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Grèce : un appel à la grève réprimé par le gouvernement

14 mai 2013

Droits de l'homme Politique droit de grève éducation Grèce

De nombreux mouvements de protestation sont prévus cette semaine contre la décision du gouvernement d'utiliser une mesure d'exception pour interdire la grève de l'enseignement secondaire du 17 mai.


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Le 28 Avril, le Parlement grec a voté des nouvelles mesures d'austérité pour satisfaire ses créanciers internationaux. Pour rappel, cette loi votée avec une procédure d'urgence et ne comportant qu'un seul article pour éviter que les députés puissent modifier certaines clauses, prévoit le licenciement de 15,000 fonctionnaires d'ici 2014 dont 4,000 en 2013.

Le ministre de la Réforme administrative, Antonis Manitakis, a annoncé que les fonctionnaires prochainement licenciés allaient être bientôt choisis et que les licenciements ne concernaient pas le plan de mobilité forcé mis en place précédemment qui prévoit déjà le renvoi de 25,000 fonctionnaires.

Ces mesures adoptées prévoient également de grands changements dans le système scolaire secondaire. En effet le ministre de l'éducation a annoncé que dorénavant les enseignants devront faire cours deux heures de plus gratuitement et quatre heures de plus pour les enseignants ayant plus de vingt ans d'ancienneté.

À cela s'ajoute le non renouvellement à la rentrée prochaine des CDD des 10,000 enseignants embauchés cette année ainsi que la mutation de 4,000 autres fonctionnaires de l'éducation. Ces mesures drastiques s'ajoutent à la baisse des salaires des enseignants de 20 à 30% ces dernières années.

Suite à ces annonces, la Fédération des enseignants de l'école publique et de l'enseignement du secondaire (OLME en grec) avait évoqué son intention de faire grève le vendredi 17 mai, date du début des examens pour l'entrée dans les universités, suivie de cinq jours de grèves du 20 au 24 mai.

Le gouvernement n'a pas attendu pour rétorquer et a directement décidé par décret que cette grève n'aurait pas lieu et qu'il utiliserait une mesure d'exception de « mobilisation civile ». C'est une procédure en vertu de laquelle les civils sont mobilisés pour répondre à des menaces nationales. Prévue normalement pour les cas de guerres ou de catastrophes naturelles, elle sert de plus en plus à contrer les mouvements de grève qui visent à prendre une ampleur nationale importante.

De plus, toute personne recevant un ordre « de mobilisation civile » doit obligatoirement s'y conformer sous peine de sanction pouvant aller jusqu'à à la perte d'emploi voire la  prison. Ainsi les enseignants sont priés de rester à leur poste le 17 mai.

Bien que ces nouveaux changements dans l'enseignement vont sûrement handicaper le système scolaire, A. Samaras justifie l'utilisation de cette mesure d'exception pour éviter une « perturbation importante de la vie sociale et économique du pays » et de « graves dangers pour l’ordre public et la santé des candidats participant aux examens d’entrée à l’université ». Le ministre de l'éducation a quant à lui parlé de protéger « le droit sacré » des étudiants aux examens.

Ce n'est pas la première fois qu'un gouvernement grec durant la crise utilise cette prérogative de « mobilisation civile » après des annonces de grèves puisqu'il l'a déjà fait dans le cas des camionneurs en 2010, des travailleurs des collectivités locales en 2011 et des métros d'Athènes ainsi que du transport maritime en 2013. C'est donc la troisième fois cette année que le gouvernement Samaras met en place cette mesure d'exception visant à contrecarrer des mouvements de grèves mais cherchant aussi à « criminaliser » ce moyen d'expression.

« C'est une dérive dictatoriale » dénonce le principal parti d'opposition SYRIZA. Beaucoup insistent sur le fait que cette répression est d'autant plus injuste qu'elle est préventive puisque le mouvement de grève envisagé pour le 17 mai n'aurait pas encore été officialisé avant l’annonce du décret.

"Ils m'ont dit de mettre un uniforme" Une prof manifeste devant le parlement le 13 Mai place Syntagma (Photo @MakisSinodinos)

"Ils m'ont dit de mettre un uniforme"
Une prof manifeste devant le parlement le 13 Mai place Syntagma (Photo @MakisSinodinos)

En réaction, le syndicat OLME a tout de suite appelé les autres syndicats, les élèves et les parents d'élèves à s'opposer à ce décret du gouvernement et plusieurs mouvements de protestations sont prévus ces jours-ci. Une page facebook a également été créée en soutient et a rassemblé en moins de 24 heures plus de 1600 adhérents. Ainsi plusieurs catégories de fonctionnaires notamment dans l'éducation et dans la santé ont cessé de travailler aujourd'hui.

Le syndicat du secteur public ADEDY prévoit également un arrêt de travail de quatre heures jeudi en solidarité aux enseignants et pour dénoncer les pressions exercées par le gouvernement. « C’est notre réponse aux politiques autoritaires du gouvernement contre les enseignants du secondaire. Ces décisions créent une situation explosive dans le secteur de l’éducation, dont les victimes sont les enseignants, mais aussi les étudiants et leurs parents »