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TAIPED : les fonds de privatisation de la Grèce suivent un chemin tortueux

18 avril 2013

Economie Grèce OPAP privatisation TAIPED

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Par Zoe Mavroudi. Informations complémentaires par Petros Papathanasiou.

« La troïka n'est intéressée que par la collecte immédiates de recettes et rien d'autre »

Cette déclaration ne sort pas de la bouche d'un député de l'opposition mais d'Anna Zoirou, une technocrate qui a été sèchement virée le mois dernier du conseil de direction des fonds de privatisation en Grèce, the Hellenic Republic Asset Development Fund, plus connu sous son acronyme grec, TAIPED.

Parmi d'autres déclarations publiques, Zoirou dénonce dans une interview pour le quotidien grec Avgi, et dans une lettre adressée au Premier ministre Antonis Samaras, l'empressement du fond à dire « oui à tout », le refus de la direction d'enregistrer les réunions (tenues en anglais, probablement pour faciliter la communication avec les membres non-grecs), ainsi que son manque de transparence et de considération dans les intérêts économiques du pays à long terme.

Les accusations portées par Zoirou n'auraient été qu'un simple pépin dans une course jusque là lisse et ininterrompue du fond privé en charge du plus ample programme de privatisation jamais mis en œuvre dans un pays de l'union européenne, si deux semaines auparavant, Samaras n'avait pas reçu une autre lettre. Cette fois, une lettre de démission par celui qui a été à l'origine du renvoi de Zoirou : le directeur du TAIPED, Takis Athanasopoulos.

Athanasopoulos a démissionné évoquant sa « dignité personnelle » après avoir été mentionné dans le cadre d'une poursuite judiciaire contre l'ancien Conseil de direction du Public Power Corporation de Grèce, DEH [l’EDF grecque]. Athanasopoulos est accusé de négligence lors de sa participation à la mise en service en 2007 d'une centrale électrique qui aurait soit disant causé la perte d'un montant dépassant 100 millions d'euros à DEH. Il a déjà été remplacé par Stelios Stavridis, un autre technocrate grec et ancien candidat pour le parti néo-libéral Drasi (qui signifie action en français), dont le leader Stefanas Manos est à l'origine de la création d'une ONG promouvant les privatisations depuis 2011 avec le ministre des affaires étrangères.

Cependant, mis à part cette récente affiliation à un parti politique, Stavridis a déjà un long passé dans l'arène obscure des privatisations. Il a été impliqué dans l'un des plus gros scandales politiques grec, lorsqu'au début des années 1990 il supervisa la vente d'une société publique (et rentable) de ciment, AGET Iraklis, à un producteur de ciment italien, dont les cadres ont été dernièrement -selon certaines sources- arrêtés pour des liens avec la mafia sicilienne Cosa Nostra. Dans cette affaire, l'ancien premier ministre Konstantinos Mitsotakis a été accusé d'avoir reçu des pots de vin de plusieurs millions d'euros pour accélérer la vente. Stavridis est aux commandes de la transition de la compagnie des eaux athénienne, EYDAP, l'une des sociétés publiques prévue pour être liquidée par le TAIPED. Ironiquement, il est aussi le propriétaire d'une compagnie de construction de piscines.

A l'heure actuelle, cette fois sans ironie, les conflits d'intérêt et les scandales -anciens ou nouveaux- semblent inciter le premier ministre Samaras à repenser le rôle du TAIPED. Le fond a été renfloué grâce à la liquidation, à la vente et au développement d'une longue liste de biens et d'infrastructures publiques. La liste contient des compagnies d'utilité publique, des autoroutes, des aérogares, des ports, des marinas, des actions bancaires, des îles et de l'immobilier à l'étranger. La semaine dernière, the Guardian reportait la vente de la résidence consulaire grecque dans les environs du clinquant Holland Park de Londres pour £23,3 millions, ainsi que d'autres bâtiments diplomatiques en Europe.

Le TAIPED a été fondé en Juillet 2011, faisant parti du plan « Mesoprothesmo » à moyen terme, soit la troisième série de mesures d'austérité trompeuses votées au Parlement sous le gouvernement socialiste Papandréou. Avec comme mission affirmée de réduire l'intervention gouvernementale dans le processus de privatisation, le fond opère sous droit privé alors que son conseil réclame une autorité absolue sur les décisions finales.

Un rapide coup d'oeil à la loi 3986/2011 sous laquelle le fond a été créé montre que son rôle a été complètement détourné d'une indépendance étatique à un arbitraire catégorique. Cela est d'ailleurs détaillé dans un rapport sur les privatisations grecques publié par la communauté de journalistes, Radiobubble.gr [en cours de traduction en français par Okeanews].

Toutes les procédures de ventes par le fond ont pour objectif d'être transférées sur un compte spécial, mais seulement après le paiement des charges opérationnelles, incluant le beau salaire des membres et des conseillers. En ce qui concerne le secteur public grec et ses recettes, il a été légalement décidé qu'ils ne pourraient pas faire l'objet de revendications financières. Plus important encore, une fois qu'un bien a été privatisé, la loi interdit tout retour à l'Etat.

Ces pouvoirs sans précédents sont désormais officiellement dans les mains des six membres du conseil du fond composé de technocrates grecs et issus de la Troika. Seulement deux des six membres, le Président et le PDG, ont été approuvés par un comité parlementaire. On compte également deux observateurs de l'Eurozone et de la Commission européenne ainsi qu'un comité international d'experts.

La mise en place de la gestion du fond avait l'intention de mettre en avant un consensus entre le gouvernement grec et la Troika sur le front des privatisations. L'évolution de ces derniers mois montre cependant que tout n'est pas tranquille sur les côtes de l'île privée qu'est le TAIPED, alors que les tensions croissantes reflètent les conflits d'intérêts entre les compagnies locales et étrangères sur qui aura la plus grosse part du gâteau de la propriété publique grecque.

Le renvoi de Zoirou est arrivé immédiatement après un compte rendu informant que le Hellenic Football Prognostics Organization-OPAP, a été menacé d'une poursuite judiciaire pour une « non transparence des procédures » par deux acheteurs potentiels sur ses plans annoncés de renouveler le contrat avec son fournisseur informatique Intralot. Zoirou - une recommandation personnelle proposée au fond par le leader du parti d'extrême droite LAOS Giorgos Karatzaferis de retour sur la scène politique en 2011 - s'opposa à la décision d'approuver le renouvellement pour être potentiellement lié aux futurs acheteurs disant que ça venait de manière imprévue après un vote précédent à l’unanimité le renouvellement. Sa demande de mettre en libre accès le compte rendu du conseil n'a pas été acceptée puisque le TAIPED l’a licencié, l’accusant de rupture de confidentialité.

L'OPAP est probablement le bien le plus significatif sur le bureau du TAIPED mais le fond a estimé que sa valeur n'excédait pas 800 millions d'euros bien que ses recettes ont atteint 258 millions d'euros pour le seul premier quart de l'année 2012.

Dans une récente question au parlement, le leader de l'opposition Alexis Tsipras a attaqué les valeurs estimées des biens publics grecs en général et dénonce le fait que le fond ait abaissé la valeur totale de 285 milliards d'euros avant la crise, à seulement 9,5 milliards. Tsipras a interpellé Samaras et lui a demandé de cesser ces opérations qu'il juge « illégales » et « anticonstitutionnelles ».

Suite aux évolutions de ces derniers mois, ce type de revendications est appelé à augmenter.

Alors que 30,000 foyers grecs ont leur électricité coupée chaque semaine, la lutte intestine entre la classe politique grecque, les crapules habituelles du commerce grec et les technocrates du TAIPED remue le couteau dans la plaie pour beaucoup de grecs qui s'opposent à la vente au rabais des biens du pays. Mais dans la Grèce de la Troika, de députés néonazis et de l’austérité sans fin, ces querelles sont loin d'être une anomalie et, de plus en plus un reflet saisissant d’une nouvelle phase de la crise.

texte d'origine :  TAIPED : Greece's privatisation funds hits a bumpy road

traduction : okeanews