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Qui a crié « Heil Hitler » au parlement grec ? Les faits et les réactions

18 mai 2013

Politique Aube Dorée DIMAR Grèce parlement PASOK Syriza

Des propos nazis criés dans le parlement, une vidéo qui ne permet pas d'identifier les coupables : un nouvel acte dans la crise politique grecque.


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Une séance parlementaire houleuse, une expulsion, « Heil Hitler » prononcé plusieurs fois et des députés de l'Aube Dorée et du SYRIZA qui se renvoient les responsabilités.

La vidéo des événements au parlement ne permet malheureusement pas de prouver qui a prononcé les propos nazis. Okeanews revient sur les faits et les déclaration après ce nouveau coup d'éclat théâtral du parlement grec.

Panagiotis Iliopoulos

Panagiotis Iliopoulos - le député de l'Aube Dorée lors de son expulsion du parlement le 17 mai 2013

Une séance parlementaire houleuse

D’emblée, P.Iliopoulos accuse « Mister Alexis » (comprenez « Alexis Tsipras ») de « dormir du sommeil du juste et de rêver de devenir premier ministre ». Excédé par le ton méprisant du député, Ionnis Dragasakis (SYRIZA), qui présidait l’assemblée, l’avertit qu’il va mettre en application la mesure du règlement qui l’autorise à exclure tout membre du parlement manifestant un comportement anti-parlementaire.

Mais le député de l’Aube Dorée insiste, et fait même dans la surenchère  : « Allez, bande de minables », lâche-t-il en direction des députés du Syriza, qu’il qualifie de « troupeaux de chèvres ». Puis, se tournant vers le vice-président de la séance : « Le gang, ce n’est pas l’Aube Dorée, mais le Syriza auquel vous appartenez, Monsieur le président ! »

Ionnis Dragasakis estime que les expressions utilisées par le député sont une insulte au fonctionnement de l’institution parlementaire et à la personne d’Alexis Tsipras. Il lui lit donc la mesure autorisant son exclusion et ordonne son application immédiate. « Partez, avant qu’on ne vous oblige à le faire ! » lance-t-il à Panagiotis Iliopoulos. L'Aube Dorée accuse le Syriza d'avoir crié « Heil Hitler »

Taulé du côté des députés de l’Aube Dorée, qui se lèvent tous pour suivre celui qui est exclu. C’est à ce moment précis que l’on entend un premier « Heil Hitler », puis un deuxième, puis un troisième.

Panique dans la salle : le brouhaha domine tout le reste. Tout le monde parle en même temps. Les uns protestent, les autres approuvent… et le parti de l’Aube Dorée saura très vite se servir de cette confusion. Il publie dès la fin de la séance une déclaration :

« Nous dénonçons cette nouvelle attaque, perfide et diffamatoire, contre l’Aube Dorée, colportée par les médias instrumentalisés par le système. L’objet de la controverse, à savoir la phrase provocatrice « Heil Hitler », a été prononcée par le député du Syriza Kontonis Stauvros. Nous réclamons de la part des perruches du système, qui ont lié l’Aube Dorée à la phrase incriminée, qu’elles retirent immédiatement leurs propos, sinon elles en subiront les conséquences juridiques pour calomnie, accusations mensongères et diffamations. »

Le député du Syriza répond aux accusations de l’Aube Dorée

Interrogé sur Vima 99.5, le député du Syriza, M.Kontonis, a réfuté les accusations de l’Aube dorée :

« On vient de m’informer de cette histoire. J’étais bien dans la salle. Sincèrement, je suis surpris par le culot de ces gens. Que dire ? Les députés du Syriza se sont plaints de leur attitude. Monsieur Dragasakis était à la tribune présidentielle à ce moment-là. Il a pris des mesures contre les horreurs qu’ils ont prononcées dans la salle. Ils essayent maintenant (ils ne manquent pas de culot), de déplacer le problème. A un moment on a entendu du côté des députés de l’Aube Dorée un « Heil Hitler » et les députés du Syriza ont dit à la présidence : « Heil Hitler ? Comment osent-ils ? »

M. Kontonis a ensuite déclaré que ce qui s’était passé le matin même était « du jamais vu ». Effectivement, une telle mesure n’avait plus été appliquée au parlement grec depuis près de 20 ans.

Le député du Syriza a profité de l’occasion pour rappeler que l’avant-veille, Christos Pappas, qui pourrait bien être l’auteur du premier « Heil Hitler » prononcé à la séance parlementaire du matin (mais cette information n’est pas encore confirmée), a reconnu que le texte faisant l’apologie d’Hitler était un de ses « écrits de jeunesse ». Il conclura ce « rappel » par ceci :

« Ils cachent délibérément des choses parce qu’ils veulent montrer autre chose que ce qu’ils sont ».

Enfin, M.Kontonis, pour clore son intervention, a déclaré :

« Le premier « Heil Hitler », c’est quelqu’un de l’Aube Dorée qui l’a crié. Ça a fichu une sacrée pagaille, ça criait et à la fin j’ai dit moi aussi « Et en plus vous nous tirez dessus à boulets rouges avec vos « Heil Hitler ! »

Les députés de l’Aube Dorée n’en sont pas à leur premier coup

Ce n’est pas la première fois que les députés de l’Aube Dorée Panagiotis Iliopoulos et Christos Pappas se font sinistrement remarquer. Il y a 8 mois, P. Ilioloupos s’est vu privé de son immunité parlementaire suite aux attaques violentes perpétrées contre des vendeurs immigrés dans lesquelles il avait été impliqué. Son tatouage au bras gauche n’est pas non plus passé inaperçu… On peut y lire « Sieg Heil », le tristement célèbre salut nazi, inscrit dans sa chair en caractères gothiques (voir ici )

Christos Pappas, quant à lui, s’est fait piéger à la séance parlementaire du 16 mai par le député du Syriza M.Tatsopoulos, qui, en réponse à la demande de levée de son immunité parlementaire qu’avaient formulé les députés de l’Aube Dorée à son encontre, a cité un extrait d’un ancien numéro du journal de l’Aube Dorée, rédigé par Christos Pappas lui-même, et qui faisait l’apologie d’Hitler.

Il y a fort à craindre que la réaction du député de l’Aube Dorée reste dans les annales : « Nous remercions vivement M.Tasopoulos de nous rappeler nos écrits de jeunesse. Que pouvons-nous y faire ? Le nationalisme c’est la jeunesse du monde, et le futur du monde lui appartient. »

Vives réactions du SYRIZA

Les provocations de l’Aube Dorée étaient presque devenues une (mauvaise) habitude en Grèce, mais hier, cette énième injure, qui intervient dans un contexte où la Grèce, rappelée à l’ordre notamment par le Conseil de l'Europe, se doit d'être particulièrement vigilante aux « dérapages » racistes, les réactions de la classe politique ont été nombreuses. Le Syriza, principal intéressé, a été le premier à réagir par communiqué :

« Les partisans du nazisme dans la société grecque, peu de jours après que furent révélés au parlement leurs textes faisant l’éloge d’Adolph Hitler, ces mêmes écrits qu’ils ont salués comme le fruit de leur jeunesse, ont tenté aujourd’hui, avec des méthodes de propagande abjecte, de nous calomnier et de nous traîner dans la boue, conformément à leur théorie du «il en restera toujours quelque chose ».

Ce même jour, ils ont attaqué le vice-président du parlement d’une manière insultante et complètement contraire au règlement du parlement et de l’éthique politique et ils ont parlé vulgairement au président et aux députés du Syriza, pour finalement me reprocher des cris et des paroles imaginaires qui sont en fait les leurs et ne proviennent que d’eux-mêmes. Mais leur communiqué les démasque.

Nous, les députés du Syriza, protestons pour la deuxième fois cette semaine contre les références à Hitler faites dans le parlement d’un pays qui a souffert du nazisme. Et chaque interprétation contraire des événements proposée par l’Aube Dorée vient directement de la fange de sa propagande de désinformation. »

DIMAR et PASOK : la coalition réagit 

Ensuite, DIMAR (parti de la Démocratie de Gauche) a également publié un communiqué dans lequel on pouvait lire :

« L’Aube Dorée, quand elle ne commet pas d’attaques meurtrières contre des citoyens sans défense, cherche à faire dégénérer les institutions. »

Plus loin, DIMAR déclare :

« Le député de l’Aube Dorée Panagiotis Iliopoulos, mais aussi les autres députés de l’Aube Dorée qui étaient présents ont essayé de transformer l’assemblée parlementaire en arène remplie d’insultes et d’attaques virulentes. Mais leur tentative a échouée. Le parlement a des règles bien précises que tous ses membres sont tenus de respecter. »

Et enfin :

« Pour la énième fois, l’Aube Dorée a montré son vrai visage. Quand ses membres ne se livrent pas à des attaques meurtrières contre des immigrés sans défense par des actions illégales, elle cherche à faire dégénérer les institutions.

L’Etat et les citoyens progressistes du pays doivent se défendre. Cette réaction démocratique servirait aussi le projet de loi antiracisme du ministère de la justice »

Même le PASOK, qui pourtant, depuis sa défaite cuisante aux dernières élections, faisait profil bas vis-à-vis des partis de gauche, s’est fendu d’un communiqué, rédigé par son secrétaire général du groupe parlementaire, Giannis Maniatis :

« Une fois de plus, nous avons malheureusement vu le visage hideux du nazisme au parlement grec. La décision d’expulser P. Iliopoulos était une décision juste, mais ça ne suffit pas.»

Il conclut en espérant que « tout le monde aura compris la nécessité d’une coopération entre les forces de « l’arc constitutionnel », dont les premiers pas pourraient être marqués par l’adoption du projet de loi contre la violence et le racisme, basé sur la proposition du PASOK. »

Il n’y a aucun moyen de vérifier qui a lancé le premier « Heil Hitler » : Un député de l’Aube Dorée (sans aucun doute quand on connait les voix des hommes et femmes politiques grecs) ? Christos Pappas, comme il a été dit ? Ou encore un député du Syriza, excédé et ironisant sur le comportement de l’Aube Dorée ?

Il n’y a aucune image permettant de le vérifier. Le parlement n'a diffusé à ce jour les images que d’une seule caméra qui ne montre pas systématiquement ceux qui prennent la parole. Il est de la responsabilité du président du parlement de rendre public les images des autres caméras. Mais M. Meimarakis (Nouvelle Démocratie) n'a à ce jour donné aucune information sur ce sujet. Un manquement à l'heure où le parti néo-nazi, qui, depuis son entrée au parlement, est classé 3ème dans tous les sondages depuis les dernières élections.

Quoiqu’il en soit, ce « dérapage » devrait susciter de nouvelles réactions de la part des partis politiques.

Le parti du Premier Ministre Antonis Samaras, actuellement en voyage en Chine, ne semble pas avoir encore réagit. Okeanews publiera les réactions des autres partis dès qu'elles seront connues.

A suivre ...