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Dimitris Alithinos, artiste politique

16 mai 2013

Culture dictature Grèce

Artiste contestataire pendant la Junte, Dimitris Alithinos reste d’une actualité désarmante


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Une femme, nue, accroupie, pisse dans le casque d’un officier de police. A travers cette sculpture subversive c’est l’immense talent de Dimitris Alithinos et son (non moins immense) esprit contestataire qui s’expriment. Ses thématiques furent celles de la fin du 20e siècle et pourtant, les œuvres d’Alithinos gardent toute leur force dans la Grèce d’aujourd’hui.

Oeuvre présente au musée d'Art Moderne d'Athènes (EMET) à l'occasion d'une rétrospective sur Alithinos (photo © Lydia/Okeanews)

Oeuvre présente au musée d'Art Moderne d'Athènes (EMET) à l'occasion d'une rétrospective sur Alithinos (photo © Lydia/Okeanews)

Dimitris Alithinos nait en 1945 à Athènes, où il étudie la peinture à l’école des Beaux-Arts. Profitant de la naissance de l’Europe et des espoirs qu’elle suscitait, il part poursuivre ses études d’art à Rome et à Paris où il prend goût aux voyages et aux relations interculturelles dans un climat d’avant-garde artistique et intellectuel. Mais de retour dans son pays, l’atmosphère n’est pas aussi légère. Depuis 1967 sévit la dictature des colonels, portés au pouvoir par un coup d’état le 21 avril. C’est cependant à cette période, dans les turpitudes d’un régime autoritaire, que Dimitris Alithinos fait ses premières expositions. Influencé par la tendance moderniste il tient à tisser un lien profond entre l’art et la vie, et présente ses travaux sous forme de performances éphémères, souvent dans des espaces publics : parcs, trottoir, forêts, stations de métro etc. Dimitris Alithinos étonne, ravit et parfois même dérange, dans un contexte où émergent dans le débat public des questions comme la place de l’art en temps de doutes.

Oeuvres présentes au musée d'Art Moderne d'Athènes (EMET) à l'occasion d'une rétrospective sur Alithinos (photo © Lydia/Okeanews)

Oeuvres présentes au musée d'Art Moderne d'Athènes (EMET) à l'occasion d'une rétrospective sur Alithinos (photo © Lydia/Okeanews)

Dans les années 70 son travail est marqué par des œuvres audacieuses, provocantes et politiques. Autour d’objets du quotidien ou du corps humain, Dimitris Alithinos explore les limites de l’humanité, celle de l’oppression des peuples et questionne la liberté. Autant de thématiques qui sont toujours d’actualité aujourd’hui, et qui sonnent décidément juste. Mêlant à ses sculptures des effets mécaniques ou des sons, Alithinos (le ‘’vrai’’ en grec) fait naître en nous peur, doutes, incompréhension : nos émotions les plus secrètes sont projetées dans les travaux de l’artiste.

Entre art et réalité, le pas est franchi quand un homme – un vrai – sort d’une construction en forme de livre et qu’il glisse dans nos mains quelques graines. Dans un tout autre registre, mais en témoignant tout autant de son esprit critique, Alithinos s’attaque un peu plus tard à la société de consommation et à la culture de masse, dans une approche cynique proche de celle de Marcel Duchamp et du pop art américain. Alithinos s’attaque aux publicités qui, dans des formats gigantesques, assaillent le spectateur par ses couleurs criardes et ses slogans menteurs.

Oeuvre présente au musée d'Art Moderne d'Athènes (EMET) à l'occasion d'une rétrospective sur Alithinos (photo © Lydia/Okeanews)

Oeuvre présente au musée d'Art Moderne d'Athènes (EMET) à l'occasion d'une rétrospective sur Alithinos (photo © Lydia/Okeanews)

Faisant preuve, toujours, d’une créativité au service de son esprit critique et de sa liberté de ton, Alithinos s’engage sur divers pistes : Les Dissimulations, en 1981, un travail mystérieux pour lequel l’artiste parcourt le monde entier à la recherche d’un universel, d’une œcuménique vérité ou encore La Berceuse de la mélancolie qu’il expose en 2007 pour la première fois : une installation inquiétante et sombre dans laquelle des éléments de la culture de masse américaine s’entremêlent à des mécanismes suggérant la sexualité ou la mort. Déterminé à ne pas nous laisser impassibles, Dimitris Alithinos est à sa façon un agitateur de conscience.

"La berçeuse de ma mélancolie", Alithinos, 2007 (photo © Lydia/Okeanews)

"La berçeuse de ma mélancolie", Alithinos, 2007 (photo © Lydia/Okeanews)