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La “Truth Team” de la Nouvelle Démocratie : des faussaires approuvés par le Premier Ministre

29 avril 2013

Politique Traduction Antonis Samaras extrême droite Georges Mouroutis Grèce Nouvelle Démocratie propagande Syriza

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La « Truth Team » de la Nouvelle Démocratie a fait son apparition avant les élections de 2012. Sa mission officielle annoncée était « l'analyse politique ». En réalité, elle est consacrée à la propagande politique au nom de la Nouvelle Démocratie - le parti majoritaire de la coalition gouvernementale grecque, visant à la diffamation des partis rivaux en déformant systématiquement les faits et inventant des soit disant «preuves ». Basée dans les bureaux de la Nouvelle Démocratie et formée par des proches associés du Premier Ministre, la « Truth Team » jouit de son rôle sans équivoque. Encore plus inquiétant, un ancien membre de l'équipe est actuellement à la tête du Service National du Renseignement grec.

La "Truth-Team"

La "Truth-Team"

Adapté d'un article de Mariniki Alevizopoulou et Augustine Zenakos publié dans le numéro 16 du magazine grec Unfollow. La traduction en anglais publiée sur borderlinereports, avec quelques ajouts, a été réalisée par Dimitris Tsapogas, doctorant au département de communication de l'Université de Vienne. La traduction en français à été réalisée par Sido pour Okeanews.

Bien qu'il y ait toujours eu et qu'il y a toujours la tentation de présenter la « Truth Team » comme un groupe de sympathisants de la Nouvelle Démocratie avec aucune relation particulière au parti (comme ils se décrivent eux mêmes), ceci est un mensonge mal dissimulé : la « Truth team » opère dans les bureaux du parti et a été formée par des très proches associés du Premier Ministre Antonis Samaras, dont notamment George Mouroutis, également directeur de l'Office de Presse du Secrétariat Général du Premier Ministre.

L'ADJUDANT M. MOUROUTIS

Lorsqu'Antonis Samaras quitta la Nouvelle démocratie et fonda son propre parti en juin 1993, Politiki Anixi, (littéralement traduit par le printemps politique) , on comptait parmi ceux qui le suivirent un jeune homme inconnu, George Mouroutis. La très courte durée de vie de Politiki Anixi a été l'opportunité pour Mouroutis de trouver sa voie. Aux élections de 1996, Politiki Anixi échoua pour rentrer au Parlement et, bien qu'il continua à exister au moins nominalement jusqu'en 2004, il a disparu de la carte politique- avec son leader, Antonis Samaras.

« Ils avaient un bureau à l'époque sur l'avenue Patision, près du bâtiment du Syndicat Général de Grèce », informe un interlocuteur de l'ancien cercle de Samaras. « Tout le monde est parti. Le seul qui est resté c'est Mouroutis ».

« Pour quelles raisons ? » avons-nous demandé. « Qu'est ce qu'ils ont fait ? ».

« Je ne sais pas » répondit-il. « Peut-être qu'ils se massaient psychologiquement l'un et l'autre. Ils n'étaient pas actifs politiquement, ils n'étaient rien. Ils devaient se dire qu'ils reviendraient sur l'arène politique. C'est tout. «

L'environnement de Samaras- qui n'a jamais été particulièrement large- a la même version : tout le monde est parti et le seul a être resté était G. Mouroutis. Toute cette période entre l'échec de Politiki Anixi et le retour de Samaras à la Nouvelle Démocratie en 2004,G. Mouroutis est resté à ses côtés, même lorsqu'il n'avait aucune responsabilité particulière.

Au delà ses capacités en tant que « masseur psychologiste », G. Mouroutis a eu de plus en plus de travail après 2004. Dès lors jusqu'en 2007, il était le porte-parole de Samaras lorsqu'il était député européen. En 2009, Samaras est nommé ministre de la culture dans les derniers mois du Gouvernement Costas Karamanlis. George Mouroutis l'a encore suivi. Ceux qui l'ont connu à cette époque ont un aperçu de la façon dont il concevait sa position : « C'était impossible qu'un information arrive au Ministre si vous n'aviez pas l'accord de Mouroutis ». Cependant, pendant la même période G. Mouroutis était un membre du conseil exécutif de l'OPAP, société publique de paris sportifs (de février à novembre 2009), et un membre du conseil exécutif d'une autre compagnie qui appartient à l'OPAP, OPAP Services (jusqu'à décembre 2009). En juin 2012, le nouveau Premier Ministre élu Antonis Samaras nomme G. Mouroutis au poste de directeur du bureau de presse du secrétariat général du Premier Ministre.

Georges Mouroutis

Georges Mouroutis

G. Mouroutis a dit qu'il avait travaillé dans le secteur privé dans le passé. Mais en général il reste assez énigmatique sur son parcours, comme on pourrait s'y attendre pour quelqu'un qui a construit sa carrière en tant qu'adjudant. Il y a toutefois un élément sur lequel il est précis : «  Oui, il a eu une compagnie de communication » d'après ce qu'un interlocuteur du secteur privé nous a dit. «  Il fut le seul capable de mener une société de communication à la faillite, à cause de son incompétence. Laissez moi vous rappelez qu'avant la crise, posséder une société de communication permettait de gagner de l'argent de partout. »

Mais il est clair que G. Mouroutis n'était pas intéressé dans ce genre de communication. Son idée était simple : un groupe fermé qui observerait les partis opposés et discréditerait leur message politique, afin de propager le message de la Nouvelle démocratie. Finalement, une équipe de propagande.

MEMBRES DU PARTI OU « AMIS DU PARTI » ?

La « Truth team » a fait son apparition avant les élections nationales. Cependant, elle a suspendu ses opérations après la victoire du parti pour les relancer en novembre dernier. L'intention de tromper est évidente. Même avec la mission déclarée qu'on peut trouver sur leur site on peut déceler cette intention :  "la « Truth team » se veut être une analyse politique qui supporte la Nouvelle Démocratie, sans exprimer le point de vue officiel du partie. Les textes publiés sur le site représentent les opinions de la « Truth team » et non de la Nouvelle Démocratie".

Des « soutiens » sans « exprimer les points de vue officiels »... Après quelques recherches faites par certains blogueurs , en particulier par le blogueur gerogriniaris, il a été découvert que le site de la « Truth Team » partageait le même serveur que que celui du site de la Nouvelle Démocratie avant les élections, sur lequel la « Truth Team » avait aussi crée un partage en ligne pour le Secrétariat des Nouvelles technologies, de la Recherche et de l'Innovation du Parti.

Il était devenu évident que les intervenants de l'équipe étaient ennuyés par cette découverte, pas seulement à cause du fait qu'ils attaquaient désormais le blogueur via les réseaux sociaux, mais aussi parce que depuis cette découverte ils ont été supprimé des sites de la Nouvelle Démocratie et ont supprimé le serveur original. Même le bandeau publicitaire de l'équipe a été supprimé après les élections, après une mise en garde de Takis Baltakos -l'actuel secrétaire général du gouvernement- afin que le parti évite les litiges (ils ont au moins été enlevés de la page d'accueil, mais avec de l'attention on peut les trouver sur le site). Au moment où ce rapport a été écrit, ils n'ont pas eu la chance de tout supprimer : si on va sur le site de la « Truth team » et qu'on met le curseur sur la déclaration de copyright, il apparaîtra le message suivant « ekloges.nd.gr/ truthteam ». (« ekloges » signifie élections en grec et « nd » est l’abréviation pour Nouvelle Démocratie/ Nea Demokratia en grec/ C'était le serveur du parti avant les élections). (après la publication de cet article, le site de la « Truth Team » a été mis en maintenance pendant quelques jours et a sa réouverture tout ceci avait disparu).

La « Truth team » se défendait depuis le début que l'équipe comptait seulement des jeunes compétents qui ont offert leurs services volontairement. Une équipe de volontaires, cependant, n'utiliserait pas la domaine en ligne du parti et ne serait pas logée dans les locaux de la Nouvelle Démocratie sur l'avenue Sygrou. Elle ne serait pas non plus constituée de gens appartenant au cercle fermé du parti d'Antonis Samaras depuis des années.

QUI COMPOSE LA « TRUTH TEAM » ?

G.Mouroutis a toujours dirigé la « Truth Team ». Bien que puissant, son poste en tant que directeur de l'Office de Presse du Secrétaire Général du Premier Ministre ne tient qu'à la faveur de Samaras. La plupart des gens au courant, mais aussi l'appareil de la Nouvelle Democratie, n'accepte pas cela, pas seulement parce qu'il n'est pas à l’origine un membre du parti de la Nouvelle Démocratie, mais de Politiki Anixi, mais surtout parce qu'il arrive régulièrement à créer des conflits même avec les amis et les disciples de la Nouvelle Démocratie. Par exemple beaucoup de gens et surtout des journalistes qui ont de l'expérience pour couvrir les nouvelles liées à la Nouvelle Démocratie n'ont pas apprécié d'être caractérisés par G. Mouroutis d'  « instrument de SYRIZA », le premier parti d'opposition à gauche. D'autres ont critiqué sa façon de gérer la « Truth Team ».

La persistance avec laquelle Mouroutis utilise twitter pour soi disant « réfuter » toutes idées opposées à celle de la Nouvelle Démocratie est particulièrement irritante. En effet, il accuse simplement tout le monde, même les électeurs de la Nouvelle Démocratie, d'être partisan de SYRIZA, il balance parfois des accusations non fondées. Il menace et la plupart du temps il est en lutte contre tout le monde. Les cercles de la Nouvelle Démocratie se plaignent du fait qu'il traînasse toute la journée sur les réseaux sociaux sans rien faire d'autre.

Dimitris Ptochos

Dimitris Ptochos

G. Mouroutis a été rejoint par des proches associés d'Antonis Samaras. Dimitris Ptochos est responsable de la configuration et du soutien technique de la « Truth Team ». A. Samaras a imposé D . Ptochos à l'appareil de la Nouvelle Démocratie en lui cédant une position institutionnelle en 2011, à savoir la tête du Secrétariat des Nouvelles Technologies, de la Recherche et de l'Innovation -oui, le même cité ci-dessus et dont le lien figure sur le site la « Truth team ». D. Ptochos était responsable du déménagement des bureaux du parti sur l’avenue Sygrou, là où est basé la « Truth Team ». Il était également responsable de la mise à jour du logo de la Nouvelle Démocratie et de la création, comme il le dit lui même,  « d'un portail internet moderne et interactif ». Peu après l'accession au pouvoir de la Nouvelle Démocratie, le cabinet a placé D. Ptochos au comité de coordination du e-gouvernement.

Spyros Kapralos

Spyros Kapralos

Un autre contributeur de la « Truth team » est le journaliste Spyros Capralos, qui a été affecté au bureau de presse de la Nouvelle Démocratie après les élections et le transfert de Mouroutis au bureau du Premier Ministre. Mouroutis n'a pas caché son enthousiasme pour son partenaire sur le blog d’extrême droite bien connu « antinews » : « Je veux féliciter M. Spyros Capralos. Un excellent journaliste avec de la morale (ce qui est rare de nos jours), qui a été depuis le début jusqu'à maintenant cohérent avec ses opinions et qui a un très bon curriculum. » Parlant de morale, on peut facilement se prononcer sur la moralité, non pas tant de S. Kapralos, mais de la « Truth Team » ainsi que le parti et le gouvernement qui gouverne la Grèce aujourd'hui. D'autant plus si on prend en considération un autre membre de la « Truth Team », également partenaire proche de A. Samaras : Theodore Dravillas. T. Dravillas a été associé avec la « Truth Team » avant les élections, mais il a été ensuite promu à la direction générale du Service National de Renseignement.

LE TECHNOCRATE M. DRAVILLAS.

Theodore Dravillas

Theodore Dravillas

Th. Dravillas est considéré comme un « technocrate » avec de l'expérience sur le marché IT et les communications numériques. En 2005, il a été nommé vice président de la « Hellenic Telecommunications and Post Communication ». Par la suite, il a été nommé secrétaire générale du ministère de la culture quand le ministre était Michalis Liapis, après que son prédécesseur Christos Zachopoulos ait tenté de se suicider à la suite d'un scandale sexuel. Un poste qu'il a gardé lorsqu'Antonis Samaras a succédé à M. Liapis. Il a été ensuite nommé adjoint du directeur général de la Nouvelle Démocratie.

En Juillet 2012, Th. Dravillas a été nommé directeur général du Service de Renseignement National. A la fois le PASOK et Dimokratiki Aristera, les deux plus petits partis qui forment la coalition avec la Nouvelle Démocratie, ont exprimé leur mécontentement sur le fait qu'une personne - dont les seules qualifications essentielles reposent sur sa proximité avec le Premier Ministre- soit nommée à une place si importante. Mis à part cela , il est facile de comprendre que l'association entre le directeur général du Service d'Intelligence Nationale et l'équipe de propagande du parti au pouvoir soit un problème inquiétant.

LES TACTIQUES DE LA "TRUTH TEAM"

Malgré la revendication d'être un groupe de volontaires, la « Truth Team », sous la direction de G. Mouroulis et D. Ptochos, est composée de membres rémunérés qui observent tout - internet, télévision, radio, presse.

Un cas concret de la manière dont l'équipe fonctionne est celui d'une vidéo comportant des déclarations du député de SYRIZA Vangelis Diamantopoulos, concernant le complexe commercial The Mall. Alors que la vidéo originale comporte des  déclarations du député sur les problèmes juridiques liés à la construction et aux autorisations, la «Truth Team » a édité la vidéo d'une manière qui présente le député comme vouloir inciter à la violence contre The Mall. L'équipe a publié la vidéo en ligne immédiatement après l'attentat qui a eu lieu au centre commercial, calomniant le député comme complice de terrorisme. Ni la «Truth Team », ni G. Mouroutis, ni personne d'autre de la Nouvelle Démocratie n'a jamais nié que la vidéo a été créée dans les bureaux de l'avenue Sygrou.

Simos Kedikoglou

Simos Kedikoglou

Après la distribution de la vidéo par la «Truth Team », le porte-parole du gouvernement  Simos Kedikoglou a repris l'information et a déclaré :

«La déclaration faite par l'anarchiste et pro-terroriste, de son propre aveu, Vangelis Diamantopoulos, qui reste encore aujourd'hui député du SYRIZA, visait le Mall, quatre jours avant l'attaque terroriste et appelle ouvertement ses camarades à prendre les armes ».

Vangelis Diamantopoulos

Vangelis Diamantopoulos

V. Diamantopoulos, qui bien sûr n'avait rien dit de la sorte, est en train de déposer une plainte contre S. Kedikoglou. Il a cependant été rapporté que dès que S. Kedikoglou s'est rendu compte que la vidéo a été montée par la «Truth Team », il est allé voir le premier ministre pour se plaindre avec colère à propos de G. Mouroutis. Le Premier ministre n'a eu qu'une attention limitée aux plaintes, attribuant la conception de la stratégie de communication à son proche conseiller Chrysanthos Lazaridis, un vétéran du célèbre think tank de droite  «Network 21». (Le partenaire de C. Lazaridis dans «Network 21» était Failos Kranidiotis, un chroniqueur d'extrême droite célèbre, conseiller officieux du Premier ministre, et avocat de magnats tels de Melissanidis Dimitris. F. Kranidiotis a été la première personne que C. Lazaridis a rencontré au bureau du premier ministre, peu après la prise de ses nouvelles fonctions). Le placement de Ch. Lazaridis comme responsable de la stratégie de communication, cependant, ne signifie pas que A. Samaras a démantelé la «Truth Team ». La seule chose qui est différente aujourd'hui, c'est que le bureau du premier ministre reçoit deux mises à jour quotidiennes: l'une institutionnelle et l'autre de la «Truth Team ».

L'APPROBATION COMPLETE D'ANTONIS SAMARAS

La stratégie de la « Truth Team » est simple et terrifiante : une culture systématique de l’atmosphère de guerre civile afin de présenter tous les opposants aux politiques de la Nouvelle Démocratie comme appartenant à SYRIZA, cherchant à réveiller les « mémoires anticommunistes » dans l'électorat. Cette stratégie va augmenter en importance alors que le gouvernement alloue de plus en plus de droits souverains à la Troïka. Bien qu'ils aient peur de perdre les prochaines élections face à SYRIZA, ils redoutent encore plus un jour d'être appelé « traîtres » par leur propre camp. C'est pourquoi, alors qu'ils délèguent certains droits souverains, ils affirment leur rôle de gardien de la nation en inventant un « danger communiste ».

Ne faisons pas l'erreur cependant de supposer que cette « stratégie » signifient qu'ils ne croient pas en ce qu'ils font. C'est pourquoi nous avons demandé à un ancien membre cette question sincère : « Même si G. Mouroutis et la « Truth Team » croient à tout ça, est ce que A. Samaras y croit aussi ? ».

« Absolument » a-t-il répondu. « Tout se passe avec la connaissance et l'approbation totale de Samaras. Toute cette discussion au sujet de centre-droit est trompeurse. Samaras n'est pas à l'aise du tout avec ces politiciens de centre droit ou avec les libéraux, contrairement avec toutes les autres personnes. Samaras a une forte idéologie de droite extrême, celle que les membres de Politiki Anixi avaient ».

Cependant, on pourrait se demander, étant donné que de plus en plus de personnes au sein de la Nouvelle Démocratie ne sont pas d'accord avec ces pratiques de la « Truth Team »: pourquoi ils ne réagissent pas. Les commentateurs qui connaissent l'environnement de la Nouvelle Démocratie apportent deux réponses . D'abord, ce n'est pas dans la culture du parti de remettre en cause le leader, peu importe le degré de désaccord sur ses choix. Deuxièmement, l’environnement d'A. Samaras est connu pour être plutôt vindicatif et ils redoutent tous une vengeance.

Ce que les commentateurs pointent également c'est que A. Samaras est un politicien qui s'occupe seulement de sa propre survie. Ce qui signifie que même s'il est sympathique avec tous ceux qui l'ont soutenu dans les années difficiles de son hibernation politique, il n'est pas improbable que son entourage actuel très puissant soit amené à disparaître un jour.