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Kostas Vaxevanis : "Les grecs lisent la presse étrangère pour savoir ce qui se passe en Grèce"

3 avril 2013

Hot Doc Justice Médias Politique corruption Grèce Kostas Vaxevanis Liberté de la Presse procès The Guardian

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Kostas Vaxevanis, le rédacteur en chef de Hot Doc, le magazine grec qui a publié la «liste de Lagarde» fait face à un nouveau procès sur une accusation de diffusion de données privées. Dans une tribune pour The Guardian, il indique que le journalisme grec a été compromis par ses propriétaires corrompus qui sont trop proches des politiciens et ajoute que "les grecs lisent la presse étrangère pour savoir ce qui se passe en Grèce". Un constat accablant et pourtant le reflet d'une dure réalité : la liberté de la presse et la démocratie battent de l'aide en Grèce. OkeaNews vous propose la transcription de cette tribune vidéo.

Le journaliste Kostas Vaxevanis

Le journaliste Kostas Vaxevanis lors de son procès en novembre 2012. Photographe : Demotix/Corbis/Stathis Kalligeris

 

"La liberté de la presse en Grèce semble normale. Mais elle n'est pas si normale qu'elle le laisse sembler. Etre un journaliste d'investigation en Grèce aujourd'hui durant cette période de crise est très très difficile. Par exemple, notre magazine "Hot Doc" montre que c'est très difficile. Nous avons révélé ce que le gouvernement lui même aurait du révélé : la "Liste lagarde'. Nous l'avons publié car pendant 3 ans, 2 ministres et 3 gouvernements ont trompé la population.  Ils taxent les plus démunis mais ne taxent pas ceux qui ont leur argent en Suisse.

Quand tout cela a été publié, ils ont inventé différents problèmes de légalité.  Ils ont dit que c'était des données personnelles. Une connexion entre quelqu'un et une banque en particulier. Ce n'est pas une donnée personnelle. C'est clair comme de l'eau de roche. On ne va pas à un distributeur de billets avec une cagoule sur la tête.  Ce n'est pas une donnée personnelle. Ils ont inventé l'accusation de donnée personnelle. De manière très violente et très rapide, nous nous somme retrouvés au tribunal [voir ici]. J'ai été acquitté par le tribunal et évidemment, ils n'ont pas aimé le résultat. Je dois donc aller à un nouveau procès.

Les médias traditionnels sont silencieux en Grèce. Les propriétaires des médias en Grèce sont en connexion avec les politiciens de la manière la plus détestable. Les propriétaires de médias reçoivent un emploi de l'Etat grec. Ce sont des hommes d'affaire, des investisseurs. Ils sont corrompus comme le système politique. Il y a de grosses révélations en Grèce en relation avec le rôle des banques. Une en particulier venu de Reuters. Cela n'a provoqué aucune réaction. The Guardian a révélé les cas de torture de la part de policiers grecs [envers des militants anti-fascistes].  Il n'y a eu aucune réaction en Grèce.

En Grèce, le journaliste d'investigation est toujours sous la menace. Le problème est que rien n'est republié. Mais le problème sérieux est les menaces. Quand j'ai fait certaines révélations sur les banques grecques, j'ai vu le jour même sur plusieurs blog "l'évidence" que je suis payé par les services secrets. Un mois après 5 personnes ont pénétré dans ma maison. La police a dit que ce n'était rien d'autre qu'une tentative de cambriolage.

Il y a un silence complet en Grèce. S'il n'y avait pas eu la couverture des médias étrangers sur les poursuites contre moi et sur ce qui se passe en Grèce sur la liberté de la presse, nous aurions été dans une situation très difficile. C'est sous la pression des médias internationaux en Grèce que ces décisions ont été prises par les tribunaux grecs.

Nous avons atteint le point où les grecs lisent la presse étrangère pour savoir ce qui se passe en Grèce. C'est précisément ce qui s'est passé sous la junte. Ce n'est pas une démocratie ni une liberté de la presse.

Malheureusement, en Grèce, les journalistes doivent redécouvrir leur métier et nous devrions une fois encore dire la vérité aux gens.

 

La vidéo est disponible sur le site de The Guardian.

Vous pouvez également lire ou relire la traduction OkeaNews de la tribune de Kostas Vaxevanis parue dans The New York Times : Grèce : la pourriture de l’oligarchie [par Kostas Vaxevanis]