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LA RUÉE VERS L’OR ET LES LACRYMOGÈNES (CHARLIE HEBDO / A.K.)

29 mars 2013

Invités Médias Eldorado Gold Grèce Mine d'Or police répression scandale Skouries violence

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Charlie Hebdo a une nouvelle eu fois la gentillesse d'autoriser OkeaNews à publier cet article d'Angélique Kourounis sur la mine d'or de Skouries. Un scandale financier et écologique qui se transforme depuis quelques semaines en poudrière dans laquelle la répression atteint des sommets. Prises d'ADN forcées, violences policières ou tortures physiques et psychologiques lors d'interrogatoires : dans la Grèce d'aujourd'hui, des gaz lacrymogènes peuvent atterrir dans une école et des jeunes filles de 15 ans être détenues par la police. Pour une ruée vers l'or à coup de gaz lacrymogènes.

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La Grèce est habituée aux scandales financiers et écologiques. Mais celui des mines d’or de Chalcidique dépasse tous les autres. Par son ampleur et par la violence de la répression exercée contre les opposants au projet.

« Branleur, voyou, anarchiste ! Où t’étais ce soir-là? » « Pourquoi vous m’avez amené ici ? » Mauvaise réponse, première baffe. « Elle était si forte, se souvient-il, qu’elle m’a bouché l’oreille. » « Où étais-tu ce soir-là ? », deuxième baffe, d’autres suivront. Cela a duré presque sept heures. Ils sont venus le matin du 27 février, à 11 heures, cueillir, en civil, dans un appartement de Thessalonique, cet étudiant de 19 ans et ses amis. On leur prend leurs téléphones portables et on les emmène chacun dans une pièce différente, à la Sûreté, où ils seront isolés. Ils ne peuvent prévenir ni avocat ni famille. « Ils m’ont tiré par mon T-shirt pour m’emmener dans une autre pièce, raconte M. L. à Charlie. Ils me posaient des questions, puis me frappaient à la tête, sur la nuque, les joues. À chaque heure, ils s’arrêtaient et m’obligeaient à rester debout face au mur. Lorsque j’ai refusé de donner mon ADN, ils sont rentrés à dix dans la pièce. Là, j’ai eu peur d’être encore plus tabassé, je leur ai donné ce qu’ils voulaient. Ils m’ont fait signer un papier comme quoi ils avaient obtenu l’ADN sans violence. »

M. L. fait partie des quelque soixante personnes à qui l’unité antiterroriste a violemment pris de l’ADN. Il est opposé, comme l’écrasante majorité de la population locale, à l’exploitation des mines d’or de la Chalcidique, troisième destination touristique du pays, par le géant canadien Eldorado Gold. Si c’est l’unité antiterroriste qui mène les interrogatoires, c’est que, le 17 février au soir, un commando d’activistes a attaqué Eldorado Gold à coups de cocktails Molotov [voir ici]. Plusieurs camions et foreuses ont été détruits. Dès le lendemain, les actions du groupe chutaient de 5 % à Toronto... Depuis, la police cherche par tous les moyens à savoir qui faisait quoi « ce soir-là ».

RÉGIME À BASE DE MÉTAUX LOURDS

De tous les scandales environnementaux qui éclatent régulièrement en Grèce, celui-ci décroche le pompon [lire ici pour plus d'informations]. C’est l’ex-ministre des Finances Giorgos Papakonstantinou qui a signé l’autorisation d’exploitation en 2012, mais c’est en 2003 qu’une filiale d’Eldorado Gold a acheté ces mines, via un tour de passe-passe juridique dénoncé par l’Union européenne, pour 11 millions d’euros, alors que le sous-sol est estimé à 22 milliards. La Commission a infligé une amende de 17 millions d’euros (désormais 20 millions avec les intérêts) pour concurrence déloyale, mais Papakonstantinou en a demandé l’annulation, car cela équivaudrait à annuler toute l’opération...

L’opposition à l’exploitation des mines d’or en Chalcidique s’étend à toute la Grèce, toutes générations confondues, malgré les gaz lacrymogènes dans les écoles [voir ici], les affrontements dans les villages autour des futures mines et les arrestations arbitraires. M. L., comme la majorité des habitants, redoute la pollution de l’environnement et des nappes phréatiques par l’extraction de l’or, qui se fait au cyanure, et la disparition des forêts, qui vont être rasées pour ouvrir la mine à ciel ouvert. Le mont Kakavos, dont les sources arrosent toute la région, sera asséché afin que les ouvriers puissent travailler en sécurité dans les galeries de la mine. Une mine qui mesurera 700 mètres de diamètre sur 220 mètres de profondeur. Pour Toly Papageor, ingénieur, cette peur est justifiée : « 3 100 tonnes de poussière chargée de métaux lourds, comme le plomb, l’arsenic ou le cadmium, seront propulsées dans l’air à 700 mètres au-dessus de nos villages ! Vous croyez que l’on pourra encore vivre dans la région ? »

Pourtant, le gouvernement, aux abois, est prêt à tout pour rassurer les investisseurs. Jusqu’ici, plus de cent dix personnes ont été arrêtées et conduites au poste, dont des lycéens. Les habitants de la région parlent d’une « situation de terreur »[à lire ici]. Sur place, la situation est très tendue, entre, d’un côté, ceux qui espèrent trouver un travail via Eldorado Gold, qui emploie déjà 1 200 personnes et promet 5 000 emplois supplémentaires, et, de l’autre, ceux qui parlent d’une perte de 15 000 emplois dans le tourisme, l’agriculture et la pêche en cas d’exploitation minière...

Angélique Kourounis, avec Le Journal des rédacteurs