5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Antonis Samaras en Chine pour attirer les investisseurs

20 mai 2013

Politique Antonis Samaras Grèce privatisation

Accompagné d'une délégation de plus de 70 hommes d'affaires, le Premier Ministre grec a passé cinq jours en Chine afin d'attirer les investissements chinois : onze accords ont été conclus.


1329 mots   672       Comments

« Je suis si aujourd'hui, devant vous, parce que je peux vous regarder droit dans les yeux et vous dire que, avec tout ce qui a été réalisé entre nous depuis longtemps, il est temps de l'élargir, et de continuer. Peu importe ce qui n'a pas marché, on peut le réparer et réussir. »

Le premier ministre Antonis Samaras en Chine ( Photo: Jason Lee-Pool/Getty Images)

Le premier ministre Antonis Samaras en Chine (
Photo: Jason Lee-Pool/Getty Images)

Lors d'un long discours à l'Académie chinoise des sciences, Samaras a fait la promotion de son pays et a tout mis en œuvre pour persuader la Chine de continuer à investir en Grèce. Dans un premier temps, il a rappelé son attachement et son intérêt pour la Chine et sa grande richesse culturelle. Il a longuement insisté sur les ressemblances de ces deux pays qui n’ont à priori rien en commun.

Bien que la Grèce et la Chine diffèrent sur de nombreux points, comme leur système politique et social, leur taille, leur localisation et bien évidemment leur situation économique actuelle, les deux pays sont, selon lui, plus proches que l'on peut le supposer sur une longue perspective. Il voit en effet un parallèle entre la culture chinoise et la culture grecque qui datent toutes les deux de l'Antiquité et qui ont donné « une signification aux sociétés humaines, au-delà des frontières et à travers les époques ».

Il a ensuite expliqué l'intérêt du rapprochement de ces deux pays qui vise également à aboutir à une coopération approfondie sino-européenne. D'ailleurs, le Premier Ministre grec a rappelé que lors du premier semestre 2014, la Grèce occupera la présidence de l'Union européenne et a promis de tout mettre en œuvre pour guider et approfondir la coopération entre les deux entités.

La Grèce jouit du fait qu'elle est une porte ouverte sur l'Europe pour la Chine et bénéficie de la plus grande flotte mondiale et de nombreuses infrastructures pour le commerce. Samaras en appel cependant à la Chine pour l'amélioration des routes commerciales ; la volonté profonde de la Grèce étant la participation chinoise dans le large plan de privatisation prévu.

La Grèce a donc besoin de la Chine dans ce plan de privatisation mais Samaras a démontré à ces potentiels partenaires que cet investissement sera tout autant bénéfique pour eux, il a fait alors la liste des points forts de son pays qui pourraient intéresser la Chine :

- Un littoral unique et de nombreuses îles qui offrent de larges opportunités pour toutes sortes d'activités économiques ;
- La richesse de sa biodiversité ;
- La qualité (à défaut de la quantité surtout pour un pays immense comme la Chine) des produits grecs comme l'huile d'olive, les poissons, les fruits et les légumes,.. ;
- Les monuments historiques et les sites archéologiques dans toutes la Grèce, très attractifs pour le tourisme ;
- Un fort potentiel en capital humain malgré la fuite à l'étranger de nombreux talents grecs et de leur savoir faire du fait de la crise. A. Samaras a assuré que le souhait le plus cher de ces personnes est de retourner travailler dans leur pays natal et l'investissement chinois en Grèce pourrait permettre à de nombreux grecs d'apporter leurs compétences ;
- La qualité de l'enseignement, d'où l'importance de « joindre nos forces » et de promouvoir les échanges scolaires et culturels ;
- La position géopolitique de la Grèce qui est à la fois ancrée dans la zone euro mais qui est aussi la liaison avec de nombreux autres pays. Ainsi la Chine ayant un fort intérêt pour le Moyen-Orient et pour l'Afrique, la Grèce promet d'être un intermédiaire ;

Samaras a ensuite tenu à souligner le soulagement pour la Grèce de l'implantation chinoise qui a déjà débuté depuis quelques années, avec notamment l'entreprise Cosco au Pirée dont le Premier Ministre souhaite l'agrandissement. Il a assuré qu'il pensait à cette compagnie et s'en réjouissait lors des moments difficiles que traversait la Grèce. Selon lui, c'est en grande partie grâce à la Chine que la Grèce « commence à s'en sortir » et qu'elle est toujours dans la zone euro, c'est pourquoi une aide approfondie serait bénéfique.

Enfin, il a vanté le redémarrage de la Grèce que « tout le monde reconnaît ». Les deux tiers du plan de consolidation fiscale ont été établis et il rajoute fièrement que c'est le plan le plus ambitieux jamais connu et la plus importante restructuration d'une dette de l'histoire. D’après lui, cela n'a pas toujours été facile mais la Grèce a su montrer sa crédibilité.

Il a conclu son discours en résumant simplement : « Nous voulons que la Chine fasse partie de ce succès ».

L'intérêt de la Chine et le début des accords

Une réunion importante avec le premier ministre de la République populaire de Chine a eu lieu le Jeudi 16 Mai. Ce fut l'occasion pour la Chine d'assurer à la Grèce son intérêt pour la poursuite des investissements dans les infrastructures, le commerce,les transports maritimes et la culture.

Après la réunion, de nombreux contrats de coopération ont été signés. Parmi les projets prévus, on trouve une expansion dans le Pirée de la compagnie chinoise Coscos et l'investissement chinois dans les voix ferrées grecques. La Chine a également exprimé son intérêt dans les ports et les aéroports et son souhait de poursuivre le chemin entamé depuis quelques années.

On compte également des accords entre la Banque de développement chinoise, l'agence d'investissement grecque et l'agence de privatisation pour la vente des biens étatiques, le développement du tourisme, la mise en place d'un centre de recherche et de coopération avec les étudiants et les universitaires ainsi que des investissements dans la télécommunication par la compagnie chinoise Hatzidakis.

Le vendredi 17 mai, A. Samaras a rencontré le Président de la République populaire de Chine Xi Jinping. Ce dernier a confirmé la nécessité de renforcer les échanges bilatéraux et d'approfondir la coopération entre ces deux pays “de vieilles civilisations”. L’objectif étant, par des intérêts réciproques, d’établir un partenariat stratégique. Enfin, Xi Jinping a félicité la Grèce de ses efforts face à sa dette souveraine et affirme que la Grèce est l’un de ses meilleurs partenaires au sein de la zone euro.

Permis de séjour et nationalité grecque pour les investisseurs chinois

Lors d’une réunion d’affaire le samedi 18 mai (la dernière avant la fin de son voyage officiel), Samaras a déclaré que tout citoyen chinois qui investirait une somme supérieure à 250.000 euros sur le territoire grec obtiendrait, directement et sans aucun autre critère, un permis de séjour d’une durée de cinq ans. Il envisage également de donner la nationalité grecque à tous les grands investisseurs chinois pour en attirer de plus en plus.

Encore une fois, le Premier Ministre a rappelé la nécessité et le bénéfice partagé d’unir les forces de la Chine et de la Grèce.

« C’est la dernière étape de mon voyage, cependant, j’ai la ferme conviction que c’est le début d’un nouveau chapitre plus prospère dans l’histoire de nos peuples ».

Le séjour ce sera finalement soldé par 11 accords de coopération commerciale et un communiqué commun où chaque partie a exprimé sa satisfaction.

A. Samaras a poursuivit dimanche sa tournée en Azerbaïidjan où il devait discuter à propos du Trans Adriatic Pipeline (TAP). Il faut rappeler que la compagnie pétrolière étatique d’Azerbaïdjan est l’un des acheteurs potentiels du réseau d’exploitation grec de gaz naturel, DESFA.