5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Nea Manolada : « tout le monde savait, du premier Ministre à l'officier de la police locale »

19 avril 2013

Politique esclavage Grèce racisme

754 mots   1552       Comments

Du premier ministre au bureau de police local, tout le monde connaissait la situation de la région de Nea Manoloada, où une trentaine de migrants se sont faits tirés dessus par un des superviseurs de la ferme qui produit des fraises. Selon Infowar, le site de Aris Chatzistefanou, co-réalisateur de debtocracy et catastroika, "Tout le monde savait ce qui se passait à Manolada, depuis la seconde moitié des années 1990. Car, en fait, Manolada n’est pas un symbole de la crise mais bien de la « Grande Grèce » de la Bourse, des Jeux Olympiques et des énormes projets des gouvernements Simitis et Karamanlis."

Mahmud El Sandan

« Nea Manolada n’est que la première zone économique spéciale ayant opéré avec succès en… Grande Grèce »

Dans un article sur son site infowar, Aris Chatzistefanou revient sur les événements de Nea Manolada. Il raconte son expérience personnelle dans la région, puisqu'il s'y était déplacé avec Petros Papaconstantinou, membre du Mouvement "Unis contre le racisme" (Κίνηση Ενωμένοι Ενάντια στο Ρατσισμό). Ils s'étaient rendus chez l’ouvrier Égyptien que ses patrons avaient traîné en voiture sur un kilomètre en lui frappant les mains avec un marteau. Ils lui devaient plusieurs milliers d’euros et, lorsqu'il demanda son dû, "ils lui firent comprendre ce que signifie le Moyen Âge social en Grèce".

En passant près des installations où, leur dit-il, il travaillait, les « musclés » de la société se lancèrent à leur poursuite. Aris et Petros leurs échappèrent de peu, en arrivant à sauter dans la voiture et, tant bien que mal, atteindre l’autoroute en direction de Patras. Finalement, l’histoire est sortie grâce, aussi, à l’intervention de l’initiative 1againstracism du Haut-commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, qui présenta une brève vidéo avec l’entretien de Mahmud El Sandani (ici en grec).

Sur infowar, Aris Chatzistefanou explique :

"Tout le monde savait ce qui se passait à Manolada, depuis la seconde moitié des années 1990. Car, en fait, Manolada n’est pas un symbole de la crise mais bien de la « Grande Grèce » de la Bourse, des Jeux Olympiques et des énormes projets des gouvernements Simitis et Karamanlis. Tout le monde était au fait : depuis le premier ministre à l’officier de l’équipe de nuit du commissariat local de police. Des sociétés entières se réveillaient le matin pour envoyer aux champs les esclaves venus du Bangladesh et du Pakistan et, au soir, pour aller jouer avec les vestales prisonnières venues d’Europe Orientale.

Les premiers n’avaient pas de papiers et ne pouvaient se permettre de dénoncer à la police qu’ils se faisaient voler par leurs patrons. Les secondes n’avaient pas leurs passeports pour pouvoir s’évader de cet enfer dénommé Grèce.

À l’époque, leurs employeurs votaient PASOK, Nouvelle Démocratie et LAOS. À présent, ils ont remplacé le troisième pilier par la Gauche démocratique (Dimokratiki Aristera) ou se sont tournés vers l’Aube Dorée pour chercher la protection par rapport à leurs victimes.

Le président de la Communauté pakistanaise avait dénoncé à la caméra d’info-war.gr que les fascistes opèrent comme hommes de main des patrons pour leur éviter de payer les travailleurs étrangers, mais aucune instance de l’État grec n’a jamais voulu enquêter sur les dénonciations.

Quand nous avons donné la vidéo au journal Guardian –parce qu’aucune chaîne grecque n’accepterait, de toute évidence, de la passer sur antenne- des personnalités médiatiques laissaient entendre que le reportage n’était qu’une sorte de vendetta entre le journal et le ministre de l’ordre public. À leur manière, elles ont également voilé les dénonciations."

La vidéo dont parle Aris :

Aris conclu dans son article : "Et voilà que, à présent, tout le monde est surpris. L’on se bouscule pour enregistrer les déclarations des victimes et exprimer leur fureur et leur indignation. Ne vous inquiétez pas. Ce n’est pas le dernier mot de l’histoire. Nea Manolada n’est rien de moins qu’une zone économique spéciale. Et la prochaine sera : les grecs".


Le quotidien Kathimerini a publié hier une vidéo montrant la situation à la ferme juste après la fusillade. Des images que l'on ne pensait sans doute pas voir un jour dans un pays de l'Europe en 2013 :