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Dimitris Psarras : "En disant nationalisme, Aube Dorée veut dire national-socialisme"

22 mai 2013

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Comprendre les origines d’Aube Dorée avec Dimitris Psarras, spécialiste de l’extrême droite en Grèce et auteur de l'ouvrage de référence, le "Livre noir d’Aube Dorée" - Partie 2


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Rbnews

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Pour Dimitris Psarras, Aube Dorée s’inscrit dans une suite logique de la dictature des colonels. Cependant, il entre en opposition avec l’historienne Athanasia Anagnostopolou quand elle dit que le nationalisme prôné par Aube Dorée s’inscrit en fait dans une longue tradition d’un nationalisme aggressif et même anti-démocratique en Grèce. Dimitris Psarras considère que, même si le nationalisme d’Aube Dorée est dans son essence similaire à la forme classique du nationalisme de droite en Grèce, il a ses spécificités.

Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Ce texte est la transcription des propos de Dimitris Psarras interviewé par Theodora Oikonomides sur Radiobubble dans le cadre des émissions sur le fascisme et l'antifascisme en Grèce.

Article publié en partenariat avec Radiobubble.

Crédit photo : omniaTV

Transcription par Lydia pour Okeanews.


"Je dirais qu’il n’y a pas de différence du tout, et c’est ça le problème – si nous définissons le nationalisme dans le sens où je l’entends bien sûr, c'est-à-dire que c’est la théorie qui donne une priorité absolue à notre propre nation au détriment de tous les autres principes, qu’ils soient humanistes ou internationaux, ou juste humains."

Pour Aube Dorée, le nationalisme est le national-socialisme

"Mais en disant 'nationalisme', Aube Dorée – et ils expliquent cela dans plusieurs de leurs textes – veulent dire national-socialisme. Ils ont beau utiliser le même nom pour couvrir les deux réalités, en fin de compte, c’est juste une technique utilisée par les partis d’extrême-droite en Europe et partout dans le monde pour flouer les gens naïfs, en disant quelque chose de plus simple que ce qu’ils pensent vraiment au fond."

"Cependant, Aube Dorée, parce qu’ils ne sont pas le LAOS, qu’ils ne sont pas Karatzaferis, qu’ils ne sont pas comme les autres groupes d’extrême-droite qui ont existé en Grèce, n’ont jamais caché, même aujourd’hui, qu’ils se réclamaient du national-socialisme. Dans un texte récent, le dernier qu’ils ont publié, il y a deux ou trois semaines sur leur site, auquel tout le monde peut avoir accès et qui s’appelle 'notre idéologie', ils expliquent clairement ceci – avec des détails que je trouve inquiétants : leur identification au national-socialisme allemand et leur différences avec le fascisme. Leurs positions sont très claires : bien sûr, quand ils ont affaire un large public à la télévision ils disent juste « nous sommes nationalistes » dans le but d’éviter toute autre question."

En se définissant elle-même, Aube Dorée ne fait pas que répéter qu’elle est à peine nationaliste et que ses membres ne sont pas néo-nazis, mais ils parsèment également leurs discours avec des références aux régimes autoritaires qu’a connu la Grèce moderne, tel que la dictature de Metaxas, le régime extrêmement conservateur qui a émergé de la Guerre Civile des années 1950 et la Dictature de la Junte entre 1967 et 1974. Dimitris Psarras doute cependant qu’aucun de ces régimes ne représentent en réalité leur vrai ancêtre idéologique.

Aube Dorée : une organisation nazie qui se réfère à la dictature

"A mon sens, aucun de ces régime ne comprend les éléments fondateurs d’Aube Dorée. Depuis le tout début, depuis 1980, Aube Dorée, qui a sa fondation était un cercle de discussion sur le national-socialisme, était une organisation Nazie. Bien sûr, pour éviter d’être taxé de germanophiles ou d’être affilié à l’Allemagne, avec toutes les connotations que ça peut avoir en Grèce, ils ont pris garde de se référer à Metaxas, à la dictature, au régime conservateur post-guerre civile. Soit. Mais si vous regardez leurs écris, vous constatez qu’ils sont critiques à l’égard de Metaxas, parce qu’il n’a pas accepté, parce qu’il n’a pas réussi à créer un Etat entièrement fasciste à cette époque. Ils sont également critique vis-à-vis de la Junte, parce qu’elle n’a pas adopté comme idéologie, une forme de totalitarisme semblable au Nazisme ou au fascisme."

"Aube Dorée insiste sur le fait d’être antisémite, ce que n’ont jamais été ni Metaxas, ni la Junte, Metaxas avait crée une dictature monarchique et la Junte, une dictature militaire. Metaxas a pourtant essayé d’adopter quelques éléments idéoligiques, mais sans franc succès : il a effectivement essayé avec l’EON (l’organisation nationale de la jeunesse) d’organiser un mouvement jeune, mais tout cela sont des éléments qui s’articulaient autour du régime, qui n’y étaient pas inhérent. De son côté, la Junte a fait peu d’effort par rapport ça. Il y avait un corps national-socialiste dans la Junte mais ils constituaient une minorité, parmi lesquels Kostas Plevris, qui lui, jouait un rôle proéminent. Il y avait peu de putschistes, Ladas et quelques autres, qui avaient profondément embrassé cette idéologie."

Aube Dorée est "sans aucune ambiguïté un groupe national socialiste et Nazi"

"Permettez-moi de vous rappeler ici que Plevris lui-même, quand il a fondé son propre groupe, avant la dictature, l’a appelé le « le parti du 4 août », malgré le fait qu’il était à 100% national-socialiste et qu’il se référait explicitement à Hitler et au Nazisme. Pour résumer, je dirais que toutes ces références historiques sont externes, qu’ils les ont ajouté après et qu’Aube Dorée les a utilisé comme alibi pour nuancer l’impression qu’aurait produit un discours purement national-socialiste, même si ce discours est maintenu. Mais, jusqu’à aujourd’hui, vous pouvez voir, à travers le site des livres recommandés par Aube Dorée, qu’ils sont sans aucune ambiguité un groupe national socialiste et Nazi."

Note de la rédaction : le fils de Kostas Plevris est actuellement député du parti Nouvelle Démocratie d'Antonis Samaras. La droite dite "conservatrice" a accueilli un certains nombre d'ancien du LAOS lors des dernières élections. Voir ici.


Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Dimitris Psarras est aujourd’hui un spécialiste de l’extrême droite grecque. Il a consacré une part considérable de son travail à rechercher les mouvements d’extrême droite et fascistes en Grèce. Il a publié en 2012 un livre qui fait aujourd’hui autorité : "Le Livre noir d’Aube Dorée", dans lequel il ne fait pas que présenter l’histoire du parti néo-nazi grec, mais où il inclue également des coupures de journaux, des extraits issus de livres et de divers documents, non accessibles au grand public.

Il a également publié il y a quelques années un livre à propos du parti d’extrême droite ayant précédé à Aube Dorée au Parlement Grec, le LAOS, l’Alerte Populaire Orthodoxe, sous le titre de "La main secrète de Karatzaferis".