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Combien de points de suture peut-on faire sur un visage d’enfant ?

14 mai 2013

Société Aube Dorée Grèce Médecins du Monde racisme

L’histoire d’un jeune Afghan de 14 ans qui était venu en Grèce dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure mais qui a été rattrapé par un escadron de la mort qui lui a tailladé la vie


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Par Anta Psarra, du journal des rédacteurs

Traduction par Christine

VisageEnfantTrente points de suture sur un visage d’enfant, le résultat de la violence raciste aveugle. Un enfant de quatorze ans qui n’a rien fait, sauf exister, a encaissé la  punition nazie sauvage d'un (encore un) escadron d’attaque.

Il était venu en Grèce avec sa mère et le rêve de s’éloigner de l’horreur. Le jeune Afghan s’apprêtait à partir avec sa mère, pour se rendre en Suisse où se trouve son frère. Puisqu’un enfant du Tiers-Monde ne peut pas (dans la légalité) se permettre pareils rêves, la seule voie connue est celle qui consiste à assurer, moyennant gras paiement, la place tant souhaitée dans un avion.

Le petit avait été séparé de sa mère, puisque celui qui organisait leur évasion les avait placés dans des groupes séparés, pour des raisons évidentes. Le groupe de la mère s’est retrouvé à bord et a quitté le pays. Elle était certaine qu’il avait embarqué plus tôt. Enfin, il fut arrêté à l’aéroport et, après avoir passé 20 minutes au commissariat, fut relâché. Il prit le métro pour partir. Il est rentré à la maison où il vivait avec sa mère et avec d’autres familles de réfugiés Afghans, à Athènes.

Ainsi, on a laissé un enfant de quatorze ans seul, sans protection, sans que personne ne se pose la question de savoir où il irait et comment il avait été séparé des siens. Il s’efforçait de trouver une solution quand, dans l’après-midi de lundi dernier, vers 17h30, il prit le métro place Attikis. À un moment donné, il se rendit compte qu’on le suivait. Soudain, il sentit une main sur l’épaule. En se retournant, il vit trois jeunes hommes vêtus de noir.

« Leurs blouses portaient un signe composé de deux petits arbres de laurier qui s’unissaient en bas et entouraient un autre signe », a-t-il décrit. Ils lui demandèrent, en grec, d’où il était et où étaient ses papiers. Dès qu’il dit « Afghanistan », l’un d’entre eux lui donna un coup de pied et le renversa. On lui brisa une bouteille de bière sur le visage et l’utilisa pour le taillader. Le petit, plein de sang, s’évanouit et un passant l’amena à l’hôpital. Là, on lui fit des points de suture, on lui remit une prescription, et on le laissa partir.

Ainsi, l’hôpital, c'est-à-dire, les médecins qui l’ont soigné, ne se donnèrent même pas la peine de s’intéresser pour savoir où pourrait aller un jeune garçon, avec 30 points de suture au visage, blessé et terrorisé. Trop de charge de travail, peut-être, voire l’indifférence sont la raison pour laquelle l’enfant fut abandonné à son sort.

Dans tous les cas, ce jour-là, à ces heures là, les hôpitaux de garde étaient «Evangelismos», «Sismanogleio» et «Aglaïa Kyriakou». Avec l’argent qu’il avait, il acheta les médicaments mais ne savait pas comment s’en servir et ne les prit pas immédiatement. Heureusement, il avait entendu un autre Afghan parler des Médecins du Monde et il savait que leur dispensaire se trouvait au centre d’Athènes. Il s’y rendit deux jours plus tard.

L’enfant portait tant d’entailles et était tellement terrorisé que les médecins, qui sont confrontés tous les jours à des cas similaires, en étaient restés bouche-bée. Ils s’en occupèrent immédiatement, lui donnèrent les médicaments, s’adressèrent au Parquet qui s’occupe des mineurs non accompagnés et prévinrent ses parents pour demander tous les documents nécessaires à la procédure légale de réunion. À présent, l’enfant est sous la protection du Parquet et de Médecins du Monde et son sourire pourrait faire espérer qu’il vivra un peu mieux. Il dit même être optimiste et revoir bientôt sa mère et son frère.

À présent, nous attendons le prochain enfant ou la prochaine femme qui se trouveront sur le chemin des meurtriers anonymes en noir, tandis que le gouvernement – entre autres – se préoccupera des dispositions de la loi antiraciste et de la question de savoir s’il mettra, enfin, en œuvre les conventions qu’il a ratifiées. En attendant, espérons que les Médecins du Monde seront en mesure de poursuivre leur travail héroïque, de prodiguer des soins aux citoyens vulnérables tout en étant confrontés à des menaces, même contre leur propre intégrité physique.

PS. La seule raison pour laquelle la photo est publiée est de provoquer, même avec un retard certain, la réplique de l’État mais aussi celle de toute personne civilisée, face à ce phénomène de l’extrême violence raciste.


Okeanews a récemment rencontré Nathalie Simonnot, à la Direction du Réseau International de Médecins du Monde à Paris. Vous pouvez lire les articles sur le travail essentiel de Médecins du Monde en Grèce ici et là.