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Médecins du monde : "Le traitement des immigrés en Grèce est préoccupant"

14 mai 2013

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Nathalie Simonnot, à la Direction du Réseau International de Médecins du Monde dénonce l’utilisation des immigrés comme bouc-émissaires en Grèce


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Nathalie Simonnot est catégorique, il n’y a pas de crise humanitaire en Europe et la situation de la Grèce est loin d’être aussi alarmante qu’un pays réellement frappé de crise humanitaire. Cependant, les traitements infligés aux immigrés et le comportement de la police sont autant de points qui l’alertent et qu’elle dénonce.

Médecins du Monde en Grèce, à Athènes, en mars 2012, lors de leur participation au projet pour les sans chez-soi (photo  ©Giorgos Moutafis]

Médecins du Monde en Grèce, à Athènes, en mars 2012, lors de leur participation au projet pour les sans chez-soi (photo ©Giorgos Moutafis]

« Il faut faire attention aux mots, déclare Nathalie Simonnot de la Direction du Réseau International de Médecins du Monde. La Grèce n’est pas dans une situation de crise humanitaire. La Grèce connait certainement une crise économique, une crise sociale et une crise morale. Mais il n’y a pas à proprement parler une crise humanitaire. »

Selon Nathalie Simonnot, en charge du Réseau International de Médecins du Monde, il n’y a pas de crise humanitaire en Grèce. « La Grèce n’est pas en guerre, elle n’est pas non plus sujette à une catastrophe naturelle explique-t-elle. Et si Nikitas Kanakis, à la tête de la section grecque de Médecins du Monde, l’a évoqué une fois, l’expression a surtout été utilisée par les journalistes. »

Si la Grèce ne connait pas de crise humanitaire, on doit néanmoins s’inquiéter du sort des réfugiés en Grèce. « Prenons l’exemple de Patmos, où je vais régulièrement, il y a 3044 habitants ; dernièrement, plus de 6000 étrangers y ont transité. Clairement, le pays étouffe sous l’immigration, il y a forcément un moment où ce n’est plus possible d’accueillir des immigrés. Et pourtant les Grecs étaient, jusqu’il y a quelques années, très hospitaliers. Mais ces derniers temps, entre l’augmentation du nombre d’immigrés et l’aggravation de la crise, la qualité de l’accueil s’est détériorée. »

Nathalie Simonnot dénonce un calcul politique dangeureux : « Il y a en Grèce, ce phénomène insupportable du bouc-émissaire, explique-t-elle. C’est insupportable pour deux raisons. D’abord, pointer systématiquement du doigt les étrangers empêche toute réflexion à propos des vraies raisons de la crise. Ensuite, exacerber la xénophobie et aller jusqu’à tuer des étrangers n’aidera en rien. »

Les violences perpétrées en Grèce à l’encontre des étrangers ou des opposants au système inquiète Nathalie Simonnot, surtout à cause du fait que la police ne protège plus les citoyens. « Ce qui est le plus alarmant, avant même d’évoquer le cas des violences policières, c’est le fait que la police ne protège plus. Les policiers peuvent assister les bras croisés au spectacle d’un homme se faisant tabasser et se contentant de l’amener à l’hôpital quand la flaque de sang à leurs pieds devient trop importante. »

Pour ce qui est des conditions de détention, elles se sont dégradées, mais Nathalie Simonnot le concède, la Grèce n’a jamais brillé dans ce domaine. Elle se souvient d’une de ses visites dans un centre de rétention, il y a quelques années, où Médecins du Monde avait fait venir Papandréou, alors ministre. « Il avait pleuré » raconte-t-elle.

La responsabilité n’est pas seulement celle de la Grèce. C’est celle de l’Europe également et Nathalie Simonnot pointe du doigt le règlement Dublin II, qui oblige les demandeurs d’asile à demander leur statut de réfugié dans le premier pays européen où ils arrivent. Des pays comme l’Espagne, la Grèce ou l’Italie croulent sous les demandes, alors qu’ils ne sont absolument pas des destinations prisées par les immigrés. Comme le montre remarquablement le documentaire Into the Fire, les immigrés en Grèce n’ont qu’une envie : partir. Mais dès qu’ils arrivent à l’aéroport, on les exhorte à faire demi-tour.