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Dimitris Psarras : « Les idées d’Aube Dorée étaient latentes en Grèce depuis la fin de la dictature »

21 mai 2013

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Comprendre les origines d’Aube Dorée avec Dimitris Psarras, spécialiste de l’extrême droite en Grèce et auteur de l'ouvrage de référence, le "Livre noir d’Aube Dorée" - Partie 1


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Rbnews

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Dimitris Psarras, explique à Radiobubble international comment son investissement dans l’équipe de journalisme d’investigation "Ios” fut un facteur clé des éléments qui l’ont amené à écrire son livre et pourquoi selon lui, Aube Dorée n’est que la continuité logique des idées fascistes qui circulaient en Grèce après la chute de la dictature.

Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Ce texte est la transcription des propos de Dimitris Psarras interviewé par Theodora Oikonomides sur Radiobubble dans le cadre des émissions sur le fascisme et l'antifascisme en Grèce.

Article publié en partenariat avec Radiobubble.

Crédit photo : omniaTV

Transcription par Lydia.


Ios, une équipe de journalistes indépendants

« Ios est une équipe de journalistes fondée en Mai 1990, mais l’équipe en elle-même, les personnes qui la composaient ont commencé à travailler ensemble bien plus tôt. Nous appartenons depuis la fin des années 70 à la même organisation politique appelée B’ Panelladiki, qui s’est séparée de Rigas Ferraios, une organisation jeune. En 1983, nous ainsi que quelques amis et, disons, des personnes qui avaient plus ou moins les mêmes préoccupations que nous, avons fondé un magazine nommé 'Scholiastis' (Commentateur). »

« Ce magasine a été lancé le premier avril 1983 et nous avons continué jusqu’au premier avril 1990. Juste après ça, nous avons eu cette idée ; certains d’entre nous avaient créé un prototype. Quelque chose qui était tout près, la mise en page était faite : nous somme allés le proposer au journal Eleftherotypia. A l’époque il y avait une sorte de compétition entre les journaux du dimanche avec des offres spéciales, des idées nouvelles etc. surtout entre To Bima et Eleftherotypia, qui sont les deux plus importants journaux. Le directeur de l’édition du dimanche d’Eleftherotypia, Serafeim Fyntanidis, s’est montré très enthousiaste à propos de notre idée et nous a donné quatre pages, dont nous pouvions disposer dans les pages d’Eleftherotypia. »

« C’est ainsi que Ios commença, avec un sujet par semaine, que nous étions supposés analyser à travers différents angles. Notre premier sujet, pour vous donner un exemple, était 'Révolution et Alcool'. Après ça, beaucoup d’encre a coulé. Nous avons couvert différents sujets avec toujours la même équipe initiale. Nous avons connus quelques petits changements mais nous sommes restés la même équipe, toujours indépendante vis-à-vis du journal qui hébergeait nos plumes, qui est aujourd’hui Efemerida ton Syntakton, le journal des rédacteurs. »

Le "livre noir d'Aube Dorée" : le résultat des recherches des journalistes de Ios

« Concrètement, il y a beaucoup de passages du livres qui viennent des reportage qu’on a pu faire. Quelques uns, la plupart en fait, étaient publiés dans Eleftherotypia – mais nous avions ce luxe, que certains de nos confrères n’ont pas, précisément parce que nous travaillions en équipe : nous avions nous propres bureaux, nos propres équipements, nos propres fichiers, ce qui fait que pour chaque sujet sur lequel nous nous penchions, nous réunissions le matériel et nous faisions d’intenses recherches. »

« Nous avions plus de contenus que ce que nous publiions à la fin. Tout ce matériel, qui débute depuis les premiers manifestes et les publications d’Aube Dorée dans les années 1980 – sur lesquels il est impossible de mettre la main aujourd’hui, alors qu’à l’époque on pouvait les trouver sans grande difficulté – tous les contacts que nous avions pris, toutes les interviews que nous avions réalisées et que nous n’avons pas publiées, tout ce matériel m’a évidemment beaucoup aidé pour écrire ce livre. »

Parler des supporters de la Junte « parce que nous l'avions vécue »

« Le fait que nous voulions parler des supporters de la Junte, des fascistes et ce genre de personnes, est quelque part lié à l’âge de deux des membres fondateurs de Ios – le troisième membre, Kostopoulos, est plus jeune, mais Trimis et moi avons vécu la Junte et le Metapolitevsi, la transition démocratique, et cette expérience nous a marqué. Et très souvent même nos directeurs, sans vouloir changer ce que nous écrivions, étaient un peu agacés par ça, en un sens. Ils disaient : « Quoi ? Vous allez encore parler de ça ? Mais qui veut entendre parler encore et toujours de ce problème ? » Mais en définitive, il s’est avéré que tout le monde aurait du prendre ces préoccupations plus au sérieux.  »

« Il y avait ce mythe, qui circulait en Grèce pendant le Metapolitevsi (la transition démocratique), que l’extrême droite ne pourrait plus jamais percer en Grèce après la chute de la dictature, que, quelque part, nous étions vaccinés à jamais contre le racisme, la xénophobie et l’extrême droite, après cette expérience collective qu’a dû subir notre société. Il est vrai que, comparé à certains autres pays d’Europe de l’Ouest, il nous a fallu attendre plus longtemps pour voir l’émergence d’une extrême droite en Grèce à un niveau électoral. C’est quelque chose qu’on peut aussi observer en Espagne et au Portugal, qui sont sortis de la dictature à peu près au même moment que la Grèce.  »

Les idées de l'extrême droite présentes dans les principaux partis

« Cependant on peut voir que cette extrême droite, pas nécessairement en termes de force électorale ou en termes de groupes organisés, mais surtout sur le plan des idées, de la réflexion et des comportements était présente et s’immisçait dans les principaux partis. Nous avons commencé à nous sentir concernés par l’extrême droite parce que nous pouvions voir le racisme, l’antisémitisme, l’ambition de développer un Etat fort et, en fin de compte, anti-démocratique qui allait contre les droits des travailleurs.  »

« Tous ces indices existaient, principalement dans le parti de la Nouvelle-Démocratie, mais aussi, d’une façon différente, au PASOK. Ces phénomènes, au moment où Ios débuta, au début des années 1990, avec l’exacerbation du nationalisme qui s’est manifesté à propos de la Macédoine, ces manifestations à propos du nom de la Macédoine, ont permis à ces idées de se diffuser parmi une grande partie de la population électorale. C’est ça qui a constitué notre motivation.  »

Un théoricien du nazisme dans les écoles grecques

« Pour vous donner un exemple, à ce moment là, en 1992-1993, Kostas Plevris, le père de l’actuel parlementaire qui est également un théoricien bien connu du nazisme grec, faisait le tour des écoles, sur invitations des enseignants, pour expliquer aux élèves ce qu’était la Grèce, ce qu’était notre Nation, pourquoi nous étions contre la "crasse" de Skopje etc. »

« En d’autres termes, à cette époque, alors qu’il n’y avait pourtant pas de force d’extrême droite visible, pour ne pas parler de force nazie comme aujourd’hui, de telles idées circulaient largement dans notre société.  »


Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Dimistris Psarras (photo OmniaTV)

Dimitris Psarras est aujourd’hui un spécialiste de l’extrême droite grecque. Il a consacré une part considérable de son travail à rechercher les mouvements d’extrême droite et fascistes en Grèce. Il a publié en 2012 un livre qui fait aujourd’hui autorité : "Le Livre noir d’Aube Dorée", dans lequel il ne fait pas que présenter l’histoire du parti néo-nazi grec, mais où il inclue également des coupures de journaux, des extraits issus de livres et de divers documents, non accessibles au grand public.

Il a également publié il y a quelques années un livre à propos du parti d’extrême droite ayant précédé à Aube Dorée au Parlement Grec, le LAOS, l’Alerte Populaire Orthodoxe, sous le titre de "La main secrète de Karatzaferis".