5 ans d'actualité indépendante sur les crises en Grèce

Pourquoi OkeaNews va devenir payant

23 mars 2013

Médias Grèce OkeaNews

2323 mots   570       Comments

Après plus de 400 articles et plus d'un an d'existence, OkeaNews passera payant. C'est le prix à payer pour rester indépendant et alternatif. C'est le prix à payer pour une actualité quotidienne en français venant de Grèce.  Ce choix, difficile, surtout quand on est adepte de l'open source et de la licence creative commons, s'est imposé au fil du temps. De plus en plus suivi par les journalistes, de plus en plus copié et/ou plagié, le site ne permet pourtant pas de vivre de ce travail. Des messages de soutien me parviennent et me donnent de l'élan pour poursuivre, mais il est temps de se professionnaliser. Explications.

logo-black

Vivre de ce site

"Comment vivre de cette activité ?" Cette question se pose depuis le début, puisque ce site est devenue un métier à temps plein - non rémunéré - qui ne me permet pas d'être salarié ailleurs . Les donations mises en place courant 2012 ont permis de payer l’hébergement du site et d'investir dans du matériel informatique et audio/vidéo mais ne me permettraient pas de vivre aujourd'hui. Elles se limitent au bon vouloir des lecteurs, certes de plus en plus nombreux, mais ne donnent pas de garantie pour le mois suivant. L'impression de courir après l'info en espérant avoir assez de donations pour le mois suivant est donc assez épuisant et contre productif.

De plus, les donateurs qui aident représentent une partie infime des personnes inscrites ou qui viennent visiter le site. Pour le mois de février, par exemple, il y a eu moins de 20 donations (merci encore !) pour 17 543 visiteurs uniques, soit un pourcentage de 0,11% de visiteurs qui ont donné.

Passer à un système d'abonnement, s'il fonctionne, permettrait de financer l'année complète dès les premières semaines ou les premiers mois et ainsi être plus serein dans la poursuite de ce travail dont l'importance se confirme jour après jour.

Plagiat et inspiration  : quand le petit monde d'internet ne joue pas le jeu

Les articles du site sont de plus en plus copiés sur d'autres blogs, ce qui est en soit une certaine preuve de succès. Mais tous les blogueurs ne jouent pas le jeu. J'ai remarqué un nombre grandissant de sites qui reprennent in extenso des articles sans ajouter ni mention, ni source, ce qui est d’ailleurs contraire à la licence creative commons qui est pourtant indiquée en fin de chaque article. Ajouter le lien vers l'article d'origine permet d'augmenter la visibilité (tout en respectant la licence) et donc de pouvoir inciter des donateurs potentiels.

Certains articles demandent un travail conséquent (une - bonne - journée de travail) alors que le copier/coller ne demande que quelques minutes. Lutter contre le plagiat est difficile, prend du temps et beaucoup d'énergie, d'autant que la priorité est donnée sur l'information très dense en Grèce en ces temps de crise et de dérive d'un Etat vers un fascisme à peine voilé.  Une réponse simple pour lutter contre le plagiat est, là encore, de ne donner un accès qu'aux abonnés. Dans ce cas, le plagiat, même s'il reste répréhensible, est moins gênant si le ou les auteurs peuvent vivre de ce travail, ce qui n'est toujours pas le cas aujourd'hui.

En parallèle, OkeaNews est de plus en plus suivi par les médias français : la liste présente en haut et à droite du site est désormais incomplète. Encore une fois, cela est une bonne nouvelle, mais il est parfois amusant de remarquer l'inspiration que peuvent avoir certains journalistes ou auteurs dans leurs articles : inspiration qui semble confirmer leur assiduité à la lecture d'OkeaNews. Pour l'anecdote, une amie qui m'a récemment dit que le jour de son retour à Athènes, très récemment, sur une terrasse, en train de prendre son premier café grec de l'année, trois hommes parlaient français. L'un d'entre eux, journaliste, disait aux autres : "Pour suivre l'actualité en Grèce  je n'ai qu'à suivre OkeaNews, c'est le seul endroit où les infos sont misent à jour régulièrement et sont en français."

Pour autant, rares sont les médias qui ont pris la peine de mentionner le site dans leurs articles. Et rares sont les journalistes qui sont passés par la case "donation". Je remercie chaleureusement ceux d'entre eux qui l'ont fait et qui m'ont également témoigné leur félicitations pour un "très bon travail qui demeure indispensable".

A contrario, je reçois régulièrement des demandes d'information sur la situation en Grèce émanant de journalistes : "Avez-vous dans votre entourage quelqu'un qui serait prêt à témoigner ?", "Je souhaiterai vous rencontrer pour discuter de la crise" etc. Si je prenais ces requêtes avec une certaine forme de fierté au démarrage du site, je me suis rendu compte que les informations que je pouvais donner étaient de l'or pour qui ne suit pas la crise grecque de manière assidue. Ainsi, sans le savoir, je devenais un 'fixeur' non rémunéré : celui qui donne des informations et aide un média à construire son article ou son reportage.

Il est temps aujourd'hui de devenir ce média et d'en vivre.

Devenir un vrai média, conserver son indépendance

Le seul modèle qui semble fonctionner est celui sur lequel se basent Mediapart ou Arrêt sur Images : les lecteurs payent un abonnement  qui permet à la rédaction de financer le fonctionnement du journal (salaires, frais de déplacement, charges etc). Pas simple, mais c'est la seule garantie d'une totale indépendance, comme l'a souligné Daniel Schneidermann en début d'année (voir son article complet sur Arrêt sur Images ):

- " Plus de cinq ans après la création de nouveaux médias internet indépendants, il faut bien constater qu'un seul mode de financement garantit l'indépendance totale : l'achat ou l'abonnement par les internautes, lecteurs, spectateurs, et eux seuls, au détriment de tout financement publicitaire et de toute subvention directe - le vieux modèle Canard Enchaîné, en somme. C'est la voie empruntée, avec quelques autres, par @rrêt sur images. Cette voie est escarpée, exigeante, et, comme le montrent par exemple les difficultés actuelles du site local Dijonscope, bien moins évidente que nous pouvions l'espérer au départ, tant les vieilles habitudes d'information ont la vie dure. Mais c'est la seule. "

L'exemple des révélations régulières de Mediapart montrent encore une fois que seule l'indépendance permet de construire de réelles enquêtes et obtient de vrais résultats. Toute proportion gardée, OkeaNews prend ces deux médias comme modèle pour la suite.

Mais qui dit vrai média, dit vraie structure, et donc des charges, des coûts etc. En fonction du nombre d'abonnés, il sera possible d'investir et de proposer des contenus différents. Actuellement, je ne peux pas financer de déplacements, ce qui pourrait changer si les lecteurs décident de donner ce coup de pouce dans la création de ce média alternatif et indépendant dédié à l’actualité grecque. Je n'ai par exemple pas eu les moyens de me déplacer à Chypre pour couvrir les évènements qui sont pourtant d'une importance cruciale pour l'Europe et le monde bancaire. Cela aurait pu être le cas avec une trésorerie issue des abonnements.

Qui dit vrai média dit aussi vrai exclusivité : OkeaNews financé pourra se lancer dans des enquêtes de terrain, du micro-reportage, des chroniques hebdomadaires. Les idées sont déjà là, il ne reste qu'à les mettre en oeuvre.

Des messages de soutien

J'ai reçu un certain nombre de messages de soutien de lecteurs. Veuillez d'ailleurs m'excusez de ne pas avoir pu répondre à tout le monde. Je partage avec vous quelques courriels qui m'ont particulièrement touché ou motivé.

"Je vous remercie pour ce site d'informations sur la Grèce qui est un pays que mes parents m'ont fait découvrir pour la première fois, alors que j'étais gamine, il y a quelques cinquante ans. La Grèce nous a séduits. Nous y avons passé beaucoup de beaux moments à la rencontre de personnes magnifiques. J'ai aimé de tous coeur ces hommes et ces femmes qui à l'époque se battaient contre la junte des colonels. Les grecs m'ont appris le sens du mot "liberté et démocratie". J'y ai vécu mes premières amours et j'ai tant de souvenirs. Ces hommes et ces femmes ne méritent pas ce qu'on dit d'eux, ni ce qu'on leur fait.. C'est ignoble et je suis en rage contre tous ces préjugés, cette méchanceté.. ça me révulse l'âme.
Ne lâchez rien. J'espère que l'on vous aidera à garder ce site actif. Je ne viens pas vous lire tous les jours mais je relaie vos articles chaque fois que possible. Merci encore d'être présent et de vous battre pour ce magnifique pays, pour ces hommes et ces femmes courageux."

"Je voulais simplement vous féliciter de cet effort de diffusion d'informations indépendantes et non uniformes auprès d'un public qui souvent n'a pas d'autres moyens d'accéder à des nouvelles fiables. Bravo d'une étudiante grecque à Paris !"

"Merci pour votre site... enfin la possibilité de suivre l 'actualité grecque de manière plus pertinente que dans nos médias habituels ...je fais de fréquents séjours en Grèce et peux mesurer l'ampleur du désastre en cours ...bien cordialement"

"je voudrais vous remercier pour le soutien et l'amour que vous portez a notre pays. je suis toujours très heureuse de vous lire."

"Ce site est vraiment excellent, je vous remercie de prendre le temps de l'alimenter; et pour tout le travail derrière : bravo. Je trouve votre entreprise formidable."

Créer une équipe

Après m'être imposé un rythme infernal pendant des mois, une des questions essentielles était de savoir si je pourrai poursuivre à ce tempo dans le cas d'un passage payant : comment faire une pause quand les abonnés attendent du contenu ? Comment couvrir plusieurs évènements à la fois ? Comment assurer une rigueur orthographique à tous les textes ? Comment ... prendre des vacances ?

Le suivi de l'actualité grecque génère un stress constant, surtout depuis le milieu de l'année 2012. Ces agressions quotidiennes du monde de l'information en Grèce a d'ailleurs forcé nombre de grecs à ne plus suivre l'actualité pour ne pas perdre pied. Cela fait des mois que je baigne dans ce climat, qui, régulièrement, me fait comprendre que c'en est trop. Il faut donc partager cette charge et proposer aussi des contenus plus positifs.

Heureusement, ce travail a provoqué des envies chez quelques lecteurs qui seraient prêts à me rejoindre dans cette aventure. Cette possibilité est pour moi la preuve de la réussite de ce site : beaucoup de belles rencontres, des personnes prêtes à donner un coup de main et une réelle attente pour de l'information venant de Grèce et en français.

Alors oui, monter une équipe est une des étapes qui permettra de poursuivre l'actu grecque alternative et indépendante depuis Athènes.

Remodeler le site

Depuis le début de l'année, je suis en train de refaire complètement le site, tout en poursuivant  ce travail de veille sur l'actualité. Afin de finaliser tout cela, je serai contraint, les prochaines semaines, de lever un peu le pied sur le travail d'actualité pour me concentrer plus exclusivement sur la suite. La nouvelle version du site est déjà bien avancée et proposera quelques nouveautés qui permettront une meilleure lecture de la crise grecque. Le site sera plus clair, plus élégant et normalement plus rapide à la consultation. Cela m'a demandé et me demande encore un travail conséquent pour finaliser tout cela.

Plusieurs abonnements seront prévus, pour les particuliers mais aussi pour les association, les entreprises et les médias. Les tarifs ne sont pas encore complètement définis, mais pour les particuliers, OkeaNews ne coûtera que "le prix d'un café par mois". Les donateurs auront bien sûr la possibilité de transformer leur donations en abonnement.

La date de mise en place de la nouvelle version du site est prévue entre le 15 et le 30 avril, en fonction des évènements en Grèce qui pourraient me contraindre à redonner une priorité à l'actualité.

Et la solidarité dans tout cela ?

Comment aider la Grèce ? Comment aider les grecs ? Quelles possibilités avons nous, en tant que citoyen, de ne plus nous sentir complètement inutiles et dépassés par les évènements ? Quelles actions sont possibles ?

Autant de questions auxquelles OkeaNews tentera de répondre une fois que l'avenir du site et de ses auteurs sera assuré. Des mouvements de solidarité ont déjà commencé (voir ici). OkeaNews y répondra et proposera les actions solidaires en accès libre.  Une chose est certaine, la population grecque a toujours et aura encore besoin d'une aide extérieure, qu'elle soit matérielle, financière ou morale.

J'ai encore ce souvenir des larmes d'émotions de cette athénienne à qui j'expliquais pourquoi j'avais créé OkeaNews : par amour pour la Grèce, par réaction à cette injustice que subit la population grecque et pour lutter contre la désinformation.

Mais c'est encore trop peu et nous devons proposer une manière d'aider, par solidarité, parce que nous sommes tous grecs, ou parce que nous le deviendrons tous.

Pour cela, la solidarité doit aussi s'engager pour que le site OkeaNews survive.

Okeanos


N'hésitez pas à laisser vos commentaires : vos attentes, vos remarques, vos idées. Le site étant en cours de refonte, il est encore temps d'ajouter des fonctionnalités auxquelles je n'ai pas encore pensé !