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Grèce : la police aurait utilisé le taser sur des détenus dans la prison de Grevena

20 avril 2013

Police Droits de l'homme Grèce police torture

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L’initiative pour les droit des prisonniers manifestait hier à Athènes, en Grèce, pour avoir des réponses suite à des événements inquiétants qui auraient eu lieu la semaine dernière dans la prison de Grevana, où le taser normalement interdit aurait été utilisé de manière abusive contre des détenus lors d'une descente de l'EKAM, l'unite anti-terroriste des forces de l'ordre.

Un reportage de Sido.

Les manifestants devant le ministère de la justice

Les manifestants devant le ministère de la justice (photo Okeanews)

Ce vendredi 19 Avril, à partir de midi,  une manifestation était organisée par l’Initiative  pour les Droits des Prisonniers devant le Ministère de la Justice, à Athènes, en réaction aux événements qui se seraient déroulés dans la prison de Grevena samedi dernier. Dans la nuit aux environs de deux heures du matin, une centaine de détenus, nus et menottés  auraient été tabassés par des policiers de l’E.K.A.M, l’Unité Spécial Antiterroriste, souvent présentée comme étant l’une des branches la plus virulente de la police grecque. “Officiellement” à la recherche d’armes dans les cellules, la découverte de téléphones portables appartenant aux détenus aurait justifié l’utilisation du taser sur les prisonniers, pourtant interdite par la loi. Ce genre de brutalité serait la conséquence directe d’une collaboration annoncée récemment par le ministère de la justice avec la police pour pallier au manque d’effectif pénitentiaire face à l’augmentation de la population carcérale.

Créée en 2006, l’Initiative pour le Droit des Prisonniers milite également contre la surpopulation des prisons, qui peuvent contenir jusqu’à  13 000 détenus dans un espace initialement prévu pour 8 000 personnes. Cette surpopulation n’est pas avantagée par le fait que la séparation entre les personnes jugées et non jugées n’est pas bien effectuée. En effet, des personnes en attente de jugement restent parfois pour une très longue durée dans les mêmes cellules et dans les mêmes conditions que des personnes condamnées.  A cela s’ajoute de très mauvaises conditions d’hygiène et de santé et la circulation de maladies et d’infections et une très mauvaise prise en charge des malades.

Aucun équipement, comme des ordinateurs, même sans accès internet, pouvant permettre la poursuite d’études par les détenus, n’est disponible. Bien que les injustices et les tortures ne sont pas des phénomènes récents, l’’Initiative rappelle que la violence carcérale déclinée sous n’importe quelle forme augmente crescendo. Qui plus est, cette annonce récente du ministère de la justice est vécue par les manifestants, à juste titre, comme une intrusion de la police dans un domaine qui normalement ne relève pas de ses compétences. Elle  montre également qu’une nouvelle étape vient d’être franchie et aboutit à des événements comme ceux qui se seraient passés la semaine dernière à la prison de Grevena. L’objectif étant clairement de maintenir dans la peur la population carcérale pour éviter toutes revendications ou toutes révoltes de ces derniers.

Parce qu’ils ont peur d’une normalisation de cette violence, l’Initiative poursuit son action et demande des réponses, comme dans le cas de la manifestation devant le Ministère de la Justice hier. Car au-delà des brutalités commises par les policiers, l’initiative estime que le gouvernement est à blâmer : les directives ne viennent pas de nulle part. Une délégation a pu s’entretenir avec le secrétaire générale de la justice pour exprimer son mécontentement et celui-ci leur a promis qu’une enquête serait faite mais que la décision de la collaboration entre la police et le ministère ne relevait pas de sa compétence. Le ministre de la justice se serait rendu hier à Grevena avec un médecin et aurait entendu des témoignages de détenus et constaté l’ampleur de la gravité des événements : traces de brûlures dues au taser sur les corps des détenus. Il aurait lui aussi affirmé qu’une enquête aurait lieu.

Mais l’événement de samedi dernier cache un problème bien plus profond dans le système politique grec actuel. La police détient de plus en plus de prérogatives qu’elle n’avait pas avant. Elle se serait “légalement” infiltrée dans des ministères  dont elle ne dépendait pas, comme dans le domaine de la justice, mais aussi du travail puisque la police peut désormais exercer certaines fonctions normalement attribuée aux inspecteurs du travail.

L’idée d’une dérive totalitaire vient alors sans difficulté à l’esprit. Certains manifestants parlent même ouvertement d’une “chinoisisation”  et d’une ”expérimentation”, (sûrement même à portée européenne) dans un contexte où le capitalisme se durcit et où la population est maintenue dans un état de peur permanente pour éviter la révolte.