sortir de votre hôtel, de votre appartement ou de votre grotte (si vous vivez dans une grotte) et oser une promenade autour de l’acropole, vers Monastiraki ou encore le long de la rue Ermou.

Des clowns à Petralona (photo © Okeanews)

Des clowns à Petralona, Athènes, Grèce, avril 2013
(photo © Okeanews)

Se revendiquant d’un mouvement organisé, les busqueurs d’Athènes ont un site internet , un compte twitter et une page facebook sur laquelle ils demandent aux passants, ayant filmé ou photographié leurs prestations, de poster leur vidéos et leurs photos. Une initiative novatrice qui permet de mettre en valeur leur travail, de jouer ensemble et de se donner une légitimité : les busqueurs ne sont pas des mendiants. Ce sont des artistes de rue qui ont un échange bilatéral avec leur audience. La mendicité se définie par la quête, tandis que la busquade (activité de busquer, qui n’a rien à voir avec « embuscade » que l’ont écrit avec un ‘’c’’) est un échange : le busqueur offre son talent et sa prestation sans rien demander en retour, de son côté, le public, s’il en a l’envie, s’il apprécie ce qu’il voit ou entend, offre quelque chose en retour.

Un jongleur à un feu rouge - Keramikos, Athènes, Grèce  (photo © Okeanews)

Un jongleur à un feu rouge - Keramikos, Athènes, Grèce, octobre 2012
(photo © Okeanews)

« C’est très embarrassant de jouer en attendant de l’argent, admet Detroit Jimmy, musicien, en se confiant à Małgosia Węglarz, sur leur site internet, mais finalement la musique nous en libère et on joue finalement pour le plaisir de jouer en oubliant l’argent. » Plus que la rétribution financière, ce dont a besoin le busqueur, c’est d’un public. Si vous aimez leur performance, n’hésite pas à vous arrêter à manifester votre plaisir et si le cœur vous en dit échanger quelques mots avec l’artiste.

Ils l’affirment, rien ne l’interdit, le busqueur ne mord pas, du moins pas la plupart du temps, et vous ne devez pas craindre d’approcher un busqueur. Ils établissent cependant quelques règles (relevant plus du respect que de la sécurité) afin d’optimiser ce rapport :
- « Attendez que l’artiste aie fini sa prestation, ce n’est pas sympa de l’interrompre, même pour lui manifester votre soutien.
- Pendant que vous patientez, faites en sorte de ne pas rester en face de l’artiste. Rappelez-vous qu’il est en train de jouer pour toute la rue et que vous pourriez peut-être lui porter le mauvais-œil en agissant de cette manière »

Il est possible que tous les busqueurs que vous rencontriez ne soient pas ouverts au dialogue, n’en déduisez pas qu’ils sont vils et grossiers – on a tous nos mauvais jours – et n’hésitez pas à renouveler la prise de contact avec quelqu’un d’autre.

En attendant, appréciez vos ballades à Athènes : d’un site historique à un autre, de nombreuses manifestations culturelles vous attendent