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Amnesty International Grèce demande une enquête sur le comportement de la police dans la région de Skouries

26 mars 2013

Police Société Traduction Amnesty International Droits de l'homme Grèce police Skouries violence

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La mine d'or de Skouries, en Chalcidique, est toujours au coeur de l'actualité (indépendante). Hier, durant le défilé de la fête nationale d'indépendance dans le village de Ierissos, les étudiants portaient des t-shirts qui rappelaient que la police avait envoyé des gaz lacrymogènes dans leur école le 7 mars dernier. Aujourd'hui, Amnesty International a publié une déclaration sur son site internet. Revenant sur les derniers évènements, dont l'assaut de la police dans le village de Ierissos et les prises forcées d'échantillons d'ADN sur certains citoyens, Amnesty International exprime ses "plus vives préoccupations" et demande une enquête sur le comportement de la police face aux opposants à la mine d'or. OkeaNews propose la traduction de cette publication.

L’atmosphère devant une maison de Ierissos pendant l'occupation du village par la police et la brigade anti-terroriste (photo @antigoldgreece)

L’atmosphère devant une maison de Ierissos pendant l'occupation du village par la police et la brigade anti-terroriste (photo @antigoldgreece)


Amnesty International

Créée en 1961 par Peter Benenson, Amnesty International est un mouvement mondial et indépendant rassemblant des personnes qui œuvrent pour le respect, la défense et la promotion des droits humains.

GRÈCE: Nécessité de mener une enquête sur le comportement de la police [grecque] vis-à-vis des citoyens opposés aux entreprises d’exploitation d’or au Nord du pays

Communiqué de presse

26 mars 2013

Grèce: la nécessité d’enquêter sur le comportement de la police envers les habitants de cette ville qui s'opposent aux sociétés d’exploitation et d’aextraction d’or

Amnesty International lance un appel aux autorités grecques afin de mener rapidement une enquête, impartiale et concluante sur les allégations concernant les violations des droits de l'homme commises par la police dans la localité de Ierissos à Halkidiki au cours du mois précédent. Entre autres, il y a des allégations selon lesquelles la police aurait utilisé des gaz chimiques irritants contre les manifestants, toujours à Ierissos, de manière gratuite et disproportionnée. L'enquête devra examiner les cas de blessures qui auraient été causées, mais également le fait d’avoir recueilli [par la police] des échantillons d'ADN sur certaines personnes interpellées,  prélèvements obtenus de manière irrégulière. Ces personnes, interrogées par la police, sont apparemment soupçonnées d’implication possible dans les incendies [ndlr : lire ou relire  Grèce et mine d’or : le ton monte encore à Skouries] qui ont visé les biens de la société minière Hellas Gold. Par ailleurs, l'accès à un avocat avant ou pendant l'examen leur a été refusé.

L'an dernier, de nombreux habitants de Ierissos et d'autres communes environnantes, avaient protesté contre l'exploitation des mines d'or à Skouries [ndlr : voir ici ou ], au Mont Kakavos, [dénonçant] les impacts environnementaux d’une telle entreprise. Le 17 Février 2013, un incendie criminel a visé certains biens de l'entreprise sur place. [ndlr : lire ou relire  Grèce et mine d’or : le ton monte encore à Skouries]

Dans les semaines qui ont suivi, la police a convoqué pour un examen plus de 100 habitants de Ierissos, ainsi que du village voisin de Megali Panagia, suite à cet incendie criminel . Dans l'un des interrogatoires du 20 Février 2013, deux habitants ont été transférés sans leur consentement au siège de la police, où ils ont été détenus pendant plusieurs heures sans en être inculpés, tandis que les responsables de la police auraient dit aux proches et aux avocats de ces deux personnes, qu’ils n’avaient aucune information sur l'endroit où ils se trouvaient. Selon certains rapports, les autorités policières ont même refusé la présence des avocats lors de l’interrogatoire des deux habitants, présence pourtant réclamée par les intéressés et qui sont ainsi restés dans le poste de police pendant plusieurs heures. En outre, les avocats ont déclaré que parmi eux, de nombreux habitants ont été terrorisés [ndlr : lire ou relire Mine d’or de Skouries : de l’intimidation à la terreur] afin de permettre les prélèvements des échantillon d'ADN. Ils ont ajouté qu’en cas de refus de leur part, ils auraient été confrontés à des accusations d'insubordination ainsi qu’à d’autres menaces, comme par exemple, de rester plus longtemps en détention dans le poste de police. Et à ceux dont les prélèvements de l'ADN ont été obtenus, ils ont dû par la suite signer un document, en vertu duquel ils auraient donné leur consentement. Dix habitants qui ont refusé de se soumettre aux prélèvements ADN auraient été forcés de le faire. Certains personnes ont également affirmé qu'elles ont été maltraitées durant leur interrogatoire.

Par ailleurs, parmi ceux qui ont été convoqués par la police pour cet interrogatoire figuraient deux filles mineures. Elles se sont vues refuser la présence d’un avocat et de leurs parents.

Amnesty International tient à exprimer sa plus vive préoccupation au sujet de ces allégations, y compris quant aux réclamations relatives à la méthode d'obtention pour ce qui est des échantillons d'ADN. La Convention du Conseil de l'Europe sur la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, que la Grèce a signé, stipule notamment que «les données personnelles faisant objet de traitement automatisé doivent être obtenues et traitées de manière légale ». Toutefois, Amnesty International s'inquiète du fait que ces personnes n'étaient pas autorisées à consulter un avocat, d’autant plus que des activités telles que la collecte d'échantillons d'ADN semble indiquer que leur traitement a été similaire à celui des suspects lors les enquêtes criminelles.

En outre, le 7 Mars 2013, à environ 10h00, des dizaines de policiers anti-émeute accompagnés par des magistrats ont tenté de pénétrer dans Ierissos afin de fouiller les domiciles de certaines personnes, dans le cadre de l'enquête pénale sur l'incendie criminel du 17 février. [ndlr : lire ou relire Grèce et mine d’or : assaut de la police et de la section anti-terroriste dans le village de Ierissoss]

Les habitants ont réagi à cette entrée des unités MAT [CRS] dans leur village, et beaucoup d'entre eux se sont réunis à l'entrée du village, où ils ont fait brûler des pneus. La police a répondu par des produits chimiques irritants, lancés sur la foule, afin de disperser les manifestants. En outre, selon les témoignages disponibles des enseignants et des élèves, des produits chimiques irritants ont été jetés dans une cour d'une école à proximité, causant entre autres, des blessures à la tête d'un étudiant, lequel a été touché par une grenade de la police. De nombreux élèves ont été hospitalisés, alors que d’autres ont souffert de problèmes respiratoires.

En réponse, les responsables de la police ont déclaré qu'ils avaient fait un usage modéré des produits chimiques pour disperser le rassemblement des habitants et que ces produits chimiques n’ont pas été utilisés à l’intérieur de l'école, tandis que d’après la police, deux policiers ont été blessés par des pierres lancées par certains manifestants.

Amnesty International lance un appel aux autorités grecques afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce que la police ne fasse pas usage d’une force excessive et disproportionnée lors des manifestations ou à l’occasion d'autres rassemblements. L’usage des équipements et des moyens, tels que les balles en caoutchouc, les grenades lacrymogènes et les gaz irritants, souvent décrits comme des «armes à létalité réduite» - peuvent causer des blessures graves et même entraîner  la mort. Ces produits irritants et chimiques comme le gaz lacrymogène ne doivent pas être utilisés face à des manifestants confinés dans un endroit fermé, ni d'une manière qui pourrait causer des dommages permanents (comme à très courte distance ou directement sur le visage des manifestants).

Rappel

En Août 2012, la police a utilisé du gaz lacrymogène et des policiers auraient tiré des balles en caoutchouc et d'autres types de projectiles contre des manifestants pacifiques qui manifestaient contre l'extraction de l'or dans cette même région. Une femme âgée de 63 ans a déclaré à Amnesty International qu'un policier l'a sorti violemment de sa voiture, puis, qu'elle a été forcée de s'agenouiller, avant d’être piétinée par la botte du policier sur sa cheville gauche, ce qui lui a provoqué, une lésion au niveau du nerf de son pied.